LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE
Découverte probable d’une lune autour d’un compagnon stellaire

Découverte probable d’une lune autour d’un compagnon stellaire

Le satellite Triton, le satellite Ganymède et le satellite galiléen.

Alors que le JWST vient de mettre en évidence une lune volcanique autour d’une exoplanète géante très proche de son étoile, des astronomes annoncent la découverte possible par astrométrie d’une lune autour d’une naine brune en orbite autour d’une jeune étoile massive.

Dans le Système solaire, les satellites sont très nombreux autour des planètes géantes (on en dénombre actuellement plus de 300). On les trouve aussi autour des astéroïdes de la ceinture principale et des objets transneptuniens. On peut classer les satellites planétaires en deux catégories en fonction de leur scénario de formation. Les premiers, comme la Lune, les satellites de Mars ou Triton, sont le résultat d’une collision ou d’une capture (fig. 1). Alors que les satellites des planètes terrestres sont dénués d’atmosphère, Triton en possède une très ténue, comparable à celle du transneptunien Pluton quand celui-ci est relativement proche de son périhélie. On trouve dans cette catégorie de nombreux objets, de toutes tailles et dénués d’atmosphère, autour des planètes géantes.

La seconde catégorie concerne les satellites des planètes géantes, dits « réguliers », situés dans le plan équatorial de la planète. Ils se sont formés en même temps que la planète, au sein du minidisque de gaz et de poussières l’entourant, dans un scénario proche de celui de la formation des planètes elles-mêmes au sein du disque protosolaire. Les plus gros satellites de Jupiter, Saturne et Uranus relèvent de cette catégorie (fig. 2). Au sein de cette deuxième classe d’objets, on peut établir des subdivisions. Titan, le plus gros satellite de Saturne, constitue une exception avec son atmosphère dense d’azote moléculaire. Io, très proche de Jupiter, subit des effets de marée suffisamment violents pour générer un volcanisme actif, également à l’origine d’un tore de gaz et de poussières ; lui aussi est unique dans le Système solaire. Les autres gros satellites extérieurs sont des objets glacés, dénués d’atmosphère, dont certains, comme Europe ou Encelade, abritent sans doute un océan d’eau liquide sous leur surface dans lequel, peut-être, des formes primitives de vie auraient pu apparaître. C’est la raison pour laquelle d’ambitieuses missions spatiales ont été lancées pour les explorer de plus près : Ganymède, le plus grand satellite du Système solaire, est, avec Europe, la cible de deux missions spatiales ambitieuses (Juice, lancée par l’Esa en avril 2023, et Europa Clipper, lancée par la Nasa en octobre 2024), pour une exploration du système de Jupiter au début des années 2030.

Des lunes autour des exoplanètes ?

Peut-on espérer découvrir des lunes autour des exoplanètes – des exolunes ? A priori, oui, si l’on considère la multitude et la variété des satellites du Système solaire. Quelles sortes de satellites pourrions-nous espérer détecter ? Disons tout de suite que les perspectives exobiologiques sont extrêmement limitées : il n’est pas question (au moins avant longtemps !) de rechercher la vie au fond d’éventuels océans souterrains abrités par des exolunes glacées… En revanche, la présence de nombreuses exoplanètes géantes à proximité immédiate de leur étoile hôte ouvre la porte à une nouvelle catégorie d’objets : les « exo-Ios » (fig. 3), en référence à Io et à son volcanisme alimentant un tore de matière autour de la planète. Le premier d’entre eux vient d’être découvert, grâce à son tore, autour de l’exoplanète géante Wasp-39 [1]. La proximité immédiate de l’étoile hôte augmente en effet le mécanisme d’émission des gaz du tore jusqu’à rendre celui-ci détectable depuis la Terre. Il est très probable que d’autres exo-Ios seront découverts dans un futur proche ; les planètes cibles sont les Jupiters chauds en transit autour de leur étoile, dont l’atmosphère peut être observée par le JWST.

Quant aux autres satellites, les « exo-Ganymèdes » (ainsi nommés du nom du plus gros d’entre eux dans le Système solaire) qui ne sont pas le siège d’un volcanisme actif, leur détection est beaucoup plus difficile. Les deux principales méthodes de détection d’exoplanètes – méthode des vitesses radiales et méthodes des transits [2] – ont privilégié des objets relativement proches de leur étoile hôte ; or, si l’on en croit l’exemple du Système solaire, les lunes se forment surtout autour des planètes lointaines. Mais pour détecter des exo-Ganymèdes comparables aux satellites extérieurs du Système solaire, mieux vaut utiliser une méthode donnant accès aux exoplanètes éloignées de leur étoile hôte : c’est l’imagerie directe qui permet de réaliser une astrométrie de précision des systèmes planétaires.

Sur le plan théorique, les modèles de formation planétaire prévoient bien la formation possible de satellites autour des exoplanètes, que ce soit par capture gravitationnelle ou par formation au sein de disques circumplanétaires denses. Les planètes proches de leur étoile (à une distance inférieure à l’unité astronomique) ont moins de chance d’avoir des satellites, car ceux-ci risquent d’être perturbés par les effets de marée. Par ailleurs, certains modèles prédisent que la masse des lunes pourrait croître avec celle de leur planète avec une loi en MP3/2, MP étant la masse de la planète [3]. Il était donc logique de commencer la recherche autour de compagnons stellaires massifs (comme les naines brunes) éloignés de leur étoile.

Un satellite autour d’une naine brune ?

C’est ainsi que l’objet HD 206893 B, une naine brune en orbite autour d’une jeune étoile de type F, a été choisi pour une campagne de mesures d’astrométrie menées au Very Large Telescope de l’Eso, au Chili, entre 2018 et 2025. Les résultats de cette campagne, menée par un très large consortium coordonné par Quentin Kral, de l’Observatoire de Paris, viennent d’être publiés dans Astronomy and Astrophysics [4]. HD 206893 est un système stellaire complexe qui inclut une exoplanète de 10 masses joviennes (HD 206893 c) à 3,6 ua de son étoile, la naine brune d’environ 20 masses joviennes situées à environ 10 ua (HD 206893 B) et enfin, entre 30 et 180 ua, un double disque de débris [5] présentant en son centre un espace vide de 27 ua (fig. 4) dans lequel une deuxième planète pourrait être présente.

