LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE
Exploration des lunes de Saturne : un nouveau départ

Exploration des lunes de Saturne : un nouveau départ

Fig 1. Représentation d’artiste de l’orbiteur de Cassini vu entre la planète Saturne et ses plus proches anneaux, durant le « Grand Finale » (2017). (Crédit : NASA)

En septembre dernier, la communauté scientifique célébrait, à l’Observatoire de Paris, le 20e anniversaire de la descente de la sonde Huygens sur le sol de Titan, le plus gros satellite de Saturne [1]. La centaine de participants présents a revécu les moments clés de la mission Cassini-Huygens, lancée conjointement par la Nasa et l’Esa en 1997, qui s’est terminée le 15 septembre 2017 par le « Grand Finale », une plongée spectaculaire dans l’atmosphère de Saturne. Au-delà de la célébration d’une aventure spatiale exceptionnelle, fruit d’une collaboration internationale exemplaire, le colloque a permis d’évoquer les perspectives d’exploration des lunes de Saturne.

 Le défi est de taille. Au cours de ses treize années d’opération, la mission Cassini-Huygens a accumulé les découvertes et les surprises [1]. Conçue et développée à la suite des résultats des missions Voyager qui avaient révélé l’intérêt exceptionnel du satellite Titan – ce nouvel analogue d’une « Terre primitive » –, la mission Cassini-Huygens s’était d’emblée focalisée sur l’analyse approfondie du plus gros satellite de Saturne, en déposant à sa surface la sonde Huygens. De plus, le radar de l’orbiteur Cassini a découvert à la surface de Titan, à haute latitude, de vastes lacs d’hydrocarbures qui évoluent selon le cycle des saisons. Mais une autre découverte encore plus surprenante a défrayé la chronique : dès 2005, les instruments de l’orbiteur Cassini (fig. 1) ont mis en évidence une activité interne au sein du petit satellite Encelade. Il s’est avéré que les plumes (éjections de gaz composées majoritairement de vapeur d’eau) issues du pôle Sud d’Encelade étaient à l’origine de l’anneau E qui entoure Saturne. Les mesures réalisées sur la petite lune tout au long de la mission ont révélé la présence d’un océan liquide composé d’eau et de sels sous la surface du satellite, probablement en contact avec la surface silicatée du satellite. Des sources hydrothermales pourraient-elles y être présentes, comme dans le cas des fosses marines terrestres ? Cette hypothèse a projeté Encelade à la tête des cibles les plus prometteuses en matière d’exobiologie.

Au lendemain du « Grand Finale », les questions scientifiques autour du système de Saturne ne manquaient donc pas. Mais le défi était immense : la mission Cassini-Huygens avait bénéficié d’une collaboration internationale exceptionnelle, rendue possible – en dépit des difficultés – par un concours de circonstances favorables et le contexte politique de l’époque. Cette opportunité de collaboration spatiale internationale à grande échelle ne s’est pas reproduite depuis, comme l’illustrent les missions vers le système de Jupiter lancées en parallèle par l’Europe (Juice) et les États-Unis (Europa Clipper). Le projet TSSM (Titan Saturn System Mission), proposé conjointement en 2009 par l’Esa et la Nasa pour envoyer un ballon dans l’atmosphère de Titan et y déposer un atterrisseur, n’a pas été sélectionné, la priorité ayant été donnée à l’exploration des lunes glacées de Jupiter. Comment ajouter une pierre significative à l’héritage de Cassini-Huygens sans une collaboration internationale majeure et dans un contexte budgétaire plus contraint que jamais ?

La mission Dragonfly : l’exploration de la surface de Titan

La réponse est venue de la Nasa, avec la mission Dragonfly. Sélectionnée en 2019 dans le cadre des missions « New Frontiers » (plafonnées à un milliard de dollars), cette mission a pour objectif l’exploration de la surface et de la basse atmosphère de Titan au moyen d’un « aérobot », sorte d’hélicoptère capable d’effectuer de multiples vols de courte durée (fig. 2 et 3) [2, 3]. Le lancement est prévu pour juin 2028, pour une arrivée sur Titan en décembre 2034. La durée prévue pour la mission est de trois ans, soit 74 jours sur Titan (mais les missions sont très souvent prolongées bien au-delà de leur durée nominale, aussi longtemps que les instruments fonctionnent et que les données sont reçues sur Terre). L’environnement de Titan, dont l’atmosphère est quatre fois plus dense que celle de la Terre et la gravité sept fois plus faible, est particulièrement favorable à l’exploration par hélicoptère. Des vols successifs, programmés tous les jours ou tous les deux jours, permettront d’explorer une trentaine de sites sur des distances de plusieurs dizaines de kilomètres.

