par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Sur le Terrain
Une nouvelle ère pour la science planétaire africaine
Du 9 au 15 novembre 2025, le Ghana est devenu l’épicentre des sciences planétaires africaines. Pour la première fois, la conférence AICAC (Arab and Africa Impact Cratering and Astrogeology Conference) s’est tenue en Afrique subsaharienne, une réalisation historique menée par le département des sciences de la Terre de l’université du Ghana et l’Initiative africaine pour les sciences planétaires et spatiales (AFIPS), avec le soutien d’autres institutions partenaires et ONG.
L’AICAC V avait deux objectifs principaux : renforcer la communauté émergente des sciences planétaires en Afrique et utiliser un site géologique de classe mondiale comme espace pédagogique à ciel ouvert. La décision d’organiser l’AICAC au Ghana était stratégique. Il ne s’agissait pas seulement de présentations scientifiques. Il s’agissait de donner aux chercheurs, en particulier aux étudiants et aux chercheurs en début de carrière, un accès direct à un site d’importance mondiale comme le cratère d’impact de Bosumtwi et de mettre en relation les chercheurs africains avec la communauté scientifique internationale des planétologues.
Objectifs de l’AICAC V
De façon plus détaillé Le contenu va ici[/learn_more] e, la conférence avait pour but de :
– Renforcer les capacités par la formation : le programme a débuté par un atelier pré-conférence dédié. Trente-deux participants, dont une grande partie venait du Ghana et des pays voisins, ont reçu une formation pratique sur l’identification des cratères d’impact et des météorites, compétences directement applicables à la recherche sur les cratères d’impact et les météorites en Afrique.
– Mettre en valeur le patrimoine géologique du Ghana : l’excursion de quatre jours sur le site du cratère d’impact de Bosumtwi, classé au patrimoine géologique mondial par l’IUGS, a été le temps fort de la conférence. Il ne s’agissait pas d’une simple excursion géologique, mais d’une formation pratique sur le terrain au cours de laquelle les participants ont prélevé et examiné des suévites et des brèches d’impact, reliant ainsi les connaissances théoriques à la géologie de terrain et discutant du potentiel du site pour les recherches futures et le géo-tourisme durable.
– Favoriser les échanges interdisciplinaires : la conférence a fait le pont entre différentes disciplines et secteurs. Des sessions scientifiques sur les cratères d’impact, les météorites et l’exploration du système solaire ont été organisées parallèlement à une exposition technologique par la première start-up spatiale privée du Ghana, Xavier Space Solutions, et à une exposition artistique et culturelle par l’artiste béninois Jimas Ametonou, ainsi qu’à une observation du ciel. Cette approche holistique a élargi le dialogue autour des sciences spatiales.
La conférence a bénéficié d’un parrainage et d’un soutien essentiels. Des subventions généreuses de la Meteoritical Society et de la Barringer Crater Company ont spécifiquement financé le voyage de cinq chercheurs en début de carrière, garantissant ainsi une plus large représentation africaine. Le soutien de Celestron LLC, de l’IRD et du CNRS, du Ghana Space Science and Technology Institute (GSSTI), de la Geological Society of Africa (GSAf), de la Société astronomique française (SAF), de l’Association des jeunes géologues et environnementalistes du Sénégal (AJGES), de la Fondation ATTARIK et des autorités locales de la région de Bosumtwi a été très apprécié.
Tout le soutien apporté par les sponsors et les institutions partenaires, qu’il soit financier ou autre, a constitué un investissement dans le capital humain et a permis de légitimer et d’élargir le réseau. Il a également contribué à réduire les obstacles pour les étudiants talentueux et les jeunes chercheurs qui sont essentiels à l’avenir de ce domaine en Afrique.
La caractéristique déterminante de l’AICAC V a été le rôle dynamique des étudiants ghanéens. Ils ont participé non seulement en tant que participants, mais aussi en tant que bénévoles à part entière et contributeurs actifs. De l’aide à la logistique à la participation à des discussions techniques pendant l’atelier et l’excursion sur le terrain, leur implication a été un exercice pratique dans l’organisation de conférences dans un cadre multiculturel. Pour beaucoup d’entre eux, c’était la première fois qu’ils interagissaient avec autant d’experts internationaux en sciences planétaires. Le fait de faire partie de l’équipe organisatrice et de participer à l’excursion sur le terrain au cratère d’impact de Bosumtwi leur a montré que le domaine des sciences planétaires est actif, accessible et plein d’opportunités au Ghana.
La conférence s’est terminée par une table ronde tournée vers l’avenir, qui a abouti à une proposition officielle pour que l’Égypte accueille l’AICAC VI dans les deux ans. Cela garantit la continuité de la dynamique créée à Accra.
L’AICAC V a démontré qu’avec une collaboration stratégique entre des initiatives panafricaines telles que l’AFIPS et des institutions locales engagées telles que le département des sciences de la Terre de l’université du Ghana, le Ghana peut accueillir avec succès des conférences scientifiques de niveau mondial. En donnant la priorité à la formation, en tirant parti des atouts locaux uniques et en impliquant activement la prochaine génération, la conférence a fait plus que partager des recherches : elle a semé les graines d’une communauté scientifique planétaire durable et en pleine croissance en Afrique.
Pour en savoir plus, consultez le livre des résumés et les programmes de la conférence et explorez la galerie de photos en visitant le site web de l’AICAC V https://aicacv.org/.

