Entre mars et décembre 2026, 90 jeunes d’Albanie, France, Madagascar, Maroc, Maurice et Sénégal de 11 à 18 ans, ont réalisé une cinquantaine de vidéos astronomiques. La finale internationale s’est déroulée en visio le 2 février 2026. Tous les lauréats de chaque pays ont gagné une lunette astronomique offerte par SSVI. La lauréate du challenge de la francophonie est Kanto Alyssa RAMANANTSOA (Madagascar) et a gagné une météorite lunaire offerte par Luc Labenne.
Vous connaissez tous l’histoire : un astéroïde colossal s’est abattu du ciel, a entraîné l’extinction des dinosaures et a laissé au Yucatán une cicatrice de 180 km de large, le fameux Chicxulub. C’est précisément ce cataclysme qui a éveillé mon intérêt pour les cratères d’impact.
Fig. 1 : Le dernier regard des Tyrannosaurus rex, il y a 66 Ma. (Illustration paléo-artistique par Ahmed AMIROUCHE)
Comment se forment les cratères d’impact ?
Un cratère d’impact se forme quand un projectile cosmique suffisamment grand et cohérent (dépassant 50 m de diamètre pour un corps rocheux et 20 m pour un objet ferreux plus cohérent) percute le sol à sa vitesse cosmique d’origine (>11 km/s).
Une fois que l’objet atteint la surface, l’impact se déroule en trois phases qui se chevauchent :
Contact et compression : le projectile touche la cible et transmet une onde de choc qui comprime le matériau.
Excavation : la roche comprimée se décompresse, éjecte du matériel en forme de couronne et crée une cavité dite transitoire.
Modification : les parois du bassin s’effondrent partiellement, les matériaux en fusion se redistribuent et la topographie finale se stabilise.
Selon la taille et la nature de la cible, deux morphologies principales apparaissent :
Cratères simples : forme de bol (d < 2 – 4 km) partiellement remplie par la brèche.
Cratères complexes : plus grands (d > 2 – 4 km), développent un soulèvement central distinct sous forme de crête et/ou d’anneau, de cuvette annulaire, et une jante effondrée.
La distribution des cratères d’impact sur Terre
Fig. 2 : Distribution des cratères d’impact dans le monde.
On observe, d’après la carte de répartition mondiale des cratères d’impact (Fig. 2), que l’Afrique ne compte qu’environ 10 % des structures identifiées, alors que le Canada, dont la superficie est trois fois moindre, en regroupe près de 15 %. Cette disproportion suggère que la distribution des impacts n’est pas proportionnelle à la superficie terrestre, mais plutôt influencée par d’autres facteurs.
Les structures d’impact africaines demeurent largement sous-explorées comparées à leurs homologues d’Amérique du Nord ou d’Europe. Il est donc très probable que de nombreux cratères restent encore non répertoriés sur le continent.
Des initiatives récentes ont cherché à identifier de nouvelles structures susceptibles d’être des cratères d’impact, notamment au Maroc et en Mauritanie, où le territoire a été intégralement survolé à l’aide d’imageries satellitaires [respectivement dans Chabout et al., (2015) et Ould Mohamed Navee et al., (2024)]. En Algérie, un travail similaire a été mené dans le cadre de mon mémoire de master (2024), sous la direction de M. Moulley Charaf Chabou et de David Baratoux. Nous avons adopté la même approche que celle décrite par Ould Mohamed Navee en Mauritanie, qui repose sur l’analyse combinée d’imagerie satellite, de données topographiques et géologiques, pour recenser systématiquement les structures circulaires du pays et évaluer leur potentiel d’origine impactitaire.
Les cratères d’impact en Algérie : état des connaissances
À la date de rédaction de cet article, quatre cratères algériens sont répertoriés dans l’Earth Impact Database (EID) :
1- Tin Bider – structure concentrique à anneaux multiples d’environ 6 km de diamètre, située sur le plateau de Tadmaït, à ≈ 265 km au ENE d’In Salah, au sein des formations crétacées. Ce cratère est décrit pour la première fois par Guillemot, (1962), interprété comme un impact météoritique par Busson, (1972), puis confirmé par Lambert et al., (1980), qui ont mis en évidence du quartz choqué. Une étude plus récente (Kassab et al., 2021) réaffirme l’origine météoritique.
2- Amguid – situé à ≈ 236 km de Tamanrasset, il s’agit d’un cratère circulaire de 550 m de diamètre et de 60 m de profondeur, creusé dans des terrains du Dévonien inférieur de la plateforme saharienne. Karpoff, (1954) fut le premier à signaler l’existence de ce cratère. Une première investigation sur le terrain est réalisée par Jean-Philippe Lefranc le 2 mai 1968, suivie d’une note publiée en 1969. Lambert et al., (1980) fournissent les preuves de son origine météoritique.
3- Ouarkziz – Cratère d’environ 3,5 km de diamètre, situé à 170 km au nord-est de Tindouf, près de la frontière algéro-marocaine. Il est incisé dans des formations carbonifères inférieures. Découvert par Fabre et Greber., (1956) et identifié comme d’origine météoritique par Fabre et al., (1970). Lambert et Lamali., (2009) appellent à des analyses pétrographiques et géochimiques supplémentaires pour confirmer l’impact.
4- Talemzane – forme de dépression circulaire de 1,75 km de diamètre, le plus visité d’Algérie, située à 40 km au sud‑est d’Hassi Delaa (wilaya de Laghouat) dans des roches éocènes. Découvert en 1928, il a d’abord été étudié dans les années 1950 (par Rousseau puis Brady). Karpoff et Brady, (1953) ont été les premiers à proposer une origine d’impact, hypothèse confirmée par Lambert et al. (1980). Des travaux récents contestent ce scénario et proposent d’autres explications.