Les mesures ont été réalisées avec l’instrument GRAVITY au VLTI (Very Large Telescope Interferometer) sur le site de Cerro Paranal de l’Eso, au Chili (fig. 5). GRAVITY est un instrument interférométrique qui recombine les faisceaux provenant de quatre télescopes (soit les grands télescopes UT de 8 m, soit les télescopes auxiliaires AT de 1,8 m) pour réaliser de l’imagerie à haute résolution ou de l’astrométrie de haute précision. Dans le cas de HD 206893 B, les grands télescopes ont été utilisés. En 2024, les observations ont été réalisées à une cadence allant de la journée à quelques semaines, de façon à suivre au mieux le mouvement d’un éventuel satellite autour de la naine brune.

Si la naine brune est accompagnée d’un satellite, son orbite autour de son étoile hôte est modulée d’une quantité Δ autour de celle du centre de gravité du système [naine brune + lune] (fig. 6). Les auteurs de l’étude montrent que la masse de la lune peut être déduite de la mesure de cette modulation si l’on connaît sa période de révolution. Ils montrent qu’une sensibilité de 10 μas (microseconde d’arc) permet de détecter une lune de la masse de Neptune autour d’un objet de 10 masses joviennes, si sa période est de l’ordre de la dizaine de jours. La limite de détection pour la masse de la lune est encore plus basse si la période de la lune est plus élevée ou si la masse de la planète est inférieure à 10 masses joviennes.

À partir des données astrométriques recueillies par GRAVITY, les auteurs de l’étude ont pu préciser de manière significative les orbites de la naine brune HD 206893 B et de la planète HD 206893 c. La masse du compagnon B est de 8 masses joviennes, légèrement plus faible que l’estimation précédente, et son orbite est quasi circulaire. L’orbite de la planète HD 206893 c est également circulaire et, avec les nouveaux calculs, presque coplanaire avec l’objet B, ce qui est une configuration dynamique bien plus stable que la précédente. Dans un deuxième temps, les auteurs ont étudié les écarts résiduels entre les données astrométriques et le modèle pour en déduire la masse de la lune et sa distance à l’objet B. Les résultats convergent vers une masse de 0,5 masse jovienne et une distance de 0,22 ua ; la modulation due à la présence de la lune est alors de 0,15 milliseconde d’arc, conformément à ce qui est observé. Cependant, de l’avis des auteurs de l’étude, on ne peut pas encore conclure définitivement à la présence de l’exolune et d’autres mesures avec GRAVITY seront nécessaires pour réduire encore les incertitudes sur les paramètres de l’exolune.

De l’eau dans l’atmosphère de la naine brune

En complément aux mesures astrométriques, un spectre de la naine brune a été obtenu par GRAVITY dans l’infrarouge proche (fig. 7). Comme la naine brune est jeune (110 millions d’années) et éloignée de son étoile, ce spectre correspond à l’émission thermique de l’objet. Une comparaison avec les modèles synthétiques indique une température de 1 400 K. On note aussi la présence d’une bande d’émission très large, maximale autour de 2,2 μm, attribuée à la vapeur d’eau.

En conclusion, la tentative de détection d’une exolune obtenue avec GRAVITY est sans doute la première étape d’une piste de recherche prometteuse. L’astrométrie présente en effet des avantages certains pour rechercher des satellites autour des compagnons – exoplanètes ou naines brunes – éloignés de leur étoile hôte, dans des situations où les méthodes traditionnelles de détection sont en défaut. D’autres exoplanètes particulièrement massives, AF Lep b et b Pic b, dont les orbites sont bien connues, ont été repérées par les astrométristes comme des cibles potentielles prometteuses dans un avenir proche. La mise en place progressive de GRAVITY+, doté d’un système d’optique adaptative encore plus performant, améliorera la résolution spatiale jusqu’à la milliseconde d’arc et la précision astrométrique jusqu’à la dizaine de microsecondes d’arc. Il n’y a plus qu’à attendre la confirmation de l’existence des exolunes, cette nouvelle classe d’objets qui peuple sans doute l’Univers mais qui reste à découvrir.

Article écrit par Thérèse Encrenaz │ Observatoire de Paris-PSL

[Notes]

  1. l’Astronomie no202, p. 10, mars 2026.
  2. l’Astronomie no195, juillet-août 2025.
  3. Batygin K. et Morbidelli A., « Formation of giant planet satellites », Astrophys. J., 894, 143, 2020.
  4. Kral Q. et al., « Exomoon search with VLTI/GRAVITY around the substellar companion HD 206893 B », Astron. Astrophys., 705, A217, 2026.

Figures

1. Le satellite Triton de Neptune est un exemple de satellite résultant d’une capture par la planète. Ses propriétés physiques sont très proches de celles de Pluton, ce qui renforce l’idée qu’il s’agit d’un objet transneptunien capturé par Neptune. L’image a été prise par la sonde Voyager 2 lors de son survol de Neptune en 1989. On voit la région du pôle Sud, parsemée de traînées noires attribuées à des geysers. (Crédit : NASA/JPL,) Neptune’s Moon Triton Fosters Rare Icy Union (gemini1903a) (square crop).jpg

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2. Le satellite Ganymède, le plus gros satellite du Système solaire, est l’archétype des lunes glacées qui entourent les planètes géantes. Selon les modèles de structure interne, il doit abriter sous la surface un océan d’eau liquide. L’image a été prise le 10 juin 2021 par la sonde Juno, en orbite autour de Jupiter depuis 2016. (Crédit : NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS/Kevin M. Gill)  Ganymede_-_Perijove_34_Composite.png

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3. Io, le satellite galiléen le plus proche de Jupiter, est le siège d’un volcanisme actif provoqué par les violents effets de marée que génère l’intense champ de gravité de Jupiter. L’éjection de gaz et de poussières est à l’origine d’un tore qui entoure son orbite. Un exo-Io a été découvert très récemment autour d’un Jupiter chaud à partir de l’émission de son tore. L’image a été prise par la sonde Galileo. (Crédit : NASA/JPL/University of Arizona) highest_resolution_true_color.jpg 

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4. Le système stellaire HD 206893. Le disque de poussière a été révélé par le réseau d’antennes millimétriques ALMA. (Crédit : Q. Kral et al., 2026)

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5. Le site du VLT et le réseau interférométrique VLTI qu’utilise l’instrument GRAVITY. Le VLTI peut combiner les faisceaux provenant des quatre grands télescopes (UT) ou des télescopes auxiliaires (AT) qui peuvent se déplacer sur des rails. (Crédit : ESO/G. Hüdepohl [atacamaphoto.com]) Paranal_and_the_Pacific_at_sunset_(dsc4088,_retouched,_cropped).jpg