Fig 2. Représentation d’artiste de la descente (sous parachute) de l’aérobot Dragonfly (à gauche) puis de son envol pour une campagne d’observations (à droite). (Crédit : NASA/E. Z. Turtle)

Fig 3. L’aérobot Dragonfly (représentation d’artiste). L’énergie est fournie par des RTG (générateurs thermoélectriques à radio-isotopes). On voit les quatre systèmes d’hélices et, sur l’aérobot, la grande antenne qui communique avec la Terre. (Crédit : NASA/E. Z. Turtle)

Le site d’atterrissage (fig. 4), assez proche de celui de la sonde Huygens, a été choisi de manière à pouvoir caractériser une variété de terrains identifiés par la mission Cassini-Huygens (dunes riches en matériaux organiques, zones inter-dunes riches en eau, résidus de cratères d’impact).

Fig 4. Carte de la surface de Titan réalisée à partir des images prises par les instruments VIMS et SSI de Cassini dans l’infrarouge proche. Les sites d’atterrissage de Huygens et de Dragonfly y sont représentés. (Crédit : B. Seignovert et al., LPSC Conference, abstract 1423.pdf, 2019)

Les instruments scientifiques comportent un jeu de caméras, un spectromètre de masse associé à un système de forage pour prélever des échantillons sous la surface et en faire l’analyse chimique, un spectromètre à rayons gamma pour analyser la composition de la surface, ainsi qu’un instrument dédié à la météorologie (pression, température, mesure des vents) et à la sismologie, pour évaluer le niveau d’activité sismique. Alors que, pendant treize ans, la mission Cassini-Huygens a opéré depuis l’hiver (hémisphère Nord) jusqu’au solstice d’été (hémisphère Nord), la mission Dragonfly (fig. 4) arrivera et sera opérationnelle pendant l’hiver (hémisphère Nord), juste une saison saturnienne après Cassini-Huygens (fig. 5). En effet, comme Titan est en rotation synchrone autour de Saturne (présentant toujours la même face à la planète), son cycle saisonnier est celui de Saturne, dont la période de révolution autour du Soleil est proche de trente ans.

Fig 5. L’orbite de Saturne autour du Soleil et le positionnement des missions spatiales en fonction du cycle saisonnier. Comme Titan est en orbite synchrone autour de Saturne, le cycle saisonnier de Titan reflète celui de Saturne. L’arrivée de Dragonfly en 2034 devrait coïncider avec l’hiver boréal de Titan, comme c’était le cas trente ans plus tôt pour l’arrivée de Cassini-Huygens. (Crédit : NASA)

Après Titan, l’exploration d’Encelade

La découverte des geysers d’Encelade (fig. 6), impliquant l’existence d’un océan interne d’eau liquide, a introduit une nouvelle priorité dans les perspectives d’exploration future du système de Saturne. Ainsi, aux États-Unis, le rapport décennal de la Nasem (National Academy of Sciences, Engineering and Medecine) dédié à la planétologie et à l’exobiologie, publié en 2022, a classé en seconde priorité de ses missions « Flagship » (les plus ambitieuses, d’un budget supérieur au milliard de dollars) une mission vers Encelade comportant un orbiteur et un module de descente, la première priorité ayant été donnée à l’exploration d’Uranus. Conscient des difficultés budgétaires laissant peu d’espoir pour la réalisation de deux missions « Flagship », le comité de la Nasem a également recommandé, parmi les missions « New Frontiers », une mission de survols multiples d’Encelade, selon une approche analogue à celle d’Europa Clipper.

