Chaque année, la ville de Constantine, en Algérie, lève les yeux vers le ciel. Depuis l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST, des centaines de visiteurs débarquent — souvent pour la première fois de leur vie — devant l’immensité de l’univers. Ce rendez-vous, c’est le Festival National d’Astronomie Populaire. Cette année, il en est à sa 21e édition.
Figure 1 Le lieu du festival : le bâtiment du CERIST (Unité de Recherche en Médiation Scientifique), Technopôle, Plateau de Constantine
Le Festival d’Astronomie Populaire en bref
Tout commence en 2001. L’association Sirius sous la houlette de son président, le Pr. Jamal Mimouni, jette les bases de ce qui va devenir, au fil des années, le plus grand et le plus régulier évènement d’astronomie en Afrique. L’objectif principal est de rendre l’astronomie accessible au grand public. Et Constantine, avec son passé de carrefour dans le nord-est algérien, s’imposait comme une évidence pour accueillir la chose.
Édition après édition, le festival a pris une ampleur qui dépasse de loin le cadre local. On y croise aujourd’hui des associations du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d’Europe.
Le programme tourne autour de trois grands axes. D’abord les conférences et ateliers, portés à la fois par des professionnels et des clubs amateurs. Ensuite les observations nocturnes — le grand public peut enfin mettre l’œil dans un télescope. Et puis il y a la table ronde, qui chaque année creuse le thème central de l’édition avec un panel d’experts. Vingt-six ans plus tard, le rendez-vous n’a pas dévié d’un degré.
21e édition : au cœur des pouponnières d’étoiles
Le thème de cette année s’intitule : « Nébuleuses, pouponnières cosmiques des étoiles. » Les nébuleuses, ces nuages de gaz et de poussière où naissent les étoiles. Un sujet pointu pour un festival grand public — mais les organisateurs ont tenté le pari.
Le rendez-vous s’est tenu du 30 avril au 2 mai 2026 au Technopôle de l’université Salah-Boubnider (Constantine 3), dans l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST. Selon un compte rendu paru dans La Voie d’Algérie au lendemain de l’événement, le festival a réuni plus de 1500 participants sur les trois jours, venus de 15 wilayas et de dix pays, rapportait de son côté L’Est Républicain.
Figure 2: L’affiche officielle de la 21ᵉ édition du Festival de l’Astronomie Populaire de Constantine
Parmi les invités, on note Abdelhafidh Teyahi de la Société tunisienne d’astronomie, Philippe Morel, président de l’observatoire Charles Fehrenbach de France, Joseph Alan Wise du projet PANOPTES — World Initiative de Los Angeles, Djounai Baba Aissa du CRAAG d’Alger, Susan Hunter, militante pour la préservation du ciel nocturne en Grande-Bretagne, Giovanni Mirouh de l’Université de Grenade en Espagne, et Anne Chamberlain de l’observatoire de Hawaii. Des participants arabes venus de Mauritanie, de la RASD et de Palestine étaient également présents, aux côtés des institutions et clubs d’astronomie algériens.
Le programme s’articulait autour de trois journées bien remplies.
Ça a commencé le jeudi 30 avril avec l’inauguration à 10h, suivie de la visite des expositions et des stands, puis d’une série de conférences avec des intervenants d’institutions algériennes et étrangères. Une observation solaire était également au programme.
Figure 3 Message de Willy Benz, président de l’Union Astronomique Internationale (IAU) Voir la vidéo
Figure 4 L’espace des expositions
Figure 5 Quelques activités de la 21e édition
Le lendemain, vendredi 1er mai, c’était le jour de la table ronde, « Nébuleuses : alchimistes du cosmos ». Comme tous les ans, des spécialistes se sont réunis pour discuter en profondeur du thème choisi pour cette édition. Suivie d’une balade dans la ville de Constantine et d’une soirée musicale.
Figure 6 La table ronde thématique, moment phare de chaque edition
Figure 7 Photo de groupe des participants au Monument aux Morts, Constantine
Le samedi 2 mai, place aux conférences, aux ateliers participatifs et à quelques films scientifiques. Puis est venue la cérémonie de clôture, avec un moment musical, un poème récité et une pièce de théâtre intitulée « Collision de Nébuleuses », jouée par la troupe de Sirius.
Figure 8 Le Théâtre Régional Mohamed Tahar Fergani, écrin de la cérémonie de clôture
Il est à noter que le festival s’est tenu sous le patronage du ministre de la jeunesse et du wali de Constantine. Côté organisation, plusieurs institutions locales ont mis la main à la pâte : l’APC, l’APW, la DJS et la direction de la culture de la wilaya de Constantine. L’événement est également sponsorisé par l’Union astronomique internationale (IAU), avec le soutien de la Société africaine d’astronomie (AfAS).