Fig. 3 : Vues satellitaires des cratères d’impact en Algérie. (a) Tin Bider, (b) Amguid, (c) Ouarkziz, (d) Talemzane.
Résultats de la recherche systématique des structures circulaires en Algérie
Nos investigations des structures circulaires en Algérie, réalisées à l’aide d’imageries satellitaires et de SIG, ont permis de détecter 866 structures, dont une vingtaine était déjà connue. Au départ, l’objectif était d’identifier uniquement les meilleurs candidats à une origine météoritique ; cependant, le projet a rapidement évolué vers un inventaire exhaustif incluant toutes les structures circulaires et quasi‑circulaires du pays, quelles que soient leurs origines (magmatiques, tectoniques, diapiriques, etc.).
Fig. 4 : Distribution des structures circulaires en Algérie.
Nous avons produit trois cartes pour chaque structure : une topographique, une à partir des images Bing/ESRI, et une à partir de la carte géologique couvrant la structure. Une étude morphométrique détaillée a ensuite été menée, au cours de laquelle toutes les grandeurs géométriques ont été calculées. Les structures ont été nommées en fonction de la carte géologique qui les couvre (échelle 1 : 50 000 pour le nord, 1 : 200 000 pour le sud). Lorsqu’une même carte couvre plusieurs structures, le nom est suivi d’un indice numérique correspondant à l’ordre croissant de leur diamètre. Les données collectées lors de la cartographie, de l’analyse morphométrique et les informations géologiques disponibles ont permis d’attribuer à chaque structure une origine plausible.
Cette procédure nous a permis de sélectionner les structures présentant le meilleur potentiel d’impact parmi les 866 identifiées. Deux d’elles, déjà mentionnées par Chabou, (2017), sont Oufrane (d ≈ 2,5 km) et Hassi Chebaba (d ≈ 4,5 km), des cratères complexes fortement érodés. Hassi Chebaba, étudiée et nommée ‘Tabaloulet’ par Mahboubi et al., (2023), montre des traces de métamorphisme de choc et deux types de brèches (calcaire béchique et brèche de retombée), bien que des investigations géophysiques et géochimiques supplémentaires soient nécessaires.
Fig. 5 :Vue satellitaire (Haut) et carte du relief (bas) de (a) Oufrane et (b) Hassi Chebaba.
Notre inventaire, incluant les données morphométriques, lithostratigraphiques et géographiques, est disponible sur Zenodo (Yalla et al., 2025). Une carte interactive des structures identifiées est également mise à disposition sur mon site personnel.
Le nombre de structures circulaires identifiées en Algérie est 16 fois supérieur à celui recensé en Mauritanie ; ce chiffre, bien que impressionnant, reste susceptible d’augmenter avec l’utilisation d’autres méthodes de détection.
Les structures candidates à un impact, sélectionnées dans l’inventaire, doivent être étudiées à l’aide d’analyses structurales, pétrographiques et géochimiques. De même, les cratères déjà répertoriés dans l’EID requièrent des investigations complémentaires.
Enfin, nous appelons à l’extension de cette méthodologie de détection par imagerie satellitaire, à d’autres pays africains, car elle s’avère très efficace pour un balayage à grande échelle, comblant ainsi les lacunes cartographiques et guidant des travaux de terrain ciblés.
Codes Qr de (a) L’inventaire des structures circulaires en Algérie et (b) de carte interactive des structures circulaires en Algérie.
Article rédigé par Yalla Samira
Références
Busson. (1972). Principes, méthodes et résultats d’une étude stratigraphique du Mésozoïque saharien. Mémoires du Muséum National d’Histoire Naturelle, Tome XXVI, 443 p.
Chaabout, S., Chennaoui Aoudjehane, H., Reimold, W. U., Baratoux, D., & Youbi, N. (2015). Prospecting for possible impact structures in Morocco. Journal of African Earth Sciences, 112, 339–352. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2015.08.002
Chabou, M. C. (2017). Two new possible impact structures in the Algerian Sahara. The Fourth Impact Cratering and Astrogeology Conference (AICAC IV), 9-12 April 2017, USTHB, Algiers, Algeria.
Fabre, J., & Greber, C. (1956). Présence d’un cratère de météorite à l’Ouarkziz (Sahara occidental). Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, 242, 2843-2844.
Fabre, J., Kazi-Tani, N., & Megartsi, M. (1970). Le rond de l’Ouarkziz (Sahara nord-occidental), un astroblème. Comptes Rendus Acad. Paris, Sér. D, 270, 1212-1215.
Guillemot, A. (1962). Structures anticlinales circulaires d’origine mal connue. Photo-Interprétation, 929, Technip Éditions, Fascicule 4.
Karpoff, R. (1954). Un cratère de « météorite » à Talemzane dans le Sud algérien. Proceedings CR Congrès Géol. Intern., 233-241.
Kassab, F., Ferrière, L., & Belhai, D. (2021). Shock-metamorphic microstructures in quartz grains from Albian sandstones from the Tin Bider impact structure, Algeria. Meteoritics & Planetary Science, 56(12), 2273-2280. https://doi.org/10.1111/maps.13766
Lambert, P., & Lamali, A. (2009). Impact structures in Algeria. The 1st Arab Impact Cratering and Astrogeology Conference, Amman, pp. 50-53.
Lambert, P., McHone Jr., J. F., Dietz, R. S., & Houfani, M. (1980). Impact and impact-like structures in Algeria — Part I: Four bowl-shaped depressions. Meteoritics, 15(2), 157-179. https://doi.org/10.1111/j.1945-5100.1980.tb00518.x
Lefranc, J.-P. (1969). Exploration of a meteorite crater at Amguid (Mouydir, central Sahara). Académie des Sciences, Paris, Comptes Rendus, Série D, 268, 900-902.