Fig 6. Représentation schématique de l’intérieur d’Encelade. Les plumes sont émises vers l’extérieur au travers de fissures à partir d’une poche d’eau liquide sous pression à une température proche de 0 °C. L’énergie nécessaire pour chauffer cette poche provient sans doute des forces de marée liées à la proximité de Saturne, ainsi que des éléments radioactifs présents dans le noyau d’Encelade. (Crédit : NASA)

De son côté, en 2021, l’Agence spatiale européenne, dans son programme « Voyage 2050 » définissant les grands axes de sa politique d’exploration robotique spatiale pour les trois décennies à venir, a également placé l’exploration des lunes glacées en première priorité des futures missions « L4 » (comme « Large » et quatrième appel d’offres), les plus ambitieuses. En 2024, le comité d’experts chargé de la définition de cette mission en a sélectionné la cible – Encelade – et en a défini les contours – un orbiteur muni d’un module de descente (lander) [4]. L’objectif majeur est de caractériser l’habitabilité du satellite, en utilisant trois approches : 1) l’analyse de la composition et la structure de son océan interne ; 2) l’étude des interactions et des échanges d’énergie entre l’océan et la surface glacée ; 3) la recherche d’éventuelles biosignatures.

Dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, l’approche adoptée par la mission L4 vise à privilégier une instrumentation de plus en plus petite et performante, grâce aux progrès réalisés en miniaturisation. L’atterrisseur, positionné à proximité du pôle Sud d’Encelade (la région active du satellite, fig. 7) devrait avoir une durée de vie d’au moins deux semaines. Le choix du site d’atterrissage sera crucial, et des capteurs seront nécessaires pour caractériser la surface afin d’assurer un atterrissage réussi du module de descente (fig. 8). Le sondage de l’océan interne se fera au moyen de l’analyse chimique des plumes, réalisée par l’orbiteur. La mission comprendra aussi des survols répétés des autres satellites de Saturne, selon une stratégie analogue à celle de la mission Juice dans le système de Jupiter.

Fig 7. La région active située au pôle Sud d’Encelade, observée par la caméra de Cassini. Elle est caractérisée par de profondes fissures (les tiger stripes ou griffes de tigre) par lesquelles s’échappent les plumes provenant de l’océan d’eau liquide présent sous la surface. La température (91 K, soit –182 °C) est de 10 degrés supérieure à celle de son environnement. (Crédit : NASA)

Fig 8. Image de la surface d’Encelade prise par la caméra de l’orbiteur Cassini le 14 octobre 2005. On y voit de multiples cratères traversés par de nombreuses fissures, par lesquelles s’échappent les plumes issues de l’océan interne. Une reconnaissance très précise du sol d’Encelade sera nécessaire pour assurer une dépose sans risque du module de descente de la mission L4. (Crédit : NASA)

Selon le calendrier prévisionnel actuel, le lancement pourrait avoir lieu entre 2040 et 2045, au moyen de deux tirs successifs par deux fusées Ariane 6. L’assemblage du vaisseau spatial se ferait en orbite terrestre dans l’année suivant les lancements. L’arrivée dans le système de Saturne aurait lieu entre 2050 et 2055. Après une succession de survols autour d’Encelade et des autres lunes de Saturne, l’atterrisseur serait déposé à l’horizon 2055-2060 pour une durée d’opération de quelques semaines, tandis que le véhicule principal, en orbite autour d’Encelade, poursuivrait son exploration. Si jamais ce scénario n’était pas compatible avec les ressources budgétaires disponibles, la solution de repli consisterait, comme dans le cas de la Nasa, à réaliser une série de survols multiples d’Encelade, comme va le faire la sonde Europa Clipper pour explorer Europe. Voilà des perspectives propres à nous faire rêver… en attendant leur réalisation !