Rencontre avec l’une des figures du festival : Echeima Amine Khodja
On a eu la chance de s’entretenir avec Echeima Amine Khodja, membre de l’équipe NOC Algérie et du club Sirius, celle qui anime le festival depuis les coulisses. Titulaire d’un Master en Astrophysique obtenu en 2016, elle faisait partie de la troisième promotion de cette filière fraîchement créée en Algérie. Aujourd’hui, elle crée du contenu de vulgarisation scientifique sur les réseaux sociaux. En parallèle de son activité de créatrice de contenu, elle anime des ateliers éducatifs pour les enfants et participe à différentes initiatives de sensibilisation aux sciences à travers l’Algérie.
Figure 9 Echeima Amine Khodja
« Pendant les trajets en voiture, quand tout le monde écoutait de la musique ou discutait, moi j’étais collée à la vitre, les yeux tournés vers le ciel », raconte-t-elle. Comme beaucoup d’enfants fascinés par l’espace, elle rêvait de devenir astronaute, jusqu’à ce qu’elle découvre la physique et la recherche scientifique.
Son ambition serait de poursuivre avec un doctorat en astrophysique, mais les opportunités de recherche et les postes permanents dans ce domaine restent limités dans le pays, ce qui l’oblige à travailler dans d’autres secteurs hors domaine. Malgré ces contraintes, elle continue de s’investir pleinement dans la vulgarisation, dans l’espoir d’inspirer les jeunes générations et de contribuer, à son échelle, au développement de l’astronomie en Algérie.
Un rendez-vous qui dépasse la simple passion
Ce qui frappe quand on regarde le festival de près, c’est aussi tout ce qu’il apporte autour de lui. Chaque année, l’événement permet au public de découvrir des clubs et des associations d’astronomie un peu partout dans le pays, et il y a toujours de nouvelles structures à chaque édition — aujourd’hui, on en compte plus d’une cinquantaine, ce qui montre à quel point l’intérêt pour l’astronomie grandit en Algérie. Pour le grand public, c’est une chance rare de plonger dans ce domaine et de comprendre de quoi on parle vraiment quand on évoque l’espace. Et ce n’est pas uniquement destiné aux enfants : les parents aussi y trouvent leur compte, eux qui sont les premiers responsables de l’éveil scientifique et de l’accompagnement de leurs enfants dans cette découverte. Le festival joue ce rôle de pont entre la science et les familles, d’une manière qu’on voit rarement ailleurs.
Pour en savoir plus sur cette édition et celles d’avant, et pour suivre les prochaines dates si l’envie vous prend de participer, tout est sur le site officiel : http://www.siriusalgeria.net/salon026.htm
Dans l’histoire des nations spatiales, certaines dates marquent davantage qu’une signature. L’adhésion du Sénégal aux Accords Artémis appartient à cette catégorie d’événements qui, au-delà de leur portée diplomatique immédiate, témoignent d’une ambition plus profonde : celle d’inscrire durablement le pays dans les grandes dynamiques qui façonnent l’avenir du secteur spatial mondial.
Le 24 juillet 2025, le Sénégal est officiellement devenu le premier pays africain francophone à rejoindre les Accords Artemis aux côtés de la NASA, 4e du continent intégrant ainsi un cercle de nations engagées en faveur d’une exploration spatiale pacifique, durable et fondée sur la coopération internationale. La signature historique a été faite par M. Maram KAIRE, Directeur Général de l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES), en présence de Son Excellence M. Abdoul Wahab Haidara, ambassadeur du Sénégal à Washington.Avec cette adhésion, le Sénégal est devenu la 56e nation signataire de ce cadre de référence qui accompagne le retour de l’humanité vers la Lune et prépare les futures étapes de l’exploration spatiale.
Les Accords Artemis sont un ensemble de principes politiques non contraignants établis par la NASA pour guider l’exploration civile et l’utilisation de l’espace lointain (Lune, Mars, astéroïdes). Ils reposent sur le Traité de l’espace de 1967 et comptent plus de 60 pays signataires.
Pour beaucoup, ces Accords évoquent d’abord les missions lunaires, les astronautes et les ambitions d’exploration du système solaire. Pour le Sénégal, l’enjeu est plus large. Il réside dans la capacité à participer aux réseaux internationaux où se construisent les partenariats scientifiques, les échanges technologiques et les standards qui encadreront les activités spatiales des prochaines décennies.
Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une trajectoire portée par l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES), créée pour structurer une ambition nationale et fédérer les différentes composantes d’un écosystème en pleine émergence. Recherche, formation, innovation, coopération internationale : autant de dimensions que l’ASES s’efforce d’articuler dans une vision cohérente du développement spatial national.