Images prises lors de l’atelier préliminaire et de la conférence, montrant (a, b) des photos de groupe des participants à l’atelier et à la conférence, respectivement ; (c, d) des participants à l’atelier en train de réaliser des activités pratiques ; (e, f) un échantillon des participants lors d’une séance d’exposés oraux et aux expositions, respectivement ; (g, h) des participants à la soirée d’observation du ciel. Crédits photos : Département des sciences de la Terre, Université du Ghana.

Excursion sur le terrain après la conférence : (a) bloc de suévite à environ 1 500 m au nord du bord du cratère, (b) bloc de suévite, même emplacement que (a), (c) affleurement de brèche d’impact mis à nu par une tranchée routière, situé à l’est du cratère, au sommet du bord du cratère, (d) coupe routière exposant des métasédiments du Supergroupe du Birimien, située sur le bord du cratère vers l’entrée nord-ouest de celui-ci, (e) brèche altérée de métasédiments du Birimien située à environ 10 km du centre du cratère, à la lisière des dépôts d’éjectas, (f) vue d’ensemble du cratère d’impact de Bosumtwi depuis le nord-ouest, au sommet du bord du cratère, en regardant vers le nord-est. Crédits photos : (a, c, d) Myriam Telus, (b) Cheikh Ahmadou Bamba Niang, (e) Wassim Fitouri, (f) Marian Selorm Sapah.
Article rédigé par le Dr Marian Selorm Sapah, président du comité d’organisation de l’AICAC V, traduit par Pétanki Soro, Université Félix Houphouët-Boigny, participant à l’AICAC V
par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Au fil des étoiles
Vous connaissez tous l’histoire : un astéroïde colossal s’est abattu du ciel, a entraîné l’extinction des dinosaures et a laissé au Yucatán une cicatrice de 180 km de large, le fameux Chicxulub. C’est précisément ce cataclysme qui a éveillé mon intérêt pour les cratères d’impact.

Fig. 1 : Le dernier regard des Tyrannosaurus rex, il y a 66 Ma. (Illustration paléo-artistique par Ahmed AMIROUCHE)
Comment se forment les cratères d’impact ?
Un cratère d’impact se forme quand un projectile cosmique suffisamment grand et cohérent (dépassant 50 m de diamètre pour un corps rocheux et 20 m pour un objet ferreux plus cohérent) percute le sol à sa vitesse cosmique d’origine (>11 km/s).
Une fois que l’objet atteint la surface, l’impact se déroule en trois phases qui se chevauchent :
- Contact et compression : le projectile touche la cible et transmet une onde de choc qui comprime le matériau.
- Excavation : la roche comprimée se décompresse, éjecte du matériel en forme de couronne et crée une cavité dite transitoire.
- Modification : les parois du bassin s’effondrent partiellement, les matériaux en fusion se redistribuent et la topographie finale se stabilise.
Selon la taille et la nature de la cible, deux morphologies principales apparaissent :
- Cratères simples : forme de bol (d < 2 – 4 km) partiellement remplie par la brèche.
- Cratères complexes : plus grands (d > 2 – 4 km), développent un soulèvement central distinct sous forme de crête et/ou d’anneau, de cuvette annulaire, et une jante effondrée.
La distribution des cratères d’impact sur Terre