Article écrit pat Thérèse ENCRENAZ │ Observatoire de Paris-PSL

[Notes]

  1. Encrenaz T., « De la naissance de J.-D. Cassini à la mission Cassini-Huygens», l’Astronomie, no196, septembre 2025, p. 18-21.
  2. Griton L., « Dragonfly, une libellule sur Titan », l’Astronomie, no135, février 2020.
  3. Turtle E. Z. et Lorenz R., « Dragonfly: in situ exploration of Titan’s prebiotic chemistry, habitability, meteorology, geology and geophysical characteristics », Conférence présentée au colloque « 20 years celebration of the Huygens landing and the Cassini mission’s success », Paris, 16-18 septembre 2025.
  4. Helbert J., « The mission to Enceladus – The ESA L4 mission », Conférence présentée au colloque « 20 years celebration of the Huygens landing and the Cassini mission’s success », Paris, 16-18 septembre 2025.
Artemis II, vers la Lune

Artemis II, vers la Lune

La deuxième étape du programme pour le grand retour américain sur la Lune est engagée. Le vaisseau Orion, avec quatre astronautes à son bord, fera prochainement le tour de notre satellite, préparant ainsi l’étape suivante qui sera celle de l’alunissage.

À l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas la date exacte du lancement du vaisseau lunaire de la mission Artemis II, mais elle est sans doute très proche, ou même accomplie au moment où vous lisez cet article. En effet, le 9 janvier dernier, la Nasa a annoncé qu’elle se situe entre le 6 février et le 6 avril 2026. La mission Artemis II s’inscrit dans le programme Artemis [1], décidé en 2017 par le président Trump avec pour objectif le retour d’humains sur la Lune d’ici à 2028. Des contraintes budgétaires et des complications techniques ont retardé la mise en œuvre du programme.

La première étape, Artemis I, qui était un test du vaisseau Orion non habité sur une orbite lunaire haute, a eu lieu en novembre 2022 seulement (lire l’article d’Olivier de Goursac, dans l’Astronomie no 161 de juin 2022).

La deuxième étape, Artemis II, est le premier vol d’essai habité du vaisseau Orion (prévu initialement en 2024). Lancé par la fusée SLS [2], depuis le Kennedy Space Center en Floride, le vaisseau fera le tour de la Lune puis reviendra sur Terre après un voyage d’environ dix jours. Ce trajet de retour en trajectoire libre rappellera celui d’Apollo 13 dans les conditions dramatiques que l’on sait en raison de l’explosion d’un réservoir d’oxygène. Le vaisseau spatial Orion a été baptisé « Integrity » par les quatre membres de l’équipage de ce vol : trois astronautes américains, dont une femme, et un canadien. La féminisation du programme Artemis est ainsi confirmée par la présence de Christina Koch, astronaute expérimentée avec 328 jours dans l’ISS [2] et la première sortie spatiale extravéhiculaire féminine. Les autres astronautes sont les Américains Reid Wiseman et Victor Glover, et Jeremy Hansen, premier Canadien pour une mission lunaire.

Le vaisseau Orion reprend l’architecture du vaisseau Apollo avec ses trois parties : une capsule conique contenant l’habitacle pour l’équipage, au-dessus la tour de sauvetage utilisée en cas de risque d’explosion lors du lancement, et en dessous le module de service dans lequel est rassemblé tout ce qui n’est pas nécessaire au retour sur Terre. L’espace habitable, de presque 19 m3, est plus vaste qu’il l’était dans Apollo. Le module de service, fourni par l’Esa, est une version actualisée et améliorée de l’ATV [2], véhicule qui a été utilisé pour faire des liaisons entre la Terre et l’ISS entre 2008 et 2015.

La troisième étape, Artemis III, est prévue en 2027. Ce sera le deuxième vol habité d’Orion, avec encore un équipage de quatre astronautes, dont une femme. Deux d’entre eux réaliseront une mission sur la Lune tandis que les deux autres resteront à bord d’Orion.

Lors de missions ultérieures, les astronautes amarreront Orion à la station spatiale Gateway, qui orbitera autour de la Lune de façon permanente et dont le lancement, en trois composantes qui viendront se compléter, est prévu pour 2027, 2028, 2030. Cette station sera essentielle pour l’exploration humaine durable de la Lune et pour préparer les premières missions humaines vers Mars, ce qui est l’ambition affichée à long terme.

Article écrit par Marie-Claude PASKOFF | Société astronomique de France

Notes
1. À propos du nom Artemis, lire l’article de M.-C. Paskoff dans l’Astronomie no165 (nov. 2022).
2. SLS pour Space Launch System; ISS pour International Space Station; ATV pour Automated Transfer Vehicle.