Pour le Sénégal, les apports potentiels sont multiples. Les Accords Artemis ouvrent des perspectives nouvelles en matière de coopération scientifique, de développement des compétences, de formation des ressources humaines et d’accès à des réseaux internationaux de premier plan. Ils constituent également une opportunité de renforcer les capacités nationales dans des domaines stratégiques tels que l’ingénierie, les infrastructures spatiales, l’innovation technologique et le développement industriel.
Quelques mois seulement après son adhésion, le Sénégal est entré dans une phase plus active de cette coopération. Les 24 et 25 mars 2026, l’ASES sous la direction de M. Maram Kaire a participé à l’événement IGNITION organisé au siège de la NASA à Washington D.C., à l’invitation de son administrateur, Jared Isaacman. Cette rencontre a réuni plusieurs des plus grandes agences spatiales mondiales ainsi que l’Agence spatiale européenne.
La présence du Sénégal à cette rencontre revêt une portée particulière. Aux côtés du Rwanda et de l’Angola, il figurait parmi les rares représentants africains conviés à ces échanges stratégiques consacrés à l’avenir du programme Artémis et aux nouvelles orientations de la politique spatiale américaine.
À cette occasion, Jared Isaacman a présenté plusieurs évolutions majeures du programme. Parmi elles figurent la suspension du projet de station lunaire Gateway et la volonté de concentrer davantage les ressources sur l’établissement d’une présence humaine durable à la surface de la Lune. La NASA a également réaffirmé son ambition d’accélérer le rythme des missions habitées grâce à l’utilisation de systèmes réutilisables développés en partenariat avec l’industrie spatiale commerciale.
Au-delà de ces annonces, la participation du Sénégal à ces échanges illustre une évolution plus profonde : celle d’un pays qui ne se contente plus d’observer les transformations du secteur spatial mondial mais qui prend part aux discussions qui en dessinent l’avenir.
Cette démarche revêt également une dimension continentale. Alors que plusieurs pays africains accélèrent leurs investissements dans les technologies spatiales, la question n’est plus de savoir si l’Afrique participera à l’économie spatiale mondiale, mais quelle place elle entend y occuper. En rejoignant les Accords Artémis puis en participant activement aux espaces de concertation qui les accompagnent, le Sénégal démontre qu’un pays africain peut contribuer à la gouvernance internationale du secteur tout en défendant une vision fondée sur la coopération, le partage des connaissances et l’utilisation pacifique de l’espace.
Dans cette perspective, l’ASES agit comme un instrument de politique publique permettant au Sénégal de créer des opportunités, de bâtir les capacités humaines, scientifiques et techniques nécessaires pour tirer pleinement parti des partenariats internationaux.
Au-delà d’être un outil au service du développement durable grâce à ses nombreuses applications dans les secteurs prioritaires, le spatial constitue également un formidable accélérateur de maîtrise technologique. En participant à des projets collaboratifs d’envergure internationale, le Sénégal renforce progressivement ses compétences, développe son expertise et prépare les conditions d’une industrie spatiale nationale capable de créer de la valeur, de l’emploi et de l’innovation.
L’adhésion aux Accords Artémis marque ainsi une nouvelle étape dans le parcours spatial sénégalais. Elle confirme l’émergence d’un pays qui ne se contente plus d’observer les transformations du secteur spatial mondial, mais qui entend désormais contribuer à leur écriture. À travers l’ASES, le Sénégal affirme sa volonté de participer à la construction d’une Afrique spatiale plus visible, plus compétente et davantage intégrée aux grandes dynamiques internationales. En mai 2026, l’ASES a répondu à l’appel à proposions de solutions techniques pour l’installation de bases lunaires lancé par NASA, confirmant la volonté d’une contribution effective au programme Artémis.
Article écrit par Nafissa Diop | Agence Sénégalise d’Etudes Spataiales (ASES)
ActInSpace 2025 : quand une génération africaine transforme l’ambition spatiale en innovation
Ils étaient étudiants, jeunes ingénieurs, entrepreneurs ou passionnés de technologie. Les 30 et 31 janvier 2025, à Dakar, ils ont répondu à l’appel d’ActInSpace, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’innovation spatiale.
Pour cette sixième édition au Sénégal, l’événement était coorganisé par l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES) et l’Université Rose Dieng France-Sénégal (URDFS). Pendant 24 heures, sept équipes issues d’universités et de grandes écoles sénégalaises se sont affrontées autour de défis inspirés des technologies spatiales, mobilisant créativité, expertise technique et esprit d’équipe pour imaginer des solutions innovantes répondant à des problématiques concrètes.