Mahboubi, M., Mammeri, C., Matsa, T. A., Seddiki, A., Benhamou, M., Zeroual, I., Kheddoum, O., & Mahboubi, S. (2023). Sur la découverte d’un important cratère météoritique dans le Tademaït oriental (Sahara algérien). Bulletin du Service Géologique de l’Algérie, 31(1), 59-78.
Ould Mohamed Navee, E., Baratoux, D., Chennaoui Aoudjehane, H., Si Mhamdi, H., & Raji, M. (2024). Systematic search of circular structures using satellite imagery to identify potential new impact structures in Mauritania. Journal of African Earth Sciences, 105303. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2024.105303
Yalla, S., Chabou, M. C., & Baratoux, D. (2025). Inventory of circular geological structures in Algeria [Data set]. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.17713915
Au Burkina Faso comme de par le monde, chaque année, le début de jeûne musulman commence par l’annonce de la confirmation de l’observation réelle du croissant lunaire. Voir cet astre marque le début du mois sacré du Ramadan. Son observation guide par ailleurs la fixation de la date de fin de ce mois de pénitence.
Voilà déjà cinq ans qu’au Burkina Faso, cette observation qui jadis traditionnelle s’appuie de plus en plus sur l’apport des scientifiques et notamment des astrophysiciens, qui utilisent les connaissances modernes en astronomie pour mieux comprendre et prévoir l’apparition de la lune.
Dans la tradition islamique, le début du Ramadan est déterminé par l’observation du croissant lunaire, visible à l’œil nu ou à l’aide d’instruments optiques. Au Burkina Faso, cette mission est coordonnée par la commission nationale chargée de l’observation de la lune, mise en place par la Fédération des Associations Islamiques du Burkina (FAIB). Les observations se déroulent généralement le 29ᵉ jour du mois de Chaabane, juste après le coucher du soleil.
En collaboration avec l’Observatoire d’astrophysique à l’Université Joseph KI-ZERBO, un pôle du Laboratoire de Physique et de Chimie de l’Environnement (LPCE), les astrophysiciens et la membre de la FAIB vont ensemble à la confirmation de l’observation du croissant lunaire. Les scientifiques burkinabè contribuent aujourd’hui à améliorer les méthodes d’observation de la lune. Grâce aux calculs astronomiques les astronome déterminent les probabilités d’observation, par région. Ils indiquent à la commission d’observation avec précision la position de la lune, sa luminosité en prenant en compte les conditions nécessaires pour qu’elle soit visible depuis une région donnée.
Ainsi l’équipe d’astrophysiciens conduit par le Dr S. Zacharie KAM, composé de ses passionnés étudiants et doctorants engagés dans la promotion de l’astronomie, s’investie au début et à la fin du mois de Ramadan, pour accompagner et donner des arguments scientifiques pour les décisions de la FAIB. De nos jours la confirmation l’observation du croissant lunaire ne repose plus uniquement sur l’œil nu, elle est scientifique avec l’implication d’universitaires utilisant des télescopes et d’autres outils d’astronomie pour faciliter la détection du croissant lunaire. Ces outils permettent d’améliorer la précision des observations et d’accompagner les décisions religieuses. Cette année encore l’équipe était au rendez-vous.
Cette collaboration entre religieux et scientifiques représente une avancée importante, car elle permet de concilier tradition et science tout en consolidant le vivres ensemble des communautés. L’engagement des astrophysiciens burkinabè contribue également au développement de la recherche scientifique dans le pays. À travers des projets de vulgarisation, la création de clubs d’astronomie et la promotion des sciences auprès des jeunes, ils encouragent une nouvelle génération à s’intéresser à l’espace et aux phénomènes célestes.
« Ainsi, l’observation du croissant lunaire pour le Ramadan devient non seulement un moment spirituel pour la communauté musulmane, mais aussi une opportunité de valoriser la science et l’expertise des chercheurs burkinabè. »
Article rédigé par Dr Sié Zacharie KAM, Astrophysicien,
Maître de Conférence à l’Universite Joseph KI-ZERBO du Burkina Faso.
En 2025, le troisième colloque « Astronomie pour l’éducation dans l’espace francophone » a rassemblé chercheurs, enseignants et acteurs de la vulgarisation scientifique autour d’un objectif commun : renforcer l’intégration de l’astronomie dans les systèmes éducatifs francophones et consolider les coopérations internationales.
Organisé dans le cadre du projet Astro-Journeys, l’événement s’est articulé autour de deux temps forts : un workshop pédagogique à la Sorbonne Université et des conférences scientifiques au planétarium d’Épinal.
La participation africaine y a été particulièrement remarquée, tant par la diversité des profils représentés que par la qualité des interventions proposées.
Le workshop : penser l’éducation astronomique ensemble
Le workshop organisé à la Sorbonne s’inscrivait dans la dynamique du projet Astro-Journeys, initiative visant à créer des passerelles entre recherche, éducation et coopération internationale.
Les échanges ont porté sur les « Big Ideas » de l’astronomie et leur intégration progressive dans les curricula scolaires. Les discussions, coordonnées notamment par Emmanuelle Rolland, ont permis de confronter les réalités éducatives de différents pays et d’explorer des solutions adaptées aux contextes locaux.
La délégation africaine a activement contribué à ces travaux, partageant ses expériences de terrain, ses contraintes structurelles et ses initiatives innovantes. Ce moment de co-construction a constitué le socle des collaborations développées lors des conférences à Épinal.