Fig. 2 : Distribution des cratères d’impact dans le monde.
On observe, d’après la carte de répartition mondiale des cratères d’impact (Fig. 2), que l’Afrique ne compte qu’environ 10 % des structures identifiées, alors que le Canada, dont la superficie est trois fois moindre, en regroupe près de 15 %. Cette disproportion suggère que la distribution des impacts n’est pas proportionnelle à la superficie terrestre, mais plutôt influencée par d’autres facteurs.
Les structures d’impact africaines demeurent largement sous-explorées comparées à leurs homologues d’Amérique du Nord ou d’Europe. Il est donc très probable que de nombreux cratères restent encore non répertoriés sur le continent.
Des initiatives récentes ont cherché à identifier de nouvelles structures susceptibles d’être des cratères d’impact, notamment au Maroc et en Mauritanie, où le territoire a été intégralement survolé à l’aide d’imageries satellitaires [respectivement dans Chabout et al., (2015) et Ould Mohamed Navee et al., (2024)]. En Algérie, un travail similaire a été mené dans le cadre de mon mémoire de master (2024), sous la direction de M. Moulley Charaf Chabou et de David Baratoux. Nous avons adopté la même approche que celle décrite par Ould Mohamed Navee en Mauritanie, qui repose sur l’analyse combinée d’imagerie satellite, de données topographiques et géologiques, pour recenser systématiquement les structures circulaires du pays et évaluer leur potentiel d’origine impactitaire.
Les cratères d’impact en Algérie : état des connaissances
À la date de rédaction de cet article, quatre cratères algériens sont répertoriés dans l’Earth Impact Database (EID) :
1- Tin Bider – structure concentrique à anneaux multiples d’environ 6 km de diamètre, située sur le plateau de Tadmaït, à ≈ 265 km au ENE d’In Salah, au sein des formations crétacées. Ce cratère est décrit pour la première fois par Guillemot, (1962), interprété comme un impact météoritique par Busson, (1972), puis confirmé par Lambert et al., (1980), qui ont mis en évidence du quartz choqué. Une étude plus récente (Kassab et al., 2021) réaffirme l’origine météoritique.
2- Amguid – situé à ≈ 236 km de Tamanrasset, il s’agit d’un cratère circulaire de 550 m de diamètre et de 60 m de profondeur, creusé dans des terrains du Dévonien inférieur de la plateforme saharienne. Karpoff, (1954) fut le premier à signaler l’existence de ce cratère. Une première investigation sur le terrain est réalisée par Jean-Philippe Lefranc le 2 mai 1968, suivie d’une note publiée en 1969. Lambert et al., (1980) fournissent les preuves de son origine météoritique.
3- Ouarkziz – Cratère d’environ 3,5 km de diamètre, situé à 170 km au nord-est de Tindouf, près de la frontière algéro-marocaine. Il est incisé dans des formations carbonifères inférieures. Découvert par Fabre et Greber., (1956) et identifié comme d’origine météoritique par Fabre et al., (1970). Lambert et Lamali., (2009) appellent à des analyses pétrographiques et géochimiques supplémentaires pour confirmer l’impact.
4- Talemzane – forme de dépression circulaire de 1,75 km de diamètre, le plus visité d’Algérie, située à 40 km au sud‑est d’Hassi Delaa (wilaya de Laghouat) dans des roches éocènes. Découvert en 1928, il a d’abord été étudié dans les années 1950 (par Rousseau puis Brady). Karpoff et Brady, (1953) ont été les premiers à proposer une origine d’impact, hypothèse confirmée par Lambert et al. (1980). Des travaux récents contestent ce scénario et proposent d’autres explications.