Dans l’effervescence du hackathon, rien ne permettait encore de deviner laquelle de ces équipes allait porter les couleurs du Sénégal jusqu’au sommet de la compétition mondiale. Pourtant, au terme de cette édition nationale, l’équipe INTERSTELLAR de la Dakar American University of Sciences and Technology (DAUST) s’est distinguée par la qualité et l’originalité de son projet.
Cette première victoire n’était que le début de l’aventure.
Quelques semaines plus tard, l’équipe sénégalaise s’envolait pour Bordeaux afin de représenter le pays lors de la finale internationale d’ActInSpace. Le 2 avril 2025, face aux meilleures équipes venues des différents pays participants, INTERSTELLAR réalisait l’exploit de remporter la compétitioninternationale. Une consécration saluée bien au-delà du Sénégal avec l’« Oscar des étoiles » de l’innovation spatiale.
Cette victoire ouvre également à l’équipe les portes d’une expérience exceptionnelle : embarquer à bord de l’Air Zero G pour un vol parabolique permettant de reproduire les conditions d’apesanteur. Une récompense à la hauteur d’un parcours qui aura conduit ces jeunes innovateurs des salles de travail de l’université Rose Dieng France Sénégal de Dakar jusqu’à l’une des plus prestigieuses distinctions de l’écosystème spatial international.
Mais cette réussite raconte bien davantage que le succès d’une équipe. Elle raconte l’histoire d’une génération africaine qui ne regarde plus le spatial comme un domaine lointain réservé à quelques puissances technologiques, mais comme un espace d’opportunités, d’innovation et d’impact au service des réalités du continent.
Le parcours des lauréats de la DAUST s’inscrit dans une dynamique plus large portée par le Sénégal. Derrière cette victoire se dessine l’émergence progressive d’un écosystème où universités, centres de recherche, partenaires internationaux, structures d’accompagnement et institutions publiques contribuent ensemble à faire éclore de nouveaux talents.
Au cœur de cette dynamique figure l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales. Depuis sa création, l’ASES œuvre à rapprocher le spatial des enjeux de développement et à faire de l’innovation un levier de transformation économique et sociale. Son ambition n’est pas seulement de promouvoir les technologies spatiales, mais de permettre à une nouvelle génération de chercheurs, d’ingénieurs et d’entrepreneurs de s’en saisir pour imaginer les solutions de demain.
ActInSpace constitue aujourd’hui l’une des expressions les plus visibles de cette ambition. Derrière la compétition se cache une véritable école de créativité, de collaboration et d’audace. Les participants y apprennent à transformer une intuition en projet, une compétence technique en innovation et une ambition personnelle en réponse à un besoin collectif.
Plus qu’un trophée, ce succès constitue un signal fort pour l’Afrique. Il rappelle que l’avenir du spatial africain ne se construira pas uniquement dans les agences, les observatoires ou les centres de recherche. Il se construira aussi dans les salles de classe, les incubateurs, les hackathons et les espaces d’innovation où grandit une génération convaincue que les technologies spatiales peuvent contribuer à transformer durablement son environnement.
À travers cette réussite, le Sénégal démontre la pertinence du choix effectué en se dotant de l’ASES : créer les conditions d’un écosystème capable de révéler les talents, de stimuler l’innovation et de connecter la jeunesse africaine aux grandes dynamiques du spatial mondial. Car au fond, le véritable héritage d’ActInSpace 2025 ne réside pas uniquement dans une victoire internationale. Il réside dans ce qu’elle annonce : l’émergence d’une génération prête à écrire une nouvelle page de l’innovation spatiale africaine.
Article écrit par Nafissa Diop | Agence Sénégalise d’Etudes Spataiales (ASES)
AfAS 2026 au Botswana : une astronomie africaine dynamique, collaborative et tournée vers l’avenir
Du 22 au 27 mars 2026, la ville de Kasane, au Botswana, a accueilli la conférence annuelle de l’African Astronomical Society (AfAS), principal rendez-vous de la communauté astronomique africaine. Pendant près d’une semaine, chercheurs, étudiants, ingénieurs, médiateurs scientifiques et responsables institutionnels venus de toute l’Afrique et d’ailleurs se sont réunis pour partager leurs travaux, développer de nouvelles collaborations et réfléchir aux défis et opportunités qui façonnent l’avenir de l’astronomie sur le continent.
Organisée dans un cadre exceptionnel aux portes du parc national de Chobe, cette édition 2026 s’inscrivait dans la dynamique de rotation géographique mise en place par l’AfAS ces dernières années. Après la conférence organisée au Maroc en 2024, première édition tenue en dehors de l’Afrique du Sud, puis celle de 2025 accueillie par l’University of South Africa (UNISA), le Botswana devenait ainsi le deuxième pays à accueillir l’événement en dehors de l’Afrique du Sud.