Les conférences : mettre en lumière les dynamiques africaines
Au planétarium d’Épinal, les représentants africains ont présenté des projets illustrant l’évolution rapide de l’astronomie sur le continent.
🔹 Jacob Tolno – Guinée
National Astronomy Education Coordinator de la Guinée et membre du nœud francophone de l’astronomie, Jacob Tolno a joué un rôle central dans la coordination de la participation africaine.
En amont du colloque, il a contribué à l’organisation logistique et à la préparation des présentations africaines.
À Épinal, après avoir introduit les interventions du continent, il a présenté un aperçu global des phénomènes astronomiques et de leur interprétation dans les sociétés traditionnelles africaines. Son intervention a mis en évidence la richesse des savoirs culturels liés à l’observation du ciel et leur potentiel pédagogique dans l’enseignement contemporain.
Sa participation a également permis d’initier des perspectives de collaboration internationale, notamment autour d’un projet scolaire en partenariat avec Vincent Heussaff.
🔹 Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
Astrophysicien et enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Marc Harris Yao Fortune a présenté un état des lieux structuré du développement de l’astronomie en Côte d’Ivoire.
Son intervention a mis en avant les actions menées par l’Association Ivoirienne d’Astronomie : observations publiques, création de clubs scolaires, campagnes de recherche d’astéroïdes impliquant des élèves et organisation de conférences scientifiques.
Il a également souligné les ambitions institutionnelles visant à renforcer les infrastructures de recherche et à inscrire durablement les sciences spatiales dans les priorités académiques nationales. Son exposé a illustré une dynamique articulant recherche, formation et vulgarisation.
– Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire – Jacob Tolno – Guinée (de la droite vers la gauche)
🔹 Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie
Enseignant-chercheur à l’Université de Nouakchott et président de l’Association Mauritanienne pour l’Astronomie, Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee a présenté un poster consacré à la Conférence Internationale sur les Météorites et l’Astronomie (ICMA) organisée en Mauritanie.
Cette initiative marque une avancée significative pour les sciences planétaires en Mauritanie. Elle vise à renforcer la coopération scientifique internationale dans l’étude des météorites et des cratères d’impact, tout en favorisant la formation de jeunes chercheurs africains.
Son intervention a souligné l’importance de structurer des plateformes scientifiques régionales capables d’attirer des collaborations internationales et de valoriser les ressources géologiques du continent dans une perspective planétologique.
Prudence Ayivi – Bénin Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire Jacob Tolno – Guinée Chaima Bhibah – Tunisie Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie (de la droite vers la gauche)
🔹Prudence Ayivi – Bénin
Fondateur du Sirius Astro-Club et coordonnateur adjoint pour l’éducation au sein de l’Union Astronomique Internationale au Bénin, Prudence Ayivi a présenté les actions éducatives développées dans son pays.
Son intervention a mis en lumière les ateliers pédagogiques, les observations publiques, les programmes de sensibilisation scolaire et la structuration progressive d’un réseau national d’astronomie. Il a démontré que l’engagement associatif peut constituer un moteur puissant pour démocratiser les sciences de l’espace dans des contextes où les infrastructures restent limitées.
Prudence Ayivi – Bénin
🔹 Chaima Bhibah – Tunisie
Élève ingénieure en génie des procédés chimiques et astronome amateure de la Société astronomique de Tunisie, engagée depuis plusieurs années dans la vulgarisation scientifique, Chaima Bhibah a présenté un support pédagogique intitulé « Le Tableau Périodique Cosmique ».
Son intervention proposait une relecture du tableau périodique à la lumière de l’astrophysique moderne, expliquant l’origine cosmique des éléments chimiques, depuis le Big Bang jusqu’aux processus de nucléosynthèse stellaire et aux explosions de supernovas.
En établissant un lien direct entre chimie et astrophysique, elle a montré comment l’enseignement des éléments chimiques peut être enrichi par une perspective cosmique, permettant aux élèves de comprendre que la matière étudiée en laboratoire trouve son origine dans l’histoire de l’Univers..
Chaima Bhibah – Tunisie
Une présentation conjointe : l’Observatoire de Besely pour l’Éducation
Prudence Ayivi et Chaima Bhibah ont également co-présenté l’Observatoire de Besely pour l’Éducation, observatoire robotisé installé à Madagascar.
Prudence Ayivi a exposé les caractéristiques techniques et scientifiques de l’infrastructure, tandis que Chaima Bhibah en a assuré la démonstration pratique en pilotant à distance le télescope en temps réel.
Cette présentation conjointe a illustré concrètement l’accessibilité des outils scientifiques modernes aux établissements scolaires africains.
🔹 Autres contributions africaines
La participation africaine a également été marquée par la présence de Ratiba Sahoui, enseignante-chercheuse en planétologie à l’Université des Sciences et de la Technologie Houari-Boumédiène (Algérie), dont l’expertise académique a renforcé la dimension scientifique nord-africaine du colloque.
Denison Yewadan Togbe, cofondateur du Sirius Astro-Club et ingénieur en physique, a également contribué aux échanges, notamment sur les aspects scientifiques et techniques des projets éducatifs portés par l’association.
Conclusion
La participation africaine à AstroEdu 2025 ne s’est pas limitée à une représentation symbolique. Elle a révélé une dynamique structurée, ambitieuse et collaborative.
Entre réflexion pédagogique à la Sorbonne et présentations scientifiques à Épinal, le continent a affirmé sa capacité à proposer des initiatives concrètes, à développer des partenariats internationaux et à inscrire l’astronomie comme levier éducatif stratégique.
AstroEdu 2025 aura ainsi constitué une étape significative dans la consolidation d’un réseau panafricain engagé dans le développement des sciences de l’Univers.