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6. Schéma de l’orbite de HD 206893 B. Celle-ci est perturbée par la présence de la lune qui induit une modulation de sa distance à l’étoile hôte. L’amplitude de la modulation  est de l’ordre de 150 microsecondes d’arc. (Crédit : Q. Kral et al., 2026)

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7. En bas : le spectre de HD 206893 B obtenu par le spectromètre de GRAVITY, intégré sur l’ensemble des observations (4 000 spectres individuels). En haut : trois modèles synthétiques. En rouge : émission de l’atmosphère en présence de CO ; en bleu foncé : émission en présence de H2O ; en bleu clair : émission continue d’un corps dont la température est de 1 400 K. (Crédit : Q. Kral et al., 2026)

Bosumtwi : un lac Ghanéen qui éclaire l’histoire de la Terre et de Mars

Bosumtwi : un lac Ghanéen qui éclaire l’histoire de la Terre et de Mars

Les travaux de recherche sur ce formidable site d’étude se poursuivent et de nouveaux résultats contribuent au rayonnement des sciences planétaires africaines.

Le centre du Ghana abrite un paysage aussi spectaculaire que mystérieux : un lac presque parfaitement circulaire de plus de dix kilomètres de diamètre, entouré de collines formant un anneau quasi continu. Pour les habitants de la région, le lac Bosumtwi occupe une place importante dans les traditions locales. Pour les scientifiques, il constitue surtout l’un des plus remarquables cratères d’impact météoritique de la planète.

Il y a environ 1,07 million d’années, un astéroïde de plusieurs centaines de mètres de diamètre a frappé la surface de la Terre à une vitesse de plusieurs dizaines de kilomètres par seconde. L’énergie libérée fut considérable, équivalente à plusieurs milliers de bombes nucléaires. En quelques secondes seulement, l’impact a excavé un cratère de 10,5 kilomètres de diamètre, projeté des millions de tonnes de roches autour du point d’impact et profondément modifié le paysage régional. Aujourd’hui encore, Bosumtwi demeure l’un des cratères les mieux préservés d’Afrique.

Une fenêtre exceptionnelle sur les impacts météoritiques

Les cratères d’impact constituent des archives géologiques précieuses. Sur Terre, l’érosion, la végétation et l’activité tectonique effacent progressivement les traces laissées par les impacts anciens. Bosumtwi fait figure d’exception : sa jeunesse relative et la stabilité tectonique du craton ouest-africain ont permis la préservation d’une grande partie de sa morphologie originale.

Le relief conserve encore plusieurs éléments caractéristiques d’un grand impact : un rebord circulaire culminant à près de 300 mètres au-dessus du lac, un plateau annulaire entourant le cratère et une crête externe interprétée comme un dépôt d’éjectas, c’est-à-dire les matériaux expulsés lors de l’explosion. Ces structures permettent aux chercheurs de reconstituer les mécanismes physiques qui interviennent lors de la formation d’un cratère.

Les forages scientifiques réalisés dans le cadre du programme international ICDP ont également permis d’étudier en profondeur les roches fracturées et les brèches produites par l’impact. Ces échantillons offrent un aperçu unique des transformations subies par les roches soumises à des pressions et des températures extrêmes.

Une archive exceptionnelle du climat africain

Le lac Bosumtwi constitue également l’une des meilleures archives climatiques du continent africain. Depuis la formation du cratère, des sédiments se sont accumulés au fond du lac, enregistrant année après année les variations du climat régional. Les carottes de forage extraites au centre du lac contiennent ainsi plusieurs centaines de mètres de dépôts lacustres retraçant l’évolution des précipitations, de la végétation et des conditions environnementales en Afrique de l’Ouest sur plus d’un million d’années. Cette archive a été explorée lors du programme international ICDP.

Un analogue terrestre pour l’exploration de Mars

L’intérêt de Bosumtwi dépasse largement le cadre terrestre. Les scientifiques qui étudient Mars y trouvent également une source d’inspiration.

Les images orbitales de la planète rouge montrent de nombreux cratères entourés d’éjectas fluidisés, appelés « rampart craters ». Ces structures se forment probablement lorsque l’impact mobilise des matériaux riches en eau ou en glace présents dans le sous-sol martien.

Depuis plusieurs années, Bosumtwi est considéré comme l’un des meilleurs analogues terrestres de cette catégorie de cratères martiens [Baratoux et al. 2019, Niang et al. 2022]. Les dépôts d’éjectas pourraient être organisés en plusieurs couches concentriques, rappelant certains cratères martiens à éjectas multiples. Cette ressemblance contribue à mieux comprendre le rôle joué par l’eau dans la formation des paysages martiens.

Plus largement, Bosumtwi aide les planétologues à interpréter les données recueillies par les satellites et les rovers martiens. Les processus d’altération observés au Ghana fournissent des clés de lecture pour reconnaître d’anciens environnements aqueux sur Mars et mieux comprendre l’évolution de sa surface au cours du temps. Cet aspect du cratère de Bosumtwi a suscité récemment l’intérêt des médias, avec un reportage diffusé récemment sur la chaîne ARTE, avec la participation de Marian Selorm Sapah, géochimiste et cosmochimiste de l’Université du Ghana. Le reportage est disponible en ligne ici: https://www.arte.tv/fr/videos/131700-000-A/ghana-un-cratere-pour-approcher-la-planete-mars/

Un laboratoire naturel pour comprendre l’altération tropicale

Plus récemment, une étude pilotée par Makhoudia Fall de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et David Baratoux du laboratoire Géosciences Environnement Toulouse, avec la collaboration d’Hamed Pourkhorsandi et Marian Selorm Sapah ont révélé, une fois de plus la valeur scientifique de ce cratère. Cette étude, publiée dans un volume spécial consacré aux régolithes de la revue « Journal of Australian Earth Science » montre que Bosumtwi offre une occasion rare d’observer comment les paysages tropicaux évoluent au cours du temps [Baratoux et al. 2026].

Dans les régions tropicales humides, les roches sont progressivement transformées par l’altération chimique. Les pluies abondantes et les températures élevées favorisent la dissolution de nombreux minéraux, tandis que le fer et l’aluminium s’accumulent pour former des sols rouges appelés latérites.