Illustrations

Photo prise le 28 novembre 2022 depuis le vaisseau Orion lors de la précédente mission, Artemis I, alors qu’il a atteint le point le plus éloigné de la Lune et de la Terre. (Crédit : Nasa)(https://www.asc-csa.gc.ca/fra/astronomie/exploration-lune/missions-artemis.asp)

L’équipage de la mission Artemis II devant le vaisseau Orion. De gauche à droite : Jeremy Hansen ; Victor J. Glover, pilote ; Gregory Reid Wiseman, commandant ; et Christina Koch. (Crédit : Nasa) (https://www.nasa.gov/feature/our-artemis-crew/)

Accord historique entre le Sénégal et la Chine pour la participation à la station lunaire internationale 

Accord historique entre le Sénégal et la Chine pour la participation à la station lunaire internationale 

Le Sénégal s’affirme comme un acteur prometteur du secteur spatial en Afrique avec la signature d’un accord majeur entre l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES) et la China National Space Administration (CNSA). Cet accord, annoncé en septembre 2024 lors du Forum Tiandu sur l’exploration lunaire à Anhui, Chine, propulse le Sénégal au rang des pays participant à l’International Lunar Research Station (ILRS), un projet d’envergure visant à établir une station de recherche sur la Lune d’ici 2035. 

Signature de l’accord entre ASES et CNSA

Une alliance stratégique pour le Sénégal 

En s’associant à la CNSA, le Sénégal fait un pas décisif vers l’exploration spatiale. Le pays s’engage ainsi à contribuer aux recherches lunaires aux côtés de grandes nations spatiales. L’ASES, dirigée par Maram KAIRE, s’impose comme un moteur de cette ambition. L’accord permettra au Sénégal de bénéficier d’un transfert technologique significatif, en particulier dans les domaines des sciences spatiales, de l’exploration robotique, et de l’exploitation des ressources lunaires. 

Cette coopération offre des opportunités uniques de formation pour les scientifiques et ingénieurs sénégalais, qui pourront participer à des missions lunaires, contribuer aux études sur l’utilisation durable des ressources de la Lune, et acquérir une expertise avancée en matière de technologies spatiales. Pour le Sénégal, il s’agit d’une opportunité de renforcer son écosystème tout en s’intégrant aux efforts internationaux en matière d’exploration lunaire. 

Réunion bilatérale entre l’ASES et CNSA lors du Forum Tiandu

 

Le levier de l’innovation et du développement durable 

L’exploration lunaire pourrait ouvrir la voie à de nouvelles industries, favoriser l’innovation dans les domaines des énergies renouvelables et la gestion des ressources naturelles, la fabrication de matériaux avancés et des technologies de pointe.  

Il s’agit également d’une source potentielle de retombées économiques importantes tout en inspirant la prochaine génération d’ingénieurs et de scientifiques. 

 

Représentants des délégations membres de ILRS

 

La coopération avec la Chine souligne aussi la volonté du Sénégal d’utiliser l’espace comme levier pour le développement durable. L’exploration lunaire pourrait être une réponse à certains des défis mondiaux actuels, notamment en matière de gestion des ressources, de surveillance environnementale et de recherche scientifique appliquée. Cette ambition fait écho à la vision du Sénégal de faire de l’espace un levier de développement durable, avec des retombées économiques, sociales, et environnementales 

La participation du Sénégal à ce projet lunaire international démontre une fois de plus son engagement en faveur des sciences, de la recherche et de la coopération internationale.   

 

Rosso K. DIENG – Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales (ASES)

 

Les sciences spatiales en Côte d’Ivoire : ça bouge !

Les sciences spatiales en Côte d’Ivoire : ça bouge !

La côte d’Ivoire possède des atouts considérables pour contribuer au développement du spatial africain, et à son utilisation pour des applications utiles aux citoyens. Depuis quelques années, les initiatives se multiplient à différents niveaux, et montre le dynamisme d’une communauté d’acteurs scientifiques, d’ingénieurs, et d’industriels pour faire entrer la Côte d’Ivoire dans l’ère du Spatial.

1. Photo de groupe lors de la séance d’observation du ciel au Lycée Blaise Pascal, dans le cadre des journées sur le spatial, en présence de M. Philippe Achilléas, Professeur de Droit Spatial à l’Université Paris-Saclay, et M. Bard, Proviseur du Lycée Blaise Pascal.