Article rédigé par Chaima Bhibah | Société Astronomique de Tunisie (SAT)
Propos recueillis par David Baratoux pour L’Astronomie Afrique.
La salle de contrôle de vol du Space Telescope Science Institute à Baltimore. C’est depuis cette salle que les scientifiques ont suivi le lancement du télescope James Webb. (Photo: Washington Post par Katherine Frey, Crédit: Seattletimes)
Meriem, vous travaillez au Space Telescope Science Institute, le STScI, aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est exactement cette institution et quel rôle elle joue dans l’astronomie mondiale ?
Le STScI, c’est en quelque sorte le quartier général de l’astronomie spatiale. Fondé en 1981 par la NASA, c’est l’institution qui opère le télescope Hubble depuis 1990 et le JWST (James Webb Space Telescope) depuis son lancement en 2022. À la fois centre de recherche, salle de contrôle et immense bibliothèque de données spatiales, c’est là que les chercheurs du monde entier soumettent leurs idées d’observation, que les télescopes sont pilotés, et que les données sont traitées puis partagées avec toute la communauté scientifique mondiale. Pour moi, qui ai grandi au Maroc, travailler ici est une chance que je mesure chaque jour.
Comment s’est passé votre recrutement pour rejoindre ce centre ? Était-ce très compétitif ? Avez-vous perçu le fait d’être Marocaine comme une difficulté, un risque de devoir faire face à des préjugés lors de votre candidature ?
Le recrutement suit un processus très formel avec un dossier scientifique, des lettres de recommandation, et des entretiens. C’est effectivement très compétitif, le STScI attire des candidats du monde entier, et les postes de post-doctorat y sont extrêmement demandés. Ce qui m’a peut-être donné un avantage, c’est mon double profil, à la fois observatrice et modélisatrice, et surtout bien ancrée dans une communauté scientifique impliquée dans les premières analyses des données JWST. Mes travaux à l’Institut d’Astrophysique Spatiale, à l’Université Paris Saclay ont été déterminants à cet égard.
Quant à la question sur mes origines. C’est une question que je me pose toujours avant chaque recrutement. Est-ce que mon nom, mon origine, mon parcours allaient peser dans la balance d’une façon ou d’une autre ? Quand on postule, on sait qu’on est en concurrence avec des collègues formés dans les plus grandes universités américaines, qui ont souvent des réseaux plus établis dans ce milieu. Ça demande une vraie confiance en son travail, et une capacité à ne pas se laisser décourager par le doute, ce syndrome que beaucoup de jeunes chercheuses connaissent, et que certains profils comme le mien peuvent ressentir de façon amplifiée.
Ce que je sais, c’est que j’ai postulé avec un dossier scientifique que je défendais pleinement, et que j’ai été soutenue par des mentors qui ont cru en mon travail. Et quelque part, je crois que ma singularité et ma perspective n’étaient pas un obstacle, elles ont convaincu. En travaillant ici, j’ai compris que la meilleure science émerge précisément de cette richesse-là.
Vous mentionnez la sélection des propositions d’observation. Comment fonctionne ce processus, qui décide ce que le JWST va observer ?
C’est le STScI qui organise et coordonne ce processus, mais dans le fond, c’est la communauté scientifique mondiale qui décide. Chaque année, des chercheurs de tous les pays sont invités à soumettre leurs idées d’observation. Ces propositions sont ensuite évaluées par d’autres scientifiques selon un système dit « doublement anonyme » : ni les évaluateurs ne savent qui a soumis la proposition, ni les chercheurs ne savent qui les évalue. Cela permet de juger la science pour ce qu’elle est, sans que le nom de l’institution ou la notoriété du chercheur n’influence la décision.
Et en pratique, est-ce que ça se traduit par beaucoup de demandes ? Le télescope est-il si sollicité ?
Énormément ! Et justement, les résultats du Cycle 5, qui correspond à la cinquième année de science du JWST, viennent d’être publiés aujourd’hui même, donc je peux vous donner des chiffres tout frais ! Pas moins de 2 855 propositions ont été soumises cette année, réclamant près de 100 000 heures d’observation pour seulement 8 000 heures disponibles. Le comité d’allocation a formulé ses recommandations à la direction du STScI, qui a approuvé la sélection finale de 254 programmes. Une proposition sur douze est acceptée.
Ce qui me touche dans ces chiffres, c’est la diversité : les propositions retenues émanent de 2 333 chercheurs issus de 37 pays différents, et 46% d’entre elles sont portées par des chercheurs qui utilisent le JWST pour la première fois. Ce n’est pas un club fermé, une équipe en Afrique peut tout à fait obtenir du temps sur le JWST face à une grande université américaine ou européenne, à condition que la science soit solide.
Il y a aussi une dimension archive qui est centrale au STScI. Qu’est-ce que le MAST, et pourquoi est-ce important pour l’astronomie mondiale ?
Le MAST (Mikulski Archive for Space Telescopes, Spotlight on Data: MAST | Science Data Portal) est une plateforme qui conserve et distribue les données de plus de vingt missions astronomiques. C’est une bibliothèque astronomique ouverte, accessible à n’importe quel chercheur dans le monde, gratuitement. Elle rassemble les données de Hubble, du JWST, mais aussi de missions comme TESS pour les exoplanètes, Swift, GALEX, et bien d’autres encore.
Ce qui est remarquable, c’est que la majorité des publications scientifiques qui citent des données Hubble reposent sur des observations archivées, pas nécessairement sur des observations nouvelles. Les données continuent de produire de la science des années, parfois des décennies après avoir été collectées. Pour un jeune chercheur africain qui n’a pas accès à un grand observatoire, le MAST est une porte d’entrée réelle vers la recherche de pointe. J’ai moi-même construit une partie de ma thèse sur des données d’archives.