Autour de Bosumtwi, les chercheurs disposent d’une expérience naturelle exceptionnelle. À l’extérieur du cratère, les latérites se sont développées pendant plusieurs dizaines de millions d’années. Les dépôts d’éjecta proviennent en revanche essentiellement de roches situées sous la couverture latérite. Les brèches d’impact mises en place il y un million d’années environ sont donc d’abord « fraiches » (c’est à dire ne montrant pas de signe d’altération). Pour ces roches exposées à la surface au moment de l’impact, l’altération n’a commencé qu’après l’impact, il y a environ un million d’années. Les scientifiques peuvent ainsi comparer des régolithes « jeunes » et « anciens » (Fig. 1).

Fig. 1 – Vue détaillée des régions latéritiques délimitées à partir de critères morpho-radiométriques et d’observations de terrain. Les régions (a) et (b) sont situées à l’intérieur de la structure d’impact et correspondent à des régolithes jeunes (âgés d’environ 1 million d’années), tandis que les régions (c) et (d), localisées à l’extérieur de la structure d’impact, représentent des régolithes matures. Les couleurs correspondent à la représentation ternaire des cartes radiométriques – les zones rouges sont riches en potassium, tandis que les nuances de vert et bleu indiquent des zones pauvres en potassium et riches en thorium et uranium.

 

Les auteurs de cette étude ont alors utilisé les mesures radiométriques aéroportées, qui donnent accès à des cartes de concentrations du potassium (K) et du thorium (Th) qui sont déjà couramment utilisées pour cartographier la présence ou l’absence de régolithe: le potassium est lessivé lors de l’altération des roches, alors que le thorium s’accumule dans le résidu altéré, un rapport K/Th faible indique donc la présence probable d’une couverture latéritique. Grâce à ces nouveaux travaux sur Bosumtwi, les scientifiques montrent que l’on peut aller plus loin, et cartographier la maturité du régolithe, en calculant le logarithme décimal du rapport entre le potassium (K) et le thorium (Th) (Fig. 2). Cette représentation du logarithme du rapport K/Th permet de révéler des variations subtiles dans le domaine des basses valeurs de K/Th caractéristiques des régolithes. Il s’agit d’une nouvelle mesure qui constitue un excellent indicateur du degré de maturité des profils d’altération. Là où des données radiométriques sont accessibles, cette mesure pourrait permet de cartographier rapidement la maturité des régolithes sur de vastes surfaces sans recourir à des campagnes d’échantillonnage intensives.

 

Fig. 2 – Logarithme décimal du rapport K/Th pour les « sols » de Boamah et Koeberl (2002), combiné aux valeurs de K/Th mesurées au sol et obtenues à partir de la carte radiométrique élaborée par Baratoux, Niang et al. (2019). Les limites des quatre unités sont indiquées par des polygones blancs. Ces unités correspondent à : (i) la crête distale disséquée, apparaissant dans des teintes brunes ; (ii) les latérites développées sur les éjectas, correspondant à des teintes vertes à jaune-orangé ; (iii) la couche d’éjectas la plus externe, également caractérisée par des teintes vertes à jaune-orangé ; et (iv) les latérites situées à l’extérieur de la structure d’impact et de ses éjectas, associées à des teintes vert foncé. Les affleurements de brèches présents au sein de l’unité d’éjectas la plus externe, tels qu’indiqués sur la carte géologique de Bosumtwi (Koeberl & Reimold, 2005), sont reportés sur cette figure afin d’étayer notre interprétation d’une seconde couche d’éjectas. Il convient de noter que les valeurs de K/Th à l’intérieur du lac doivent être ignorées.

 

Un patrimoine scientifique de portée mondiale

À première vue, Bosumtwi n’est qu’un lac circulaire niché au cœur des collines ghanéennes. Pourtant, ce site exceptionnel réunit plusieurs disciplines scientifiques : géologie des impacts, géomorphologie, géochimie, climatologie, hydrologie et sciences planétaires. Cette valeur exceptionnelle a permis à ce cratère de se hisser parmi les 200 sites de géo-héritage sélectionnées par l’IUGS : https://iugs-geoheritage.org/geoheritage_sites/lake-bosumtwi-impact-crater/. Et pour rappel, une conférence sur les cratères d’impact a été organisée au Ghana en 2025, avec une excursion de terrain sur le site: https://lastronomieafrique.com/aicac-v-2025-au-ghana/

Peu de lieux sur Terre permettent simultanément d’étudier la formation d’un cratère météoritique, l’évolution des paysages tropicaux, l’histoire climatique de l’Afrique et des processus comparables à ceux observés sur Mars. C’est cette convergence unique qui fait aujourd’hui de Bosumtwi un laboratoire naturel d’importance mondiale et un site majeur pour comprendre à la fois notre planète et les autres mondes du Système solaire.

Article écrit par David Baratoux │Institut de Recherche pour le Développement, Geosciences Environnement Toulouse (GET)

Références bibliographiques

  1. Baratoux, D., Niang, C.A.B., Reimold, W.U., Sapah, M.S., Jessell, M.W., Boamah, D., Faye, G., Bouley, S., Vanderheaghe, O., 2019. Bosumtwi impact structure, Ghana: Evidence for fluidized emplacement of the ejecta. Meteorit Planet Sci. https://doi.org/10.1111/maps.13253
  2. Baratoux, D., Fall, M., Pourkhorsandi, H., Sapah, M.S. Relationship between regolith maturity and K/Th ratio: insights from the Bosumtwi impact crater. Australian Journal of Earth Sciences. https://doi.org/10.1080/08120099.2026.2679694
  3. Niang, C.A.B., Baratoux, D., Rochette, P., Braucher, R., Reimold, W.U., Lambert, P., Diallo, D.P., Regard, V., Carretier, S., Jessell, M.W., Faye, G., Koeberl, C., 2022. The origin of the potassium‐rich annular zones at the Bosumtwi impact structure, Ghana, investigated by field study, radiometric analysis, and first cosmogenic nuclide data. Meteorit & Planetary Scien 57, 702–729. https://doi.org/10.1111/maps.13788
AfAS 2026 au Botswana : une astronomie africaine dynamique, collaborative et tournée vers l’avenir

AfAS 2026 au Botswana : une astronomie africaine dynamique, collaborative et tournée vers l’avenir

AfAS 2026 au Botswana : une astronomie africaine dynamique, collaborative et tournée vers l’avenir

Du 22 au 27 mars 2026, la ville de Kasane, au Botswana, a accueilli la conférence annuelle de l’African Astronomical Society (AfAS), principal rendez-vous de la communauté astronomique africaine. Pendant près d’une semaine, chercheurs, étudiants, ingénieurs, médiateurs scientifiques et responsables institutionnels venus de toute l’Afrique et d’ailleurs se sont réunis pour partager leurs travaux, développer de nouvelles collaborations et réfléchir aux défis et opportunités qui façonnent l’avenir de l’astronomie sur le continent.