 

La côte d’Ivoire possède des infrastructures de recherche reconnues pour leur activité dans ce domaine. Elle possède une prestigieuse école d’ingénieur, l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB), qui sera l’institution naturelle pour la formation des ingénieurs du spatial. Le Centre Universitaire de Recherche Appliquée en Télédétection (CURAT) sur le Campus de l’Université Félix Houphouët-Boigny est impliqué dans de nombreux programmes de recherche et d’observation de la Terre depuis l’espace, sur des sujets tels que le climat, l’évolution du littoral, les inondations et aléas climatiques, l’agriculture, l’environnement, la déforestation, et les ressources naturelles. L’Université Félix Houphouët-Boigny abrite également un laboratoire de recherche dont l’un des spécialités est la géophysique spatiale : Le Laboratoire de Physique de l’Atmosphère et de Mécanique des Fluides LAPA-MF. Ce laboratoire abrite même le premier chercheur en astrophysique de Côte d’Ivoire, spécialiste des galaxies, et formé en Afrique du Sud. C’est également au sein de ce laboratoire qu’est né l’Association Ivoirienne d’Astronomie (AIA) qui a déjà construit un solide bilan d’activités de promotion scientifique sur Abidjan, et à l’intérieur du pays (observations publiques régulières du ciel sur le campus de Cocody, et la réalisation récente de l’évènement « Astro Tour Ivoire », avec le concours de Space Bus France, de l’IRD (AFIPS), et d’Unistellar) (cf. https://www.ird.fr/astrotour-lastronomie-pour-toutes-en-cote-divoire).

C’est en s’appuyant sur ce contexte favorable que s’est tenu en 2021 une conférence sur le thème « L’Afrique entre dans l’ère du spatial : cas de la Côte d’Ivoire », organisée par l’Association pour la Sauvegarde et la Promotion de la Pensée de El Hadj-Boubacar Gamby Sakho (ASPP-BGS), avec le soutien de avec le soutien  du  ministère de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique  et en partenariat avec la Fondation Félix Houphouët-Boigny,  pour la Recherche de la Paix, le district de Yamoussoukro et l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB). Cette conférence, s’est tenue à l’Université Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody, dans l’amphithéâtre Koffi Allangba, devant environ 200 étudiants et sous le parrainage de Monsieur le Député de Yamoussoukro, Ahuili Naylor. Elle réunit panel réunissant des personnalités scientifiques et politiques partageant leurs visions respectives les bénéfices économiques et sociétaux de développement du secteur spatial africain. Ce panel était composé de Maram Kaire, Directeur de l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales, Marie Korsaga, première Astrophysicienne du Burkina Faso, Sébastien Périmony (France), auteur du livre « Voir l’Afrique avec les yeux du Futur » et David Baratoux, Directeur de Recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement.

2. Intervention de David Baratoux sur les recherches en sciences des planètes et de l’Espace sur le continent Africain.

 

En 2023, Abidjan a vibré au rythme de la « New Space Africa Conference », l’événement incontournable qui a réuni les plus grands noms du spatial en Afrique, mettant en lumière le tout premier satellite « made in Côte d’Ivoire ». Baptisé YAM-SAT-01, ce nanosatellite révolutionnaire, pesant seulement quelques kilogrammes, promet une observation de la Terre sans précédent, avec une caméra capable de capturer des images spectaculaires de la côte, des forêts, des parcs naturels et des zones urbaines ivoiriennes. C’est une fierté nationale, entièrement construite par des experts ivoiriens d’Universal Konstructors Associated, en collaboration avec des partenaires académiques locaux.

Pendant ce temps, le ciel était le sujet brûlant lors des « journées du spatial » au Lycée Français Blaise Pascal d’Abidjan. Les élèves de terminale ont été captivés par les interventions dynamiques du Professeur Philippe Achilléas de l’Université Paris-Saclay, spécialiste du droit spatial, ainsi que par le témoignage inspirant d’un ancien élève, aujourd’hui étudiant en droit des activités spatiales à Paris-Saclay. Cet événement a également été marqué par la présentation passionnante du Dr. Boukary OUATTARA de 3D PLUS et consultant pour  UKA, et de m. YAO YAO Jules, dévoilant le programme spatial ivoirien et ses avantages pour le pays. De plus, David Baratoux a partagé des histoires à succès sur les avancées du secteur spatial africain, offrant une perspective optimiste sur l’avenir de la région dans l’espace.