Fig. 3 : Vues satellitaires des cratères d’impact en Algérie. (a) Tin Bider, (b) Amguid, (c) Ouarkziz, (d) Talemzane.
Résultats de la recherche systématique des structures circulaires en Algérie
Nos investigations des structures circulaires en Algérie, réalisées à l’aide d’imageries satellitaires et de SIG, ont permis de détecter 866 structures, dont une vingtaine était déjà connue. Au départ, l’objectif était d’identifier uniquement les meilleurs candidats à une origine météoritique ; cependant, le projet a rapidement évolué vers un inventaire exhaustif incluant toutes les structures circulaires et quasi‑circulaires du pays, quelles que soient leurs origines (magmatiques, tectoniques, diapiriques, etc.).

Fig. 4 : Distribution des structures circulaires en Algérie.
Nous avons produit trois cartes pour chaque structure : une topographique, une à partir des images Bing/ESRI, et une à partir de la carte géologique couvrant la structure. Une étude morphométrique détaillée a ensuite été menée, au cours de laquelle toutes les grandeurs géométriques ont été calculées. Les structures ont été nommées en fonction de la carte géologique qui les couvre (échelle 1 : 50 000 pour le nord, 1 : 200 000 pour le sud). Lorsqu’une même carte couvre plusieurs structures, le nom est suivi d’un indice numérique correspondant à l’ordre croissant de leur diamètre. Les données collectées lors de la cartographie, de l’analyse morphométrique et les informations géologiques disponibles ont permis d’attribuer à chaque structure une origine plausible.
Cette procédure nous a permis de sélectionner les structures présentant le meilleur potentiel d’impact parmi les 866 identifiées. Deux d’elles, déjà mentionnées par Chabou, (2017), sont Oufrane (d ≈ 2,5 km) et Hassi Chebaba (d ≈ 4,5 km), des cratères complexes fortement érodés. Hassi Chebaba, étudiée et nommée ‘Tabaloulet’ par Mahboubi et al., (2023), montre des traces de métamorphisme de choc et deux types de brèches (calcaire béchique et brèche de retombée), bien que des investigations géophysiques et géochimiques supplémentaires soient nécessaires.

Fig. 5 : Vue satellitaire (Haut) et carte du relief (bas) de (a) Oufrane et (b) Hassi Chebaba.
Notre inventaire, incluant les données morphométriques, lithostratigraphiques et géographiques, est disponible sur Zenodo (Yalla et al., 2025). Une carte interactive des structures identifiées est également mise à disposition sur mon site personnel.
Le nombre de structures circulaires identifiées en Algérie est 16 fois supérieur à celui recensé en Mauritanie ; ce chiffre, bien que impressionnant, reste susceptible d’augmenter avec l’utilisation d’autres méthodes de détection.
Les structures candidates à un impact, sélectionnées dans l’inventaire, doivent être étudiées à l’aide d’analyses structurales, pétrographiques et géochimiques. De même, les cratères déjà répertoriés dans l’EID requièrent des investigations complémentaires.
Enfin, nous appelons à l’extension de cette méthodologie de détection par imagerie satellitaire, à d’autres pays africains, car elle s’avère très efficace pour un balayage à grande échelle, comblant ainsi les lacunes cartographiques et guidant des travaux de terrain ciblés.