Organisée dans un cadre exceptionnel aux portes du parc national de Chobe, cette édition 2026 s’inscrivait dans la dynamique de rotation géographique mise en place par l’AfAS ces dernières années. Après la conférence organisée au Maroc en 2024, première édition tenue en dehors de l’Afrique du Sud, puis celle de 2025 accueillie par l’University of South Africa (UNISA), le Botswana devenait ainsi le deuxième pays à accueillir l’événement en dehors de l’Afrique du Sud.

L’édition de Kasane a confirmé le dynamisme croissant de l’astronomie africaine et son rôle de plus en plus important dans le paysage scientifique mondial. Elle a également permis de mesurer les progrès réalisés dans les domaines de la recherche, de l’éducation, de la médiation scientifique et du développement des capacités humaines à travers le continent.

Un panorama de l’astronomie africaine en pleine évolution

Les nombreuses sessions scientifiques, conférences plénières, présentations orales et posters ont offert un aperçu particulièrement riche des avancées réalisées dans les différents domaines de l’astronomie et des sciences spatiales en Afrique.

De la cosmologie à l’étude des galaxies, des étoiles et des exoplanètes, en passant par la radioastronomie, les sciences planétaires, l’intelligence artificielle appliquée à l’analyse des données astronomiques ou encore les futures infrastructures de recherche du continent, les participants ont pu mesurer les progrès accomplis ces dernières années.

Les sessions posters ont également mis en lumière le travail de nombreux étudiants et jeunes chercheurs, témoignant de l’émergence d’une nouvelle génération de scientifiques africains impliqués dans des projets de recherche de haut niveau. Au-delà de la recherche fondamentale, plusieurs interventions ont montré comment l’astronomie contribue au développement des compétences en informatique, en traitement de données, en ingénierie et en innovation technologique à travers le continent.

Conférence plénière à chaque matinée

Éducation, médiation et développement des capacités au cœur de la conférence

Comme lors des précédentes éditions, une place importante a été accordée à l’éducation, à la médiation scientifique et au développement des capacités humaines.

Les sessions Education, Development and Outreach (EDO) ont permis de découvrir de nombreuses initiatives visant à rendre l’astronomie accessible au plus grand nombre, à renforcer la formation des enseignants et à susciter des vocations scientifiques chez les jeunes Africains.

Parmi les présentations marquantes figurait celle de Sylvain Bouley consacrée à l’initiative internationale On The Moon Again, qui mobilise chaque année astronomes amateurs et professionnels autour d’observations publiques de la Lune à travers le monde.

Lors de ces mêmes sessions, Andoniaina Rajaonarivelo a présenté le festival d’astronomie Madagascar sous les étoiles, devenu l’un des principaux événements de médiation astronomique à Madagascar. Cette présentation a permis de mettre en avant l’importance des activités de vulgarisation scientifique pour rapprocher les populations africaines des sciences et du ciel nocturne.

La participation de plusieurs membres d’Astronomie Afrique à travers différentes sessions a également permis de mettre en valeur des initiatives francophones de recherche, d’éducation et de médiation scientifique développées sur le continent.

Les échanges ont également porté sur les défis liés à l’éducation scientifique en Afrique, le développement des ressources pédagogiques, l’intégration des savoirs culturels et l’évaluation de l’impact des activités de médiation.

Présentation de Andoniaina lors d’une session EDO

Une collaboration renforcée entre l’Europe et l’Afrique

La session collaborative EAS/AfAS (European Astronomical Society – African Astronomical Society) a constitué l’un des temps forts de la conférence.

Cette session a mis en lumière les nombreuses collaborations existantes entre les communautés astronomiques européenne et africaine, non seulement dans le domaine de la recherche, mais également dans l’éducation, la médiation scientifique et le développement des capacités.

David Baratoux y a présenté les activités de l’AFIPS (African Initiative for Planetary and Space Science), initiative visant à renforcer les collaborations africaines dans les sciences planétaires et spatiales.

Andoniaina Rajaonarivelo y a également présenté l’École panafricaine d’astronomie portée par l’Observatoire Astronomique Écoles du Monde Madagascar. Ce programme a pour objectif d’offrir à de jeunes Africains une formation pratique en astronomie tout en favorisant leur intégration dans les réseaux scientifiques du continent.

Ces présentations ont illustré l’importance des partenariats internationaux pour accompagner le développement durable de l’astronomie africaine.

David Baratoux présentant l’AFIPS lors de la session EAS/AfAS

Former, inspirer et créer de nouvelles opportunités

Au-delà des sessions scientifiques, AfAS 2026 a accordé une place importante au renforcement des capacités et au développement de nouvelles compétences à travers le continent.

Plusieurs ateliers et activités pré-conférence ont ainsi permis aux participants d’explorer des thématiques variées allant de l’enseignement de l’astronomie à la communication scientifique, en passant par les sciences planétaires, l’analyse de données et l’astrotourisme. Parmi les initiatives proposées figuraient notamment BLUEshift Africa, consacré à l’enseignement universitaire de l’astronomie, un hackathon dédié aux compétences numériques et à la communication scientifique, ASTROLAB ainsi que l’African Lunar Symposium consacré aux perspectives africaines dans l’exploration lunaire.

La conférence a également mis en avant l’importance de la médiation scientifique à travers les visites organisées dans des établissements scolaires de la région de Kasane. Ces rencontres ont permis aux participants d’échanger directement avec les élèves et les enseignants botswanais, tout en suscitant l’intérêt des jeunes pour les carrières scientifiques.

L’une des thématiques particulièrement remarquées cette année a été l’astrotourisme. Profitant de la réputation du Botswana pour ses paysages naturels et la qualité de ses ciels nocturnes, un atelier spécifique a réuni guides touristiques, opérateurs de safari, chercheurs et médiateurs afin d’explorer le potentiel du ciel étoilé comme ressource scientifique, culturelle et économique. Les discussions ont souligné le rôle que pourrait jouer l’astrotourisme dans le développement local tout en sensibilisant les populations à la préservation du patrimoine nocturne africain.