Les données du JWST sont accessibles via MAST, avec des outils de recherche croisée avec Hubble et d’autres observatoires, ce qui permet une science multi-longueurs d’onde extrêmement puissante. Et STScI traduit aussi ces résultats en images, récits et vidéos pour le grand public, ce travail de médiation fait aussi partie intégrante de notre mission.
Parlons de votre propre recherche au STScI. Sur quoi travaillez-vous en ce moment, et qu’est-ce qui rend votre programme d’observation avec le JWST particulièrement original ?
Un des programmes sur lesquels je travaille porte sur le Petit Nuage de Magellan, une galaxie naine voisine de la Voie Lactée, visible à l’œil nu depuis l’hémisphère sud. Ce qui la rend si précieuse scientifiquement, c’est qu’elle présente une composition chimique très différente de notre galaxie : elle contient beaucoup moins d’éléments lourds, ce que les astronomes appellent les « métaux », c’est-à-dire tout ce qui est plus lourd que l’hélium. Cela en fait un analogue local des galaxies de l’univers jeune : en l’observant aujourd’hui, on peut étudier des processus chimiques similaires à ceux qui se déroulaient dans l’univers à ses débuts, sans avoir à regarder à des milliards d’années-lumière de distance.
Une image optique du télescope spatial Hubble révèle une partie du Petit Nuage de Magellan. (Crédit image : NASA/ESA/STScI/AURA)
Ce que j’étudie précisément, ce sont les interfaces des nuages moléculaires, des zones de transition composées de gaz et de poussière sculptées par le rayonnement intense de jeunes étoiles massives. C’est là où se joue une grande partie de la chimie interstellaire : des molécules organiques complexes, notamment les hydrocarbures aromatiques polycycliques (ou PAHs), y sont détruites, reconfigurées, et potentiellement réassemblées. Ces molécules sont considérées comme l’un des plus grands réservoirs de matière organique de l’univers. Comprendre comment ces molécules évoluent dans des environnements extrêmes comme le Petit Nuage de Magellan, c’est mieux comprendre comment la matière entre les étoiles se transforme et s’enrichit au fil du temps.
Un mot pour les jeunes astronomes africains qui rêvent de contribuer un jour à ces grandes missions ?
Je leur dirais que les données sont là, disponibles pour tout le monde. Le MAST est un projet financé par la NASA pour mettre à disposition de la communauté astronomique mondiale des archives ouvertes, couvrant l’optique, l’ultraviolet et l’infrarouge. Il suffit d’une connexion internet et de savoir coder en Python pour commencer à analyser des données de classe mondiale. La barrière n’est plus instrumentale, elle est dans la formation et la confiance en soi.
Rejoignez des équipes qui ont déjà une expérience d’observation, participez aux ateliers JWST et aux appels à propositions en équipe et n’oubliez pas que chaque observation du JWST finit dans une archive publique, disponible pour toujours. La science que vous ferez dans dix ans avec ces données n’a peut-être pas encore été imaginée.
Le Space Telescope Science Institute met à disposition une documentation technique complète sur jwst-docs.stsci.edu, que l’on appelle le JDox. C’est la référence centrale pour tout ce qui concerne le fonctionnement du télescope et les outils de proposition. Et pour ceux qui préfèrent apprendre en vidéo, la chaîne YouTube JWSTObserver propose des tutoriels sur une grande variété de sujets : comment utiliser les outils de planification d’observations, comment préparer une proposition, comment analyser les données. On y trouve aussi les enregistrements des JWebbinars et des séminaires réguliers sur l’analyse des données JWST. Tout est gratuit, tout est accessible. Il n’y a aucune raison qu’un jeune astronome africain ne s’en empare pas.
Au-delà de la recherche, est-ce que le grand public peut suivre ce que fait le JWST en temps réel ? Quelles ressources recommanderiez-vous à un passionné d’astronomie, ou même à un simple curieux ?
Absolument et c’est l’une des choses qui me rend fière de travailler dans cet écosystème. Il y a des ressources vraiment remarquables, accessibles à tous, gratuitement.
La première que je recommande, c’est spacetelescopelive.org/webb, un site qui montre en temps réel ce que le JWST est en train d’observer. Quelle cible, quel instrument, quelle durée d’exposition. C’est fascinant, on peut littéralement suivre le télescope dans son travail quotidien.
universe-of-learning.org est une plateforme NASA développée par le STScI en partenariat avec Caltech/IPAC, le Center for Astrophysics de Harvard & Smithsonian, et le Jet Propulsion Laboratory. Elle connecte le grand public aux données, aux découvertes et aux experts des missions spatiales de la NASA. On y trouve des milliers d’images collectées par des télescopes spatiaux, des visualisations 3D d’objets cosmiques, et des activités concrètes pour tous les âges. C’est une mine d’or pour les enseignants, les animateurs scientifiques, et les curieux.
Et puis il y a les réseaux sociaux. Les comptes officiels de @SpaceTelescope@NASAWebb et @HubbleTelescope publient régulièrement des images spectaculaires accompagnées d’explications accessibles. Le STScI est aussi très actif sur Instagram @space_telescopes et YouTube @spacetelescopevision, avec des vidéos de médiation scientifique de haute qualité.
De Mahajanga à l’échelle continentale : structurer l’accès africain au ciel
Lancement du festival et de l’école à Institut Français de Madagascar
L’association Haikintana, en collaboration avec la Société Astronomique de France, l’Institut Français de Madagascar, les Alliances Françaises d’Antsirabe, d’Antsiranana et de Mahajanga, l’African Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Institut Supérieur de Technologie de Diégo, Écoles du Monde Madagascar, ainsi que ses partenaires, l’Institut Universitaire de France, VIMA Vision Madagascar et IAU NOC Madagascar, a organisé du 4 au 6 juillet 2025 la troisième édition du Festival d’Astronomie Madagascar sous les étoiles.