Codes Qr de (a) L’inventaire des structures circulaires en Algérie et (b) de carte interactive des structures circulaires en Algérie.
Article rédigé par Yalla Samira
Références
Busson. (1972). Principes, méthodes et résultats d’une étude stratigraphique du Mésozoïque saharien. Mémoires du Muséum National d’Histoire Naturelle, Tome XXVI, 443 p.
Chaabout, S., Chennaoui Aoudjehane, H., Reimold, W. U., Baratoux, D., & Youbi, N. (2015). Prospecting for possible impact structures in Morocco. Journal of African Earth Sciences, 112, 339–352. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2015.08.002
Chabou, M. C. (2017). Two new possible impact structures in the Algerian Sahara. The Fourth Impact Cratering and Astrogeology Conference (AICAC IV), 9-12 April 2017, USTHB, Algiers, Algeria.
Fabre, J., & Greber, C. (1956). Présence d’un cratère de météorite à l’Ouarkziz (Sahara occidental). Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, 242, 2843-2844.
Fabre, J., Kazi-Tani, N., & Megartsi, M. (1970). Le rond de l’Ouarkziz (Sahara nord-occidental), un astroblème. Comptes Rendus Acad. Paris, Sér. D, 270, 1212-1215.
Guillemot, A. (1962). Structures anticlinales circulaires d’origine mal connue. Photo-Interprétation, 929, Technip Éditions, Fascicule 4.
Karpoff, R. (1954). Un cratère de « météorite » à Talemzane dans le Sud algérien. Proceedings CR Congrès Géol. Intern., 233-241.
Karpoff, R., & Brady, L. F. (1953). The meteorite crater of Talemzane in Southern Algeria (cn = + 1002 0041,333). Meteoritics, 1(1), 31-38. https://doi.org/10.1111/j.1945-5100.1953.tb01304.x
Kassab, F., Ferrière, L., & Belhai, D. (2021). Shock-metamorphic microstructures in quartz grains from Albian sandstones from the Tin Bider impact structure, Algeria. Meteoritics & Planetary Science, 56(12), 2273-2280. https://doi.org/10.1111/maps.13766
Lambert, P., & Lamali, A. (2009). Impact structures in Algeria. The 1st Arab Impact Cratering and Astrogeology Conference, Amman, pp. 50-53.
Lambert, P., McHone Jr., J. F., Dietz, R. S., & Houfani, M. (1980). Impact and impact-like structures in Algeria — Part I: Four bowl-shaped depressions. Meteoritics, 15(2), 157-179. https://doi.org/10.1111/j.1945-5100.1980.tb00518.x
Lefranc, J.-P. (1969). Exploration of a meteorite crater at Amguid (Mouydir, central Sahara). Académie des Sciences, Paris, Comptes Rendus, Série D, 268, 900-902.
Mahboubi, M., Mammeri, C., Matsa, T. A., Seddiki, A., Benhamou, M., Zeroual, I., Kheddoum, O., & Mahboubi, S. (2023). Sur la découverte d’un important cratère météoritique dans le Tademaït oriental (Sahara algérien). Bulletin du Service Géologique de l’Algérie, 31(1), 59-78.
Ould Mohamed Navee, E., Baratoux, D., Chennaoui Aoudjehane, H., Si Mhamdi, H., & Raji, M. (2024). Systematic search of circular structures using satellite imagery to identify potential new impact structures in Mauritania. Journal of African Earth Sciences, 105303. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2024.105303
Yalla, S., Chabou, M. C., & Baratoux, D. (2025). Inventory of circular geological structures in Algeria [Data set]. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.17713915
par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Au fil des étoiles
Au Burkina Faso comme de par le monde, chaque année, le début de jeûne musulman commence par l’annonce de la confirmation de l’observation réelle du croissant lunaire. Voir cet astre marque le début du mois sacré du Ramadan. Son observation guide par ailleurs la fixation de la date de fin de ce mois de pénitence.
Voilà déjà cinq ans qu’au Burkina Faso, cette observation qui jadis traditionnelle s’appuie de plus en plus sur l’apport des scientifiques et notamment des astrophysiciens, qui utilisent les connaissances modernes en astronomie pour mieux comprendre et prévoir l’apparition de la lune.
Dans la tradition islamique, le début du Ramadan est déterminé par l’observation du croissant lunaire, visible à l’œil nu ou à l’aide d’instruments optiques. Au Burkina Faso, cette mission est coordonnée par la commission nationale chargée de l’observation de la lune, mise en place par la Fédération des Associations Islamiques du Burkina (FAIB). Les observations se déroulent généralement le 29ᵉ jour du mois de Chaabane, juste après le coucher du soleil.
En collaboration avec l’Observatoire d’astrophysique à l’Université Joseph KI-ZERBO, un pôle du Laboratoire de Physique et de Chimie de l’Environnement (LPCE), les astrophysiciens et la membre de la FAIB vont ensemble à la confirmation de l’observation du croissant lunaire. Les scientifiques burkinabè contribuent aujourd’hui à améliorer les méthodes d’observation de la lune. Grâce aux calculs astronomiques les astronome déterminent les probabilités d’observation, par région. Ils indiquent à la commission d’observation avec précision la position de la lune, sa luminosité en prenant en compte les conditions nécessaires pour qu’elle soit visible depuis une région donnée.
Ainsi l’équipe d’astrophysiciens conduit par le Dr S. Zacharie KAM, composé de ses passionnés étudiants et doctorants engagés dans la promotion de l’astronomie, s’investie au début et à la fin du mois de Ramadan, pour accompagner et donner des arguments scientifiques pour les décisions de la FAIB. De nos jours la confirmation l’observation du croissant lunaire ne repose plus uniquement sur l’œil nu, elle est scientifique avec l’implication d’universitaires utilisant des télescopes et d’autres outils d’astronomie pour faciliter la détection du croissant lunaire. Ces outils permettent d’améliorer la précision des observations et d’accompagner les décisions religieuses. Cette année encore l’équipe était au rendez-vous.
Cette collaboration entre religieux et scientifiques représente une avancée importante, car elle permet de concilier tradition et science tout en consolidant le vivres ensemble des communautés. L’engagement des astrophysiciens burkinabè contribue également au développement de la recherche scientifique dans le pays. À travers des projets de vulgarisation, la création de clubs d’astronomie et la promotion des sciences auprès des jeunes, ils encouragent une nouvelle génération à s’intéresser à l’espace et aux phénomènes célestes.
« Ainsi, l’observation du croissant lunaire pour le Ramadan devient non seulement un moment spirituel pour la communauté musulmane, mais aussi une opportunité de valoriser la science et l’expertise des chercheurs burkinabè. »
Article rédigé par Dr Sié Zacharie KAM, Astrophysicien,
Maître de Conférence à l’Universite Joseph KI-ZERBO du Burkina Faso.