L’ensemble de ces initiatives illustre l’une des spécificités de l’AfAS : faire de la conférence non seulement un lieu de présentation de résultats scientifiques, mais également un espace de formation, d’échanges d’expériences et de développement de projets ayant un impact concret sur les communautés africaines.

Les femmes africaines à l’honneur

L’un des moments marquants de cette édition a été la remise des prix du réseau African Network for Women in Astronomy (AfNWA).

Le prix « Prof. Carolina Ödman-Govender Early Career Award » a été attribué à la Dre Mona Molham pour ses contributions scientifiques et son engagement en faveur de la participation des femmes dans les sciences.

La Dre Zara Randriamanakoto a reçu le prix « Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa », récompensant à la fois l’excellence de ses travaux scientifiques, son implication dans la promotion des femmes en sciences et son engagement dans l’accompagnement de la nouvelle génération d’astronomes africains.

Ces distinctions rappellent l’importance des initiatives favorisant une communauté scientifique plus inclusive et représentative de la diversité du continent.

Zara Randriamanakoto reçevant le prix Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa

Des moments de partage au cœur de l’expérience AfAS

Comme toute grande conférence scientifique, AfAS 2026 a également offert de nombreuses occasions d’échanges informels entre participants.

Parmi les moments les plus appréciés figurait une croisière sur le fleuve Chobe, permettant aux participants de découvrir la richesse naturelle de la région tout en poursuivant les discussions engagées durant les sessions scientifiques.

Le dîner de conférence a également constitué un moment privilégié pour renforcer les liens entre chercheurs, étudiants et partenaires venus de nombreux pays africains et internationaux. Ces moments de convivialité jouent un rôle essentiel dans la construction des réseaux qui font avancer la recherche et les projets collaboratifs.

Dîner de gala

Une communauté africaine ambitieuse et connectée

L’édition 2026 de la conférence AfAS a confirmé la montée en puissance de l’astronomie africaine. Les travaux présentés tout au long de la semaine ont montré l’excellence scientifique croissante du continent, tandis que les sessions consacrées à l’éducation et à la médiation ont rappelé que le développement de l’astronomie ne peut se faire sans investissement dans la formation et le partage des connaissances.

Les nombreuses collaborations présentées durant la conférence, qu’elles concernent la recherche, l’éducation ou la médiation scientifique, témoignent de la volonté de construire une communauté astronomique africaine toujours plus intégrée. Les échanges entre chercheurs, enseignants, étudiants et acteurs de la vulgarisation ont illustré la richesse des compétences présentes sur le continent ainsi que l’importance des partenariats internationaux pour accompagner leur développement.

Si la conférence a illustré le dynamisme de l’astronomie africaine dans toute sa diversité, elle a également mis en lumière un défi qui demeure pour la communauté : la participation encore limitée des acteurs issus de l’espace francophone. Alors même que de nombreuses initiatives de recherche, d’éducation et de médiation se développent dans plusieurs pays francophones du continent, leur représentation à Kasane est restée relativement modeste. Renforcer ces échanges et encourager une participation plus équilibrée entre les différentes communautés linguistiques constituera un enjeu important pour consolider une astronomie véritablement panafricaine.

Après cette étape botswanaise, la communauté astronomique africaine se retrouvera en 2027 à Grahamstown (Makhanda), à la Rhodes University en Afrique du Sud, pour la prochaine édition de la conférence AfAS.

Au-delà des résultats scientifiques, AfAS 2026 aura surtout démontré qu’à travers la recherche, l’éducation, la médiation et les collaborations internationales, l’astronomie continue de s’affirmer comme un puissant moteur de développement scientifique et humain pour le continent africain. Rendez-vous est désormais donné à Grahamstown pour poursuivre cette dynamique et écrire un nouveau chapitre de l’astronomie africaine.

Article écrit par Andoniaina Rajaonarivelo, Sylvain Bouley et David Baratoux

Lune montante ou Lune croissante ?

Lune montante ou Lune croissante ?

Bien des jardiniers vous le diront, la Lune montante est propice aux cultures. Les graines germeraient mieux, les fruits et légumes récoltés seraient de meilleure qualité, les greffes prendraient mieux… C’est là un des nombreux pouvoirs attribués à notre voisine céleste, bien que ces allégations ne reposent généralement sur aucun fondement scientifique. Dans le cas de cet adage horticole, la notion de Lune montante est en outre fréquemment assimilée à celle de Lune croissante. Nous faisons ici le point sur ces deux phénomènes bien distincts afin d’améliorer, nous aussi, notre culture…

 Les phases : des croissants… croissants et décroissants

On sait depuis 400 ans que la Lune tourne autour de la Terre et que le couple Terre-Lune tourne lui-même autour du Soleil. Il faut vingt-neuf jours et demi à la Lune pour faire le tour de notre planète et revenir à une position identique, relativement au Soleil et à la Terre. C’est ce qu’on appelle le mois synodique ou, plus simplement, la lunaison [1]. Depuis la Terre, la fraction de l’hémisphère lunaire éclairé par le Soleil varie de jour en jour en fonction de l’angle Soleil-Terre-Lune. Cette variation d’aspect qui s’étend sur près d’un mois s’appelle le cycle des phases.

Lorsque la Lune se trouve entre la Terre et le Soleil [2], c’est son côté non éclairé par le Soleil qui nous fait face. Elle nous est donc invisible ; c’est la nouvelle Lune. Les soirs qui suivent la nouvelle Lune, du fait de son mouvement autour de la Terre, l’hémisphère lunaire éclairé commence à nous apparaître sous la forme d’un fin croissant qui gagne progressivement en épaisseur au fil des jours jusqu’à atteindre la moitié du disque lunaire, formant alors le premier quartier. Puis, le terminateur [3] s’arrondit progressivement, donnant à la Lune une forme bossue ou renflée qu’on appelle gibbeuse jusqu’à ce que le disque lunaire finisse par être pleinement éclairé : c’est la pleine Lune. Pendant cette période qui dure près de quinze jours, la surface éclairée du disque lunaire s’accroît. C’est la période dite de Lune croissante.

Après la pleine Lune, les phases s’enchaînent en sens inverse : Lune gibbeuse, dernier quartier puis croissant de plus en plus fin jusqu’à la nouvelle Lune. La surface éclairée diminuant, on parle de Lune décroissante.

En résumé, la Lune croissante est la période qui va de la nouvelle Lune à la pleine Lune, et la Lune décroissante, de la pleine Lune à la nouvelle Lune. Ainsi, un simple coup d’œil à la forme de notre satellite permet de savoir si nous sommes dans la période croissante ou décroissante.