L’édition de Kasane a confirmé le dynamisme croissant de l’astronomie africaine et son rôle de plus en plus important dans le paysage scientifique mondial. Elle a également permis de mesurer les progrès réalisés dans les domaines de la recherche, de l’éducation, de la médiation scientifique et du développement des capacités humaines à travers le continent.
Un panorama de l’astronomie africaine en pleine évolution
Les nombreuses sessions scientifiques, conférences plénières, présentations orales et posters ont offert un aperçu particulièrement riche des avancées réalisées dans les différents domaines de l’astronomie et des sciences spatiales en Afrique.
De la cosmologie à l’étude des galaxies, des étoiles et des exoplanètes, en passant par la radioastronomie, les sciences planétaires, l’intelligence artificielle appliquée à l’analyse des données astronomiques ou encore les futures infrastructures de recherche du continent, les participants ont pu mesurer les progrès accomplis ces dernières années.
Les sessions posters ont également mis en lumière le travail de nombreux étudiants et jeunes chercheurs, témoignant de l’émergence d’une nouvelle génération de scientifiques africains impliqués dans des projets de recherche de haut niveau. Au-delà de la recherche fondamentale, plusieurs interventions ont montré comment l’astronomie contribue au développement des compétences en informatique, en traitement de données, en ingénierie et en innovation technologique à travers le continent.
Conférence plénière à chaque matinée
Éducation, médiation et développement des capacités au cœur de la conférence
Comme lors des précédentes éditions, une place importante a été accordée à l’éducation, à la médiation scientifique et au développement des capacités humaines.
Les sessions Education, Development and Outreach (EDO) ont permis de découvrir de nombreuses initiatives visant à rendre l’astronomie accessible au plus grand nombre, à renforcer la formation des enseignants et à susciter des vocations scientifiques chez les jeunes Africains.
Parmi les présentations marquantes figurait celle de Sylvain Bouley consacrée à l’initiative internationale On The Moon Again, qui mobilise chaque année astronomes amateurs et professionnels autour d’observations publiques de la Lune à travers le monde.
Lors de ces mêmes sessions, Andoniaina Rajaonarivelo a présenté le festival d’astronomie Madagascar sous les étoiles, devenu l’un des principaux événements de médiation astronomique à Madagascar. Cette présentation a permis de mettre en avant l’importance des activités de vulgarisation scientifique pour rapprocher les populations africaines des sciences et du ciel nocturne.
La participation de plusieurs membres d’Astronomie Afrique à travers différentes sessions a également permis de mettre en valeur des initiatives francophones de recherche, d’éducation et de médiation scientifique développées sur le continent.
Les échanges ont également porté sur les défis liés à l’éducation scientifique en Afrique, le développement des ressources pédagogiques, l’intégration des savoirs culturels et l’évaluation de l’impact des activités de médiation.
Présentation de Andoniaina lors d’une session EDO
Une collaboration renforcée entre l’Europe et l’Afrique
La session collaborative EAS/AfAS (European Astronomical Society – African Astronomical Society) a constitué l’un des temps forts de la conférence.
Cette session a mis en lumière les nombreuses collaborations existantes entre les communautés astronomiques européenne et africaine, non seulement dans le domaine de la recherche, mais également dans l’éducation, la médiation scientifique et le développement des capacités.
David Baratoux y a présenté les activités de l’AFIPS (African Initiative for Planetary and Space Science), initiative visant à renforcer les collaborations africaines dans les sciences planétaires et spatiales.
Andoniaina Rajaonarivelo y a également présenté l’École panafricaine d’astronomie portée par l’Observatoire Astronomique Écoles du Monde Madagascar. Ce programme a pour objectif d’offrir à de jeunes Africains une formation pratique en astronomie tout en favorisant leur intégration dans les réseaux scientifiques du continent.
Ces présentations ont illustré l’importance des partenariats internationaux pour accompagner le développement durable de l’astronomie africaine.
David Baratoux présentant l’AFIPS lors de la session EAS/AfAS
Former, inspirer et créer de nouvelles opportunités
Au-delà des sessions scientifiques, AfAS 2026 a accordé une place importante au renforcement des capacités et au développement de nouvelles compétences à travers le continent.
Plusieurs ateliers et activités pré-conférence ont ainsi permis aux participants d’explorer des thématiques variées allant de l’enseignement de l’astronomie à la communication scientifique, en passant par les sciences planétaires, l’analyse de données et l’astrotourisme. Parmi les initiatives proposées figuraient notamment BLUEshift Africa, consacré à l’enseignement universitaire de l’astronomie, un hackathon dédié aux compétences numériques et à la communication scientifique, ASTROLAB ainsi que l’African Lunar Symposium consacré aux perspectives africaines dans l’exploration lunaire.