par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Au fil des étoiles
Une présence structurée et ambitieuse
En 2025, le troisième colloque « Astronomie pour l’éducation dans l’espace francophone » a rassemblé chercheurs, enseignants et acteurs de la vulgarisation scientifique autour d’un objectif commun : renforcer l’intégration de l’astronomie dans les systèmes éducatifs francophones et consolider les coopérations internationales.
Organisé dans le cadre du projet Astro-Journeys, l’événement s’est articulé autour de deux temps forts : un workshop pédagogique à la Sorbonne Université et des conférences scientifiques au planétarium d’Épinal.
La participation africaine y a été particulièrement remarquée, tant par la diversité des profils représentés que par la qualité des interventions proposées.
Le workshop : penser l’éducation astronomique ensemble
Le workshop organisé à la Sorbonne s’inscrivait dans la dynamique du projet Astro-Journeys, initiative visant à créer des passerelles entre recherche, éducation et coopération internationale.
Les échanges ont porté sur les « Big Ideas » de l’astronomie et leur intégration progressive dans les curricula scolaires. Les discussions, coordonnées notamment par Emmanuelle Rolland, ont permis de confronter les réalités éducatives de différents pays et d’explorer des solutions adaptées aux contextes locaux.
La délégation africaine a activement contribué à ces travaux, partageant ses expériences de terrain, ses contraintes structurelles et ses initiatives innovantes. Ce moment de co-construction a constitué le socle des collaborations développées lors des conférences à Épinal.

Les conférences : mettre en lumière les dynamiques africaines
Au planétarium d’Épinal, les représentants africains ont présenté des projets illustrant l’évolution rapide de l’astronomie sur le continent.
🔹 Jacob Tolno – Guinée
National Astronomy Education Coordinator de la Guinée et membre du nœud francophone de l’astronomie, Jacob Tolno a joué un rôle central dans la coordination de la participation africaine.
En amont du colloque, il a contribué à l’organisation logistique et à la préparation des présentations africaines.
À Épinal, après avoir introduit les interventions du continent, il a présenté un aperçu global des phénomènes astronomiques et de leur interprétation dans les sociétés traditionnelles africaines. Son intervention a mis en évidence la richesse des savoirs culturels liés à l’observation du ciel et leur potentiel pédagogique dans l’enseignement contemporain.
Sa participation a également permis d’initier des perspectives de collaboration internationale, notamment autour d’un projet scolaire en partenariat avec Vincent Heussaff.
🔹 Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
Astrophysicien et enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Marc Harris Yao Fortune a présenté un état des lieux structuré du développement de l’astronomie en Côte d’Ivoire.
Son intervention a mis en avant les actions menées par l’Association Ivoirienne d’Astronomie : observations publiques, création de clubs scolaires, campagnes de recherche d’astéroïdes impliquant des élèves et organisation de conférences scientifiques.
Il a également souligné les ambitions institutionnelles visant à renforcer les infrastructures de recherche et à inscrire durablement les sciences spatiales dans les priorités académiques nationales. Son exposé a illustré une dynamique articulant recherche, formation et vulgarisation.

– Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
– Jacob Tolno – Guinée
(de la droite vers la gauche)
🔹 Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie
Enseignant-chercheur à l’Université de Nouakchott et président de l’Association Mauritanienne pour l’Astronomie, Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee a présenté un poster consacré à la Conférence Internationale sur les Météorites et l’Astronomie (ICMA) organisée en Mauritanie.
Cette initiative marque une avancée significative pour les sciences planétaires en Mauritanie. Elle vise à renforcer la coopération scientifique internationale dans l’étude des météorites et des cratères d’impact, tout en favorisant la formation de jeunes chercheurs africains.
Son intervention a souligné l’importance de structurer des plateformes scientifiques régionales capables d’attirer des collaborations internationales et de valoriser les ressources géologiques du continent dans une perspective planétologique.

Prudence Ayivi – Bénin
Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
Jacob Tolno – Guinée
Chaima Bhibah – Tunisie
Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie
(de la droite vers la gauche)
🔹Prudence Ayivi – Bénin
Fondateur du Sirius Astro-Club et coordonnateur adjoint pour l’éducation au sein de l’Union Astronomique Internationale au Bénin, Prudence Ayivi a présenté les actions éducatives développées dans son pays.
Son intervention a mis en lumière les ateliers pédagogiques, les observations publiques, les programmes de sensibilisation scolaire et la structuration progressive d’un réseau national d’astronomie. Il a démontré que l’engagement associatif peut constituer un moteur puissant pour démocratiser les sciences de l’espace dans des contextes où les infrastructures restent limitées.

Prudence Ayivi – Bénin
🔹 Chaima Bhibah – Tunisie
Élève ingénieure en génie des procédés chimiques et astronome amateure de la Société astronomique de Tunisie, engagée depuis plusieurs années dans la vulgarisation scientifique, Chaima Bhibah a présenté un support pédagogique intitulé « Le Tableau Périodique Cosmique ».
Son intervention proposait une relecture du tableau périodique à la lumière de l’astrophysique moderne, expliquant l’origine cosmique des éléments chimiques, depuis le Big Bang jusqu’aux processus de nucléosynthèse stellaire et aux explosions de supernovas.
En établissant un lien direct entre chimie et astrophysique, elle a montré comment l’enseignement des éléments chimiques peut être enrichi par une perspective cosmique, permettant aux élèves de comprendre que la matière étudiée en laboratoire trouve son origine dans l’histoire de l’Univers..

Chaima Bhibah – Tunisie
Une présentation conjointe : l’Observatoire de Besely pour l’Éducation
Prudence Ayivi et Chaima Bhibah ont également co-présenté l’Observatoire de Besely pour l’Éducation, observatoire robotisé installé à Madagascar.
Prudence Ayivi a exposé les caractéristiques techniques et scientifiques de l’infrastructure, tandis que Chaima Bhibah en a assuré la démonstration pratique en pilotant à distance le télescope en temps réel.
Cette présentation conjointe a illustré concrètement l’accessibilité des outils scientifiques modernes aux établissements scolaires africains.

🔹 Autres contributions africaines
La participation africaine a également été marquée par la présence de Ratiba Sahoui, enseignante-chercheuse en planétologie à l’Université des Sciences et de la Technologie Houari-Boumédiène (Algérie), dont l’expertise académique a renforcé la dimension scientifique nord-africaine du colloque.
Denison Yewadan Togbe, cofondateur du Sirius Astro-Club et ingénieur en physique, a également contribué aux échanges, notamment sur les aspects scientifiques et techniques des projets éducatifs portés par l’association.