Après deux éditions couronnées de succès à Mahajanga puis à Antananarivo, le festival a franchi en 2025 une étape historique : son extension simultanée à quatre grandes villes, Antsirabe, Antananarivo, Antsiranana et Mahajanga, marquant la première organisation d’un festival d’astronomie à l’échelle nationale à Madagascar.
Gratuit et ouvert à tous, l’événement a accueilli plusieurs milliers de personnes en proposant observations du Soleil et de la Lune, conférences, ateliers pédagogiques, projections, astroquiz et rencontres avec des invités nationaux et internationaux venus du Maroc, du Sénégal et de France. Mais derrière cette programmation riche se dessine une ambition plus profonde : structurer durablement l’astronomie à Madagascar et renforcer son ancrage continental.
Mahajanga :
L’histoire de Madagascar sous les étoiles commence à Mahajanga. C’est là que le festival a pris racine, dans une ville tournée vers la mer mais aussi vers le ciel. Année après année, l’événement a grandi, s’est structuré, a gagné en exigence scientifique.
Observation du Soleil au bord à Mahajanga
À Mahajanga, les activités ont débuté dès le 30 juin à l’Alliance Française. Jean-Philippe Uzan, Sylvain Bouley et David Baratoux ont proposé une conférence croisée abordant la cosmologie, l’exploration planétaire et les perspectives africaines dans la recherche contemporaine. La science s’est ensuite faite au théâtre : une adaptation du Le Petit Prince, orchestrée par Jean-Philippe Uzan et interprétée avec les enfants d’Écoles du Monde Madagascar, rappelant que la transmission scientifique peut aussi passer par la poésie.
Atelier à l’Alliance Française de Mahajanga et session de question réponse à l’Université de Mahajanga
A partir du 4 juillet, divers ateliers ont été organisés à l’Alliance Française comme celui sur la cosmographie qui a permis d’explorer la cartographie à grande échelle de l’Univers de manière très ludique pour les enfants. A l’Université de Mahajanga , Hélène Courtois et l’équipe de Haikintana ont présenté les avancées récentes en cosmographie et en compréhension des grandes structures de l’Univers. Les observations publiques, sur le terrain universitaire, au bord de mer, à la plage de Maroala et au Village Touristique, ont confirmé l’ancrage populaire du festival jusqu’au 6 Juillet. Le ciel devenait un espace partagé.
Denis et Hélène Courtois lors de la conférence à l’Université de Mahajanga
Antananarivo :
À Antananarivo, la dimension universitaire et internationale du festival s’est affirmée dès le 4 juillet à l’Université d’Antananarivo. Jean-Philippe Uzan a retracé « Un siècle pour comprendre pourquoi les étoiles brillent », revenant sur les révolutions théoriques du XXe siècle qui ont permis de comprendre pourquoi le Soleil brille et ainsi d’en déterminer l’évolution future. À ses côtés, Abdelkarim Boskri a abordé le suivi des satellites artificiels et des débris spatiaux, soulignant les enjeux scientifiques et stratégiques de ces observations depuis le sol africain. Une conférence qui a été co-organisée avec le parcours d’Astronomie et Astrophysique de l’université et l’association Malagasy Astronomical Society.
Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Université d’Antananarivo
Le 5 juillet au matin, à l’Institut Français de Madagascar, le point focal du festival pour la capitale, les deux intervenants ont proposé une conférence conjointe intitulée « Un siècle de révolution en astronomie, et demain ? ». Les discussions ont élargi la perspective vers les défis futurs : grands relevés cosmologiques, télescopes spatiaux, infrastructures africaines émergentes.
Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
L’après-midi, la projection du film Interstellar a constitué un moment fort. La salle Albert Camus était comble. Jean-Philippe Uzan a accompagné la séance d’explications astrophysiques, revenant sur la relativité et les trous noirs. À la sortie, le public s’est dirigé vers la terrasse pour les observations. Les observations nocturnes ont attiré une foule dense et curieuse.
Salle pleine lors de la projection d’Interstellar à l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
Parallèlement, l’équipe de Haikintana animait des ateliers « Dessine-moi une constellation » et « Parcourez le ciel en 3D avec Stellarium ». L’appropriation par les jeunes participants, leur implication dans les quiz et les échanges, ont illustré l’efficacité d’une médiation interactive.
Atelier Stellarium et Observation du ciel à la médiathèque de l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
Antsirabe :
À Antsirabe, le festival a pris une dimension particulièrement intergénérationnelle. Dès le 4 juillet au matin, au Collège français Jules Verne, les élèves de CE2 ont participé à un atelier consacré au Soleil. Observer notre étoile en toute sécurité, comprendre ses taches, ses cycles d’activité et son rôle fondamental dans notre système planétaire : pour beaucoup, il s’agissait d’un premier contact direct avec une démarche scientifique expérimentale.
Observation du Soleil Collège français Jules Verne
L’après-midi, à l’Alliance Française d’Antsirabe, la cérémonie d’ouverture a été suivie de deux interventions marquantes. Salma Sylla a proposé une réflexion sur les dynamiques actuelles de l’astronomie en Afrique, insistant sur la montée en compétence du continent et les opportunités de coopération scientifique. Sambatriniaina Rajohnson a ensuite partagé son parcours d’astronome malagasy, un témoignage inspirant qui a suscité de nombreux échanges avec le public.