La conférence a également mis en avant l’importance de la médiation scientifique à travers les visites organisées dans des établissements scolaires de la région de Kasane. Ces rencontres ont permis aux participants d’échanger directement avec les élèves et les enseignants botswanais, tout en suscitant l’intérêt des jeunes pour les carrières scientifiques.
L’une des thématiques particulièrement remarquées cette année a été l’astrotourisme. Profitant de la réputation du Botswana pour ses paysages naturels et la qualité de ses ciels nocturnes, un atelier spécifique a réuni guides touristiques, opérateurs de safari, chercheurs et médiateurs afin d’explorer le potentiel du ciel étoilé comme ressource scientifique, culturelle et économique. Les discussions ont souligné le rôle que pourrait jouer l’astrotourisme dans le développement local tout en sensibilisant les populations à la préservation du patrimoine nocturne africain.
L’ensemble de ces initiatives illustre l’une des spécificités de l’AfAS : faire de la conférence non seulement un lieu de présentation de résultats scientifiques, mais également un espace de formation, d’échanges d’expériences et de développement de projets ayant un impact concret sur les communautés africaines.
Les femmes africaines à l’honneur
L’un des moments marquants de cette édition a été la remise des prix du réseau African Network for Women in Astronomy (AfNWA).
Le prix « Prof. Carolina Ödman-Govender Early Career Award » a été attribué à la Dre Mona Molham pour ses contributions scientifiques et son engagement en faveur de la participation des femmes dans les sciences.
La Dre Zara Randriamanakoto a reçu le prix « Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa », récompensant à la fois l’excellence de ses travaux scientifiques, son implication dans la promotion des femmes en sciences et son engagement dans l’accompagnement de la nouvelle génération d’astronomes africains.
Ces distinctions rappellent l’importance des initiatives favorisant une communauté scientifique plus inclusive et représentative de la diversité du continent.
Zara Randriamanakoto reçevant le prix Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa
Des moments de partage au cœur de l’expérience AfAS
Comme toute grande conférence scientifique, AfAS 2026 a également offert de nombreuses occasions d’échanges informels entre participants.
Parmi les moments les plus appréciés figurait une croisière sur le fleuve Chobe, permettant aux participants de découvrir la richesse naturelle de la région tout en poursuivant les discussions engagées durant les sessions scientifiques.
Le dîner de conférence a également constitué un moment privilégié pour renforcer les liens entre chercheurs, étudiants et partenaires venus de nombreux pays africains et internationaux. Ces moments de convivialité jouent un rôle essentiel dans la construction des réseaux qui font avancer la recherche et les projets collaboratifs.
Dîner de gala
Une communauté africaine ambitieuse et connectée
L’édition 2026 de la conférence AfAS a confirmé la montée en puissance de l’astronomie africaine. Les travaux présentés tout au long de la semaine ont montré l’excellence scientifique croissante du continent, tandis que les sessions consacrées à l’éducation et à la médiation ont rappelé que le développement de l’astronomie ne peut se faire sans investissement dans la formation et le partage des connaissances.
Les nombreuses collaborations présentées durant la conférence, qu’elles concernent la recherche, l’éducation ou la médiation scientifique, témoignent de la volonté de construire une communauté astronomique africaine toujours plus intégrée. Les échanges entre chercheurs, enseignants, étudiants et acteurs de la vulgarisation ont illustré la richesse des compétences présentes sur le continent ainsi que l’importance des partenariats internationaux pour accompagner leur développement.
Si la conférence a illustré le dynamisme de l’astronomie africaine dans toute sa diversité, elle a également mis en lumière un défi qui demeure pour la communauté : la participation encore limitée des acteurs issus de l’espace francophone. Alors même que de nombreuses initiatives de recherche, d’éducation et de médiation se développent dans plusieurs pays francophones du continent, leur représentation à Kasane est restée relativement modeste. Renforcer ces échanges et encourager une participation plus équilibrée entre les différentes communautés linguistiques constituera un enjeu important pour consolider une astronomie véritablement panafricaine.
Après cette étape botswanaise, la communauté astronomique africaine se retrouvera en 2027 à Grahamstown (Makhanda), à la Rhodes University en Afrique du Sud, pour la prochaine édition de la conférence AfAS.
Au-delà des résultats scientifiques, AfAS 2026 aura surtout démontré qu’à travers la recherche, l’éducation, la médiation et les collaborations internationales, l’astronomie continue de s’affirmer comme un puissant moteur de développement scientifique et humain pour le continent africain. Rendez-vous est désormais donné à Grahamstown pour poursuivre cette dynamique et écrire un nouveau chapitre de l’astronomie africaine.