La première journée s’est clôturée de manière magique avec une séance d’observation du ciel grâce aux télescopes de l’Association Ivoirienne d’Astronomie, émerveillant les élèves et les professeurs du Lycée Blaise Pascal. Cet engouement pour l’astronomie a été renforcé par l’inauguration du tout nouveau Club d’Astronomie Philippe Achilléas, bénéficiant d’un généreux don de télescope de l’ASPP-BGS dans le cadre de son programme « Une école, un télescope ».

En 2024, l’excitation continue avec la deuxième phase de ce programme, prévoyant la remise de 4 nouveaux télescopes et la création de 4 nouveaux clubs d’astronomie dans des lycées d’excellence, sous l’égide de deux ministères. C’est une opportunité fantastique pour les jeunes ivoiriens de se plonger dans l’univers captivant de l’astronomie et des sciences spatiales.

 

par Boubacar FOFANA, Marc Fortune YAO, Aziz DIABY, David BARATOUX

 

Le Sénégal s’invite à la table des nations spatiales

Le Sénégal s’invite à la table des nations spatiales

Depuis le lancement du premier satellite, Spoutnik, par l’Union Soviétique en 1957, et pendant les décennies qui ont suivi, l’accès à l’espace a été réservé à une poignée de nations. L’ère du spatial est une véritable révolution pour l’humanité, que ce soit pour les télécommunications, l’étude et l’exploration du système solaire et de l’Univers, mais aussi pour une meilleure compréhension de la planète Terre. Pendant plus de 40 ans, le continent africain a été à l’écart de cette aventure spatiale, jusqu’au lancement du premier satellite africain, NileSat 101, par l’Egypte en 1998.Depuis, 15 pays africains ont pu envoyer des satellites en orbite. En Afrique de l’Ouest, aujourd’hui, seuls le Ghana et le Nigeria en ont envoyé. Mais les choses changent, avec notamment des projets au Burkina Faso et surtout la création en mars 2023 de l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales (ASES).

Le président de la république du Sénégal Macky Sall lors de l’annonce de la création de l’ASES

Depuis de longues années, le Sénégal travaille activement au développement du secteur spatial dans son pays, avec des activités autour de la télédétection, la géomatique, la surveillance des cultures, des sols en général, mais aussi de l’astronomie. Le succès de trois missions d’observations d’astéroïdes pour la NASA depuis le sol du pays de la Teranga, menées par Maram Kairé, président de l’Association Sénégalaise pour le Promotion de l’Astronomie, a mis en lumière ce pays ouest-africain sur la scène astronomique internationale. C’est justement dans le cadre de la présentation du film Star Chasers of Senegal, présentant justement une de ces missions d’observations, que le chef de l’état, Macky Sall, a annoncé la création de la nouvelle agence spatiale du pays. Lors de l’annonce, faite en mars 2023, il a été officialisé que cette agence serait dirigée par Maram Kairé, qui œuvre depuis des années pour le développement de l’astronomie et du spatial au Sénégal. Les enjeux autour du spatial sont très importants, et devraient permettre un développement personnels pour les étudiants dans le domaine, mais aussi un développement pour le pays, avec de meilleurs moyens de communication, d’étude de l’impact du changement climatique sur la faune et la flore, une optimisation de l’agriculture, une meilleure surveillance des frontières et le développement de la médecine dans les villages les plus reculés. Maram Kairé, nouveau directeur de l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales est enthousiaste à l’idée de mener ces projets importants pour son pays et a déclaré: “Nous avons commencé à faire la promotion de l’astronomie et de la science spatiale depuis maintenant dix-sept ans dans l’espoir que demain cela puisse montrer à quel point la science spatiale peut aider au développement du Sénégal ». L’avenir du spatial sénégalais est entre de bonnes mains!

 

Eric Lagadec

Astrophysicien au laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur-UCA

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