Le cycle des phases lunaires. La Lune croissante dure de la nouvelle Lune (NL) jusqu’à la pleine Lune (PL) en passant par le premier quartier (PQ). La Lune décroissante, de la pleine Lune à la nouvelle Lune en passant par le dernier quartier (DQ). (Crédit : É. Evrard)

La course de la Lune : des hauts et des bas

Chacun sait que l’été, le Soleil monte très haut dans le ciel et nous chauffe ardemment pendant de longues journées, tandis qu’en hiver, son disque pâle peine à s’élever au-dessus de l’horizon et redescend bien vite pour se coucher tôt. Il en va de même pour la Lune, à une nuance près toutefois : alors que pour le Soleil, ce cycle dure une année, pour la Lune il s’effectue en seulement 27,3 jours, une période qu’on appelle le mois tropique [4]. La raison de cette variation mensuelle de la hauteur apparente de notre satellite tient au fait que l’orbite lunaire ne s’effectue pas dans le même plan que l’écliptique [5], mais qu’elle est inclinée d’environ 5 degrés. Au cours de son périple autour de la Terre, la Lune va donc alternativement « monter » vers le point le plus au nord de son orbite puis « redescendre » vers le point le plus au sud. Ce faisant, elle coupe l’écliptique en deux points qu’on appelle les nœuds, une fois en montant (nœud ascendant), une fois en redescendant (nœud descendant).

Contrairement au phénomène précédent (Lune croissante/décroissante), il n’est pas possible de savoir d’un simple coup d’œil si la Lune est en train de monter ou de descendre. Il faut pour cela observer son passage au minimum deux jours consécutifs et noter sa hauteur apparente dans le ciel en prenant un point de repère quelconque (relief, arbre, clocher, pylône…). Entre le premier et le deuxième jour, la Lune aura progressé sur son orbite et, selon le cas, elle sera plus au nord et apparaîtra alors plus haute que la veille (on parlera de Lune montante ou ascendante), ou bien elle sera plus au sud et apparaîtra plus basse (on parlera de Lune descendante). Le mois tropique étant de 27,3 jours, la Lune montante et la Lune descendante durent chacune un peu moins de 14 jours. Si l’on ne peut pas mener ces observations in situ, on trouvera dans les éphémérides astronomiques l’indication du jour où la Lune atteint le point le plus haut de son orbite (appelé déclinaison maximum) et le point le plus bas (déclinaison minimum). On en déduira instantanément le sens de son mouvement pour une date donnée.

Bien qu’elles soient toutes deux liées au mouvement orbital de la Lune autour de la Terre, Lune croissante/décroissante et Lune ascendante/descendante sont donc deux notions bien différentes et deux phénomènes qui ne coïncident pas. Pour un jour donné, la Lune peut en effet être à la fois croissante et descendante ou, à l’inverse, décroissante et montante ! Ce sera notamment le cas du 8 au 17 avril où la Lune sera montante et décroissante, puis du 21 avril au 1er mai où elle sera croissante et descendante.

D’un jour à l’autre, la hauteur de la Lune varie. Selon le sens de la variation, on parlera de Lune montante (ou ascendante) ou de Lune descendante. (Crédit : É. Evrard)

Ajoutons pour conclure que l’écliptique est incliné d’un peu plus de 23° par rapport au plan équatorial de la Terre, ce qui cause les variations de hauteur de la trajectoire du Soleil dans le ciel et le cycle des saisons. Cette inclinaison de l’écliptique a aussi une incidence sur la position apparente de la Lune, mais cette fois le cycle n’est pas mensuel mais annuel. Selon la saison, la déclinaison maximum de la Lune (position apparente la plus haute du mois) et sa déclinaison minimum (position apparente la plus basse du mois) sont ainsi plus ou moins hautes. Au risque de sortir du cadre de cet article consacré aux variations mensuelles d’aspect et de position de la Lune, retenons simplement que, contrairement au Soleil, les pleines Lunes sont plus hautes en hiver qu’en été.

Article écrit par Éric EVRARD │ Science et Culture en Picardie

[Notes]

  1. La période synodique est l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux passages consécutifs d’une planète ou d’un satellite à un même point par rapport au Soleil et à la Terre. S’agissant de la Lune, le mois synodique ou lunaison sépare deux phases identiques (p. ex. : 2 pleines Lunes).
  2. Plus précisément, lorsque la Lune et le Soleil ont la même longitude géocentrique, ce qui n’implique pas un alignement parfait des trois astres.
  3. Ligne fictive qui sépare la partie éclairée par le Soleil de la partie non éclairée.
  4. S’agissant de la Lune, le mois tropique est l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux passages consécutifs de la Lune à une même longitude écliptique.
  5. Plan de l’orbite de la Terre autour du Soleil.
Quatorze milliards d’années d’évolution d’amas globulaires simulées sur un supercalculateur

Quatorze milliards d’années d’évolution d’amas globulaires simulées sur un supercalculateur

1. Simulation d’un amas globulaire initialement en rotation rapide, contenant 1,5 million d’étoiles. Il est vu sur cette image comme s’il était observé, à un âge de 12 milliards d’années, à une distance de 800 kpc, par l’instrument NIRCam du télescope spatial James-Webb. (Crédit : Bianchini et al. [1])

Les amas globulaires figurent parmi les plus anciens ensembles d’étoiles de l’Univers. Ils sont omniprésents dans l’environnement des galaxies autour desquelles ils tournent. Les amas globulaires sont aussi des objets abondamment observés. La compréhension de leurs propriétés implique de connaître l’évolution physique et chimique des étoiles, et l’étude de leurs mouvements.

Les mouvements des étoiles d’un amas globulaire se font sous l’influence des autres étoiles de l’amas. En première approximation, elles tournent autour du centre de l’amas. Mais comment ? Tournent-elles toutes dans le même sens ou dans des directions quelconques ? Comment leurs vitesses se répartissent-elles ? Des observations effectuées à partir des années 2010 ont montré que malgré la forme sphérique des amas globulaires, la vitesse des étoiles n’est pas dirigée uniformément dans toutes les directions (on dit que la distribution des vitesses est anisotrope), et que les amas globulaires sont en rotation. C’est-à-dire que les étoiles ont tendance à tourner autour du centre de l’amas dans le même sens.