Article écrit parAndoniaina Rajaonarivelo, Sylvain Bouley et David Baratoux
Entre mars et décembre 2026, 90 jeunes d’Albanie, France, Madagascar, Maroc, Maurice et Sénégal de 11 à 18 ans, ont réalisé une cinquantaine de vidéos astronomiques. La finale internationale s’est déroulée en visio le 2 février 2026. Tous les lauréats de chaque pays ont gagné une lunette astronomique offerte par SSVI. La lauréate du challenge de la francophonie est Kanto Alyssa RAMANANTSOA (Madagascar) et a gagné une météorite lunaire offerte par Luc Labenne.
Vous connaissez tous l’histoire : un astéroïde colossal s’est abattu du ciel, a entraîné l’extinction des dinosaures et a laissé au Yucatán une cicatrice de 180 km de large, le fameux Chicxulub. C’est précisément ce cataclysme qui a éveillé mon intérêt pour les cratères d’impact.
Fig. 1 : Le dernier regard des Tyrannosaurus rex, il y a 66 Ma. (Illustration paléo-artistique par Ahmed AMIROUCHE)
Comment se forment les cratères d’impact ?
Un cratère d’impact se forme quand un projectile cosmique suffisamment grand et cohérent (dépassant 50 m de diamètre pour un corps rocheux et 20 m pour un objet ferreux plus cohérent) percute le sol à sa vitesse cosmique d’origine (>11 km/s).
Une fois que l’objet atteint la surface, l’impact se déroule en trois phases qui se chevauchent :
Contact et compression : le projectile touche la cible et transmet une onde de choc qui comprime le matériau.
Excavation : la roche comprimée se décompresse, éjecte du matériel en forme de couronne et crée une cavité dite transitoire.
Modification : les parois du bassin s’effondrent partiellement, les matériaux en fusion se redistribuent et la topographie finale se stabilise.
Selon la taille et la nature de la cible, deux morphologies principales apparaissent :
Cratères simples : forme de bol (d < 2 – 4 km) partiellement remplie par la brèche.
Cratères complexes : plus grands (d > 2 – 4 km), développent un soulèvement central distinct sous forme de crête et/ou d’anneau, de cuvette annulaire, et une jante effondrée.
La distribution des cratères d’impact sur Terre
Fig. 2 : Distribution des cratères d’impact dans le monde.
On observe, d’après la carte de répartition mondiale des cratères d’impact (Fig. 2), que l’Afrique ne compte qu’environ 10 % des structures identifiées, alors que le Canada, dont la superficie est trois fois moindre, en regroupe près de 15 %. Cette disproportion suggère que la distribution des impacts n’est pas proportionnelle à la superficie terrestre, mais plutôt influencée par d’autres facteurs.
Les structures d’impact africaines demeurent largement sous-explorées comparées à leurs homologues d’Amérique du Nord ou d’Europe. Il est donc très probable que de nombreux cratères restent encore non répertoriés sur le continent.
Des initiatives récentes ont cherché à identifier de nouvelles structures susceptibles d’être des cratères d’impact, notamment au Maroc et en Mauritanie, où le territoire a été intégralement survolé à l’aide d’imageries satellitaires [respectivement dans Chabout et al., (2015) et Ould Mohamed Navee et al., (2024)]. En Algérie, un travail similaire a été mené dans le cadre de mon mémoire de master (2024), sous la direction de M. Moulley Charaf Chabou et de David Baratoux. Nous avons adopté la même approche que celle décrite par Ould Mohamed Navee en Mauritanie, qui repose sur l’analyse combinée d’imagerie satellite, de données topographiques et géologiques, pour recenser systématiquement les structures circulaires du pays et évaluer leur potentiel d’origine impactitaire.
Les cratères d’impact en Algérie : état des connaissances
À la date de rédaction de cet article, quatre cratères algériens sont répertoriés dans l’Earth Impact Database (EID) :
1- Tin Bider – structure concentrique à anneaux multiples d’environ 6 km de diamètre, située sur le plateau de Tadmaït, à ≈ 265 km au ENE d’In Salah, au sein des formations crétacées. Ce cratère est décrit pour la première fois par Guillemot, (1962), interprété comme un impact météoritique par Busson, (1972), puis confirmé par Lambert et al., (1980), qui ont mis en évidence du quartz choqué. Une étude plus récente (Kassab et al., 2021) réaffirme l’origine météoritique.