Conclusion
La participation africaine à AstroEdu 2025 ne s’est pas limitée à une représentation symbolique. Elle a révélé une dynamique structurée, ambitieuse et collaborative.
Entre réflexion pédagogique à la Sorbonne et présentations scientifiques à Épinal, le continent a affirmé sa capacité à proposer des initiatives concrètes, à développer des partenariats internationaux et à inscrire l’astronomie comme levier éducatif stratégique.
AstroEdu 2025 aura ainsi constitué une étape significative dans la consolidation d’un réseau panafricain engagé dans le développement des sciences de l’Univers.
Article rédigé par Chaima Bhibah | Société Astronomique de Tunisie (SAT)
par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Spatial
La deuxième étape du programme pour le grand retour américain sur la Lune est engagée. Le vaisseau Orion, avec quatre astronautes à son bord, fera prochainement le tour de notre satellite, préparant ainsi l’étape suivante qui sera celle de l’alunissage.
À l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas la date exacte du lancement du vaisseau lunaire de la mission Artemis II, mais elle est sans doute très proche, ou même accomplie au moment où vous lisez cet article. En effet, le 9 janvier dernier, la Nasa a annoncé qu’elle se situe entre le 6 février et le 6 avril 2026. La mission Artemis II s’inscrit dans le programme Artemis [1], décidé en 2017 par le président Trump avec pour objectif le retour d’humains sur la Lune d’ici à 2028. Des contraintes budgétaires et des complications techniques ont retardé la mise en œuvre du programme.
La première étape, Artemis I, qui était un test du vaisseau Orion non habité sur une orbite lunaire haute, a eu lieu en novembre 2022 seulement (lire l’article d’Olivier de Goursac, dans l’Astronomie no 161 de juin 2022).
La deuxième étape, Artemis II, est le premier vol d’essai habité du vaisseau Orion (prévu initialement en 2024). Lancé par la fusée SLS [2], depuis le Kennedy Space Center en Floride, le vaisseau fera le tour de la Lune puis reviendra sur Terre après un voyage d’environ dix jours. Ce trajet de retour en trajectoire libre rappellera celui d’Apollo 13 dans les conditions dramatiques que l’on sait en raison de l’explosion d’un réservoir d’oxygène. Le vaisseau spatial Orion a été baptisé « Integrity » par les quatre membres de l’équipage de ce vol : trois astronautes américains, dont une femme, et un canadien. La féminisation du programme Artemis est ainsi confirmée par la présence de Christina Koch, astronaute expérimentée avec 328 jours dans l’ISS [2] et la première sortie spatiale extravéhiculaire féminine. Les autres astronautes sont les Américains Reid Wiseman et Victor Glover, et Jeremy Hansen, premier Canadien pour une mission lunaire.
Le vaisseau Orion reprend l’architecture du vaisseau Apollo avec ses trois parties : une capsule conique contenant l’habitacle pour l’équipage, au-dessus la tour de sauvetage utilisée en cas de risque d’explosion lors du lancement, et en dessous le module de service dans lequel est rassemblé tout ce qui n’est pas nécessaire au retour sur Terre. L’espace habitable, de presque 19 m3, est plus vaste qu’il l’était dans Apollo. Le module de service, fourni par l’Esa, est une version actualisée et améliorée de l’ATV [2], véhicule qui a été utilisé pour faire des liaisons entre la Terre et l’ISS entre 2008 et 2015.
La troisième étape, Artemis III, est prévue en 2027. Ce sera le deuxième vol habité d’Orion, avec encore un équipage de quatre astronautes, dont une femme. Deux d’entre eux réaliseront une mission sur la Lune tandis que les deux autres resteront à bord d’Orion.
Lors de missions ultérieures, les astronautes amarreront Orion à la station spatiale Gateway, qui orbitera autour de la Lune de façon permanente et dont le lancement, en trois composantes qui viendront se compléter, est prévu pour 2027, 2028, 2030. Cette station sera essentielle pour l’exploration humaine durable de la Lune et pour préparer les premières missions humaines vers Mars, ce qui est l’ambition affichée à long terme.
Article écrit par Marie-Claude PASKOFF | Société astronomique de France
Notes
1. À propos du nom Artemis, lire l’article de M.-C. Paskoff dans l’Astronomie no165 (nov. 2022).
2. SLS pour Space Launch System; ISS pour International Space Station; ATV pour Automated Transfer Vehicle.
Illustrations