Cependant, les étoiles ne tournent pas sagement sur des orbites elliptiques. Elles interagissent les unes avec les autres de manière complexe. Dans les régions denses en étoiles, des interactions à très courte distance sont possibles, entraînant la formation d’étoiles doubles (captures) ou, au contraire, l’éjection d’étoiles hors de l’amas. Les étoiles ou les supernovae résultant de leur explosion peuvent aussi acquérir des vitesses importantes. Les étoiles de l’amas évoluent aussi sous l’influence gravitationnelle de la galaxie autour de laquelle ces amas évoluent. En effet, lorsque l’amas est proche de sa galaxie, des différences notables de force de gravitation exercées par la galaxie entre des côtés opposés de l’amas peuvent le distordre (effet de marée) et arracher des étoiles à l’amas. Celles-ci forment alors comme une sorte de ruban d’étoiles dans le sillage de l’amas, que l’on appelle un courant de marée.

Des simulations des amas globulaires effectuées actuellement tiennent compte de l’évolution des étoiles de l’amas, depuis leur création jusqu’à leur transformation en naines blanches, en étoiles à neutrons ou en trous noirs, mais aussi de leurs mouvements dans l’amas, pouvant inclure la création et l’évolution des systèmes d’étoiles doubles. Des simulations tiennent compte également du mouvement des étoiles sous l’influence de la galaxie hôte. Tout cela est possible à présent avec des supercalculateurs, même en prenant en compte un nombre réaliste d’étoiles, lequel est de l’ordre du million.

Les simulations ont montré qu’au commencement de l’évolution des amas globulaires, des instabilités entraînent une migration des étoiles des régions internes de l’amas à des distances encore plus proches du centre. On parle d’effondrement du cœur. Cela accroît significativement la densité d’étoiles dans les régions centrales de l’amas, alors que les régions externes gardent une densité en étoiles plus faible. De plus, les étoiles de forte masse (y compris les trous noirs) sont entraînées plus efficacement que les étoiles légères dans cet effondrement. On appelle ce phénomène la ségrégation de masse. Cette ségrégation tend à regrouper les étoiles massives vers le centre de l’amas, en laissant les étoiles plus légères dans les régions moins denses de la périphérie.

Lorsque la densité au cœur de l’amas est assez élevée pour que les interactions entre étoiles proches permettent la formation d’un assez grand nombre d’étoiles doubles, la dynamique change, et l’effondrement du cœur cesse progressivement.

Comme il a été établi que les amas globulaires sont généralement en rotation, un groupe d’astronomes, dont plusieurs travaillent à l’observatoire de Strasbourg, s’est intéressé à l’influence de la rotation des amas globulaires sur leur évolution. Leurs simulations [1], au nombre de 25, ont permis de calculer l’évolution d’amas globulaires comprenant entre 250 000 et 1,5 million d’étoiles, sur une durée de 12 ou 14 milliards d’années. C’est presque l’âge de l’Univers ! Les simulations se distinguaient les unes des autres par leur taux initial de rotation, par la densité d’étoiles, et plusieurs champs de marée (dus à la galaxie voisine) ont été simulés [2].

La comparaison de l’état des amas globulaires à la fin des simulations avec les amas globulaires observés actuellement a permis de caractériser rétrospectivement comment devaient être ces amas il y a 12 ou 14 milliards d’années.

2. Évolution temporelle d’un amas globulaire en rotation. Simulation du même amas globulaire que sur la figure 1, toujours comme s’il était observé avec le JWST à 800 kpc de distance. De droite à gauche, l’âge de l’amas est de 0, 1 et 12 milliards d’années. L’amas est vu sous un autre angle que sur la figure 1. (Crédit : Bianchini et al. [1])

Globalement, il ressort de ces simulations que les amas globulaires ont une rotation de plus en plus faible au cours de leur évolution. On dit qu’ils perdent du moment cinétique. À l’origine, il y a 12 à 14 milliards d’années, ils tournaient sur eux-mêmes cinq fois plus vite (environ) qu’actuellement. Les amas étaient également plus petits à l’origine. Au cours de cette évolution, la taille des amas a augmenté d’un facteur cinq environ.

Les simulations ont montré que la rotation joue un rôle essentiel dans l’évolution des amas globulaires. Les amas avec un taux de rotation initial plus élevé subissent un effondrement du cœur plus rapide et plus marqué. Il se produit seulement en quelques centaines de millions d’années contre un milliard d’années pour un amas en rotation lente. La ségrégation de masse y est aussi plus importante, favorisant la présence des étoiles les plus massives dans le cœur de l’amas.

L’effondrement du cœur et la ségrégation de masse n’empêchent cependant pas que de nombreuses étoiles s’échappent de l’amas. Les pertes de masse sont très importantes dans le premier milliard d’années d’existence de l’amas, avec des valeurs typiques de 30 % de la masse totale initiale. Elles sont majoritairement dues à des processus liés à l’évolution des étoiles. Les effets de marée causés par la galaxie hôte deviennent dominants plus tard. Au bout de quelques milliards d’années, la perte de masse est alors assez variable, souvent proche de 40 % ou 50 % au total, sauf dans des conditions particulières propices aux effets de marée causés par la galaxie.

Les amas actuellement les plus massifs sont ceux qui ont gardé un taux de rotation parmi les plus élevés, c’est-à-dire dans les amas où les étoiles ont toutes tendance à tourner dans l’amas dans le même sens. Cela est compatible avec les observations des taux de rotation des amas globulaires actuels, les moins massifs ayant des taux de rotation très faibles.

En conclusion, les simulations menées dans cette étude ont montré le rôle déterminant de la rotation dans les phases initiales de l’évolution des amas globulaires.

Article écrit par Fabrice Mottez│ CNRS, Observatoire de Paris-PSL

[Notes]

  1. Bianchini P. et al., « How supercomputers are rewriting the history of globular star clusters », Astronomy and Astrophysics, 708, A10, 2026.
  2. Ces simulations ont été effectuées avec un code dit à N-corps qui traite du mouvement des étoiles, tout en incorporant des ingrédients liés à l’évolution des étoiles et à l’interaction avec le champ de gravitation de la galaxie hôte. Les simulations ont tourné sur le supercalculateur Jean-Zay (Genci-Idris), situé sur le plateau de Saclay au sud de Paris, sur une durée de 3 années. Le nombre d’heures de calcul cumulées sur tous les processeurs graphiques (GPU) a été de 350 000 heures. La plus grosse des 25 simulations a tourné durant 400 jours en utilisant entre 12 et 48 GPU.
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