2- Amguid – situé à ≈ 236 km de Tamanrasset, il s’agit d’un cratère circulaire de 550 m de diamètre et de 60 m de profondeur, creusé dans des terrains du Dévonien inférieur de la plateforme saharienne. Karpoff, (1954) fut le premier à signaler l’existence de ce cratère. Une première investigation sur le terrain est réalisée par Jean-Philippe Lefranc le 2 mai 1968, suivie d’une note publiée en 1969. Lambert et al., (1980) fournissent les preuves de son origine météoritique.
3- Ouarkziz – Cratère d’environ 3,5 km de diamètre, situé à 170 km au nord-est de Tindouf, près de la frontière algéro-marocaine. Il est incisé dans des formations carbonifères inférieures. Découvert par Fabre et Greber., (1956) et identifié comme d’origine météoritique par Fabre et al., (1970). Lambert et Lamali., (2009) appellent à des analyses pétrographiques et géochimiques supplémentaires pour confirmer l’impact.
4- Talemzane – forme de dépression circulaire de 1,75 km de diamètre, le plus visité d’Algérie, située à 40 km au sud‑est d’Hassi Delaa (wilaya de Laghouat) dans des roches éocènes. Découvert en 1928, il a d’abord été étudié dans les années 1950 (par Rousseau puis Brady). Karpoff et Brady, (1953) ont été les premiers à proposer une origine d’impact, hypothèse confirmée par Lambert et al. (1980). Des travaux récents contestent ce scénario et proposent d’autres explications.
Fig. 3 : Vues satellitaires des cratères d’impact en Algérie. (a) Tin Bider, (b) Amguid, (c) Ouarkziz, (d) Talemzane.
Résultats de la recherche systématique des structures circulaires en Algérie
Nos investigations des structures circulaires en Algérie, réalisées à l’aide d’imageries satellitaires et de SIG, ont permis de détecter 866 structures, dont une vingtaine était déjà connue. Au départ, l’objectif était d’identifier uniquement les meilleurs candidats à une origine météoritique ; cependant, le projet a rapidement évolué vers un inventaire exhaustif incluant toutes les structures circulaires et quasi‑circulaires du pays, quelles que soient leurs origines (magmatiques, tectoniques, diapiriques, etc.).
Fig. 4 : Distribution des structures circulaires en Algérie.
Nous avons produit trois cartes pour chaque structure : une topographique, une à partir des images Bing/ESRI, et une à partir de la carte géologique couvrant la structure. Une étude morphométrique détaillée a ensuite été menée, au cours de laquelle toutes les grandeurs géométriques ont été calculées. Les structures ont été nommées en fonction de la carte géologique qui les couvre (échelle 1 : 50 000 pour le nord, 1 : 200 000 pour le sud). Lorsqu’une même carte couvre plusieurs structures, le nom est suivi d’un indice numérique correspondant à l’ordre croissant de leur diamètre. Les données collectées lors de la cartographie, de l’analyse morphométrique et les informations géologiques disponibles ont permis d’attribuer à chaque structure une origine plausible.
Cette procédure nous a permis de sélectionner les structures présentant le meilleur potentiel d’impact parmi les 866 identifiées. Deux d’elles, déjà mentionnées par Chabou, (2017), sont Oufrane (d ≈ 2,5 km) et Hassi Chebaba (d ≈ 4,5 km), des cratères complexes fortement érodés. Hassi Chebaba, étudiée et nommée ‘Tabaloulet’ par Mahboubi et al., (2023), montre des traces de métamorphisme de choc et deux types de brèches (calcaire béchique et brèche de retombée), bien que des investigations géophysiques et géochimiques supplémentaires soient nécessaires.
Fig. 5 :Vue satellitaire (Haut) et carte du relief (bas) de (a) Oufrane et (b) Hassi Chebaba.
Notre inventaire, incluant les données morphométriques, lithostratigraphiques et géographiques, est disponible sur Zenodo (Yalla et al., 2025). Une carte interactive des structures identifiées est également mise à disposition sur mon site personnel.
Le nombre de structures circulaires identifiées en Algérie est 16 fois supérieur à celui recensé en Mauritanie ; ce chiffre, bien que impressionnant, reste susceptible d’augmenter avec l’utilisation d’autres méthodes de détection.
Les structures candidates à un impact, sélectionnées dans l’inventaire, doivent être étudiées à l’aide d’analyses structurales, pétrographiques et géochimiques. De même, les cratères déjà répertoriés dans l’EID requièrent des investigations complémentaires.
Enfin, nous appelons à l’extension de cette méthodologie de détection par imagerie satellitaire, à d’autres pays africains, car elle s’avère très efficace pour un balayage à grande échelle, comblant ainsi les lacunes cartographiques et guidant des travaux de terrain ciblés.
Codes Qr de (a) L’inventaire des structures circulaires en Algérie et (b) de carte interactive des structures circulaires en Algérie.
Article rédigé par Yalla Samira
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