Conférence de Salma Sylla et Sambatriniaina Rajohnson à l’Alliance Française d’Antsirabe
La journée du samedi a été largement rythmée par des observations solaires, permettant à un grand nombre de visiteurs de découvrir les détails de la surface du Soleil. La Place de la Gare s’est transformée en espace scientifique ouvert, où familles, enfants et curieux se sont succédé aux télescopes.
Observation devant la Gare d’Antsirabe
Le dimanche, le festival s’est poursuivi à la Résidence des Hauts Plateaux autour d’un brunch scientifique. Salma, Sambatra et l’équipe de Haikintana ont animé une discussion ouverte sur l’astronomie, ses débouchés, ses enjeux africains et les parcours possibles pour les jeunes intéressés.
Observation du Soleil et de la Lune à l’Alliance Française d’Antsirabe
Antsiranana :
À Antsiranana, le festival a dépassé le cadre événementiel pour s’inscrire dans une dynamique structurante. Le 4 juillet au matin, les ateliers d’astronomie à l’Alliance Française ont rassemblé enfants et adolescents autour d’activités pédagogiques adaptées. L’après-midi, la cérémonie d’ouverture a donné lieu à une série de conférences pour les universitaires et le grand public.
Atelier avec les enfants à l’Alliance Française d’Antsiranana
Mializo Razanakoto a dressé un état des lieux de l’astronomie à Madagascar, mettant en lumière ses avancées et ses défis. Andoniaina Rajaonarivelo a présenté les perspectives de l’astrotourisme et la valorisation du ciel nocturne comme levier scientifique et économique. David Baratoux (France) a élargi la réflexion à l’échelle continentale avec « L’astronomie en Afrique », tandis que Sylvain Bouley (France) a exploré les grandes questions de l’exploration planétaire avec « À la recherche de la vie ».
Conférence de Mializo, Sylvain, David et Ando à l’Alliance Française d’Antsiranana
Le moment le plus structurant fut sans doute l’inauguration officielle des clubs d’astronomie à l’IST-Diego et à l’Alliance Française d’Antsiranana. Cette inauguration s’est accompagnée d’une dotation en télescopes offerte par la Société Astronomique de France, un geste concret qui transforme l’enthousiasme ponctuel en capacité d’action durable.
Club d’astronomie de l’IST Diégo et leur nouveau télescope
Le 5 juillet, les ateliers jeunesse ont été suivis d’une nouvelle session de conférences grand public consolidant les thématiques abordées la veille. En soirée, l’observation organisée à La Terrasse du Voyageur a permis de toucher un public plus large encore, dans un cadre ouvert et convivial. Suivi du 6 juillet où le festival s’est prolongé sur la plage de Ramena avec une observation du Soleil en fin d’après-midi, suivie d’une observation nocturne. Installer les télescopes face à l’océan, sous le ciel du nord malgache, a offert une image forte : celle d’une science qui sort des salles de conférence pour rejoindre directement les citoyens.
Après midi et soirée d’observation à Antsiranana
Ecole Panafricaine d’astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar
En amont du festival, du 25 juin au 1er juillet 2025, s’est tenue à Besely, sur le campus de Écoles du Monde Madagascar, la première École Panafricaine d’Astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar organisée à Madagascar. Onze jeunes astronomes issus de huit pays africains y ont suivi une formation intensive à l’utilisation du télescope robotique de l’Observatoire.
Les participants de à l’École d’Astronomie à l’observatoire et en observation
Sylvain Bouley et David Baratoux ont consolidé les fondamentaux indispensables à tout astronome. Hélène Courtois a présenté ses travaux en cosmographie, notamment autour de la cartographie des grandes structures de l’Univers, tandis que Jean-Philippe Uzan a approfondi les notions de relativité et à deux ils ont discuté des enjeux scientifiques liés aux grandes missions spatiales contemporaines, en particulier, celui du télescope spatial Euclide auquel ils sont contribué.
Cours d’Hélène Courtois et de Jean-Philippe Uzan
La formation pratique, assurée par Arnaud Leroy, astronome principal de l’Observatoire, assisté par Andoniaina Rajaonarivelo, a porté sur l’acquisition et le traitement d’images, ainsi que sur les mesures astronomiques, notamment le suivi d’astéroïdes. C’est durant cette semaine que les premières images couleur de l’Observatoire ont été obtenues — un jalon scientifique symbolique.
Les intervenants et participants de l’École avec la première image en couleur de l’Observatoire
Au-delà de la formation technique, l’objectif est stratégique : les participants deviennent les antennes de l’Observatoire dans leurs pays respectifs. Ils pourront piloter le télescope à distance et former de nouveaux utilisateurs, élargissant ainsi l’accès africain à une infrastructure partagée.
Soulignons que cette école a été possible grâce aux différents partenaires : la Société Astronomique de France , l’Association Haikintana, l’Institut Universitaire de France, l’ Africa Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Université Paris-Saclay, l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales, l’ Uranoscope de l’Ile de France, l’ Université Claude Bernard Lyon 1 , l’Institut de recherche pour le développement (IRD) , et le CNES .
Remise de certificats
Conclusion
De Mahajanga à l’échelle nationale, puis du national au continental, la trajectoire est cohérente. Former. Structurer. Diffuser.
Madagascar sous les étoiles 2025 n’est pas seulement un festival réussi. C’est l’affirmation d’une stratégie scientifique africaine fondée sur l’accès partagé au ciel, la coopération internationale et la formation de nouvelles générations.
Lever les yeux vers les étoiles est universel.
Organiser collectivement les moyens de les observer est un choix politique, scientifique et culturel. En 2025, ce choix est clairement assumé.
Article rédigé par Andoniaina Rajaonarivelo – Haikintana Astronomy