par Petank SORO | Juil 1, 2026 | Actualités
Le spatial africain est en plein essor depuis quelques années, avec plus de 18 nations spatiales et 63 satellites en orbite. L’Égypte abrite également le siège de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), inauguré le 20 avril 2025. Tout cela grâce aux efforts d’acteurs africains, qui, depuis plusieurs années, contribuent au développement économique et social de l’Afrique par le spatial.

Sékou Ouedraogo, président de l’AASO
C’est dans ce même esprit que l’African Aeronautics & Space Organisation (AASO) organise tous les deux ans les African Aeronautics & Space Innovation Trophy (ASIT), un événement permettant de récompenser des acteurs africains ou issus de la diaspora pour avoir contribué à l’avancement de l’Afrique dans le domaine de l’aéronautique et/ou du spatial. Le lauréat de cette quatrième édition est le Dr Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), pour ses efforts afin de promouvoir le secteur spatial africain. Cette cérémonie s’est déroulée au musée de l’air et de l’espace, au Bourget, Paris, le 25 mars dernier.
Le trophée a été remis par Sékou Ouedraogo, le président de l’AASO. L’ASIT a également pour but de réunir les acteurs du spatial africain ainsi que ses partenaires internationaux. Des tables rondes dédiées à l’aéronautique « Qui fera voler l’Afrique de demain ? » ainsi que sur le spatial ont permis de faire un état des lieux du spatial africain et d’avoir un retour d’expérience sur les projets de coopération.

Dr. Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA)
Ce rendez-vous permet également d’inspirer et d’encourager l’innovation et les initiatives liées aux activités aérospatiales, qui peuvent être un véritable levier de développement. Cela a été particulièrement visible lors des discussions, où les applications spatiales sont apparues comme un enjeu central pour l’industrie africaine actuelle. L’exploitation des données satellitaires permet en effet de répondre à des questions de société comme la sécurité alimentaire ou la surveillance des forêts et des zones stratégiques, tout en posant la question de la souveraineté. Sur ce dernier point, les intervenants de SaH Analytics International ont rappelé qu’il n’est pas nécessaire de tout détenir en interne, mais qu’il est essentiel de disposer d’une infrastructure de données et de former les personnes capables de l’exploiter. Le développement d’un CubeSat a notamment été présenté comme un bon point de départ pour démontrer cette nécessité de souveraineté.
La question du financement est revenue à plusieurs reprises : pour convaincre les décideurs et bailleurs, les pays doivent démontrer le retour sur investissement de leurs projets, en s’appuyant sur un plan d’affaires solide. Commencer par de petites démonstrations via des CubeSats a été cité comme une stratégie efficace pour bâtir, à terme, une véritable agence spatiale nationale.

Les retours d’expérience (GaindeSat au Sénégal, AGEOS au Gabon, NigeriaSat avec le Nigeria) ont par ailleurs souligné un même fil conducteur : au-delà des accords signés avec des partenaires internationaux (CNES, IRD, agences américaines), c’est la formation d’ingénieurs locaux et le transfert de technologies qui constituent la véritable valeur ajoutée de ces coopérations, à condition qu’elles restent alignées sur les priorités nationales. Enfin, la mutualisation des ressources entre pays africains et une bonne compréhension du cadre juridique international ont été identifiées comme des leviers essentiels pour structurer durablement le secteur.
Au vu de cette édition, le spatial africain semble promis à un bel avenir. Cela demandera toutefois une véritable unité entre les pays africains, ainsi qu’une mise en commun des ressources, pour atteindre cet objectif partagé.
Article écrit par Mializo RAZANAKOTO
par Petank SORO | Juil 1, 2026 | Actualités
Dakar, Sénégal – Le samedi 28 février, les jardins de l’Institut français de Dakar se sont métamorphosés en un véritable observatoire à ciel ouvert à l’occasion de la deuxième édition de « Constellations et Cosmogonies », un événement organisé durant le mois de Ramadan la deuxième édition cette année. Dans une atmosphère conviviale et inspirante, cette rencontre a offert au public une expérience unique mêlant sciences, arts et spiritualités autour de l’observation du ciel.
Dès la tombée de la nuit, les participants ont été invités à lever les yeux vers les étoiles pour redécouvrir l’immensité de l’univers et les récits qui l’accompagnent. À travers des échanges, des observations astronomiques et des moments de partage, l’événement a permis de créer un dialogue entre les connaissances scientifiques modernes et les riches traditions culturelles africaines liées au cosmos.
Sous la voûte étoilée, chercheurs, artistes, passionnés d’astronomie et curieux se sont réunis dans un même élan de découverte. Les télescopes installés dans les jardins ont suscité l’émerveillement des visiteurs, offrant une occasion rare d’observer les merveilles du ciel nocturne. Ces moments d’observation ont été accompagnés de discussions autour des constellations, des récits fondateurs et des différentes représentations du monde présentes dans les cosmogonies africaines.

Maram Kaire président de l’ASPA en pleine séance d’observation du ciel avec le public.
L’événement a également mis en lumière l’importance du dialogue entre les disciplines. En associant sciences, arts et spiritualités, « Constellations et Cosmogonies » a démontré que la connaissance peut être à la fois rigoureuse, accessible et porteuse d’émotions. Les échanges ont permis aux participants de mieux comprendre les liens qui unissent l’humanité à l’univers tout en valorisant les savoirs et les imaginaires du continent africain.
Entre séances d’observation, moments de convivialité autour du traditionnel ndogou et conversations passionnées, la soirée a offert un cadre propice à la rencontre et à la réflexion. Elle a rappelé que la transmission du savoir peut également être un acte de partage, de contemplation et de poésie.

Omar Diouf membre de l’ASPA avec le pubic.

Malcolm Diallo membre de l’ASPA en mode réglages du télescope avant la séance d’observation.
Cette deuxième édition a connu un franc succès grâce à l’engagement des intervenants, des artistes, des partenaires et de l’ensemble des participants. Ensemble, ils ont contribué à faire de cette nuit une célébration de la curiosité, de la connaissance et du vivre-ensemble.

Les panelistes de la soirée « CONSTELLATIONS ET COSMOGONIES »

Baidy Demba Diop Secrétaire général chargée de la formation de l’ASPA lors de l’atelier d’animation en astronomie en ouverture de la soirée.

Moment de partage lors de la rupture du jeûne communément appelé (Ndogou au Sénégal)
À travers cette initiative, l’Institut français de Dakar confirme sa volonté de créer des espaces de dialogue et d’ouverture où les sciences et les cultures se rencontrent pour nourrir de nouvelles perspectives. Une expérience enrichissante qui a transformé, le temps d’une soirée, les jardins de l’Institut en un véritable champ de possibles et de constellations humaines.
Article écrit par Malcom Diallo | Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA) d’Etudes Spataiales (ASES)
par Petank SORO | Juil 1, 2026 | Actualités
Le 02 mai 2026, Salma Sylla devient la première docteure en Astrophysique de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD) et du Sénégal.
Salma Sylla a suivi une formation de physicienne, au sein du département de Physique de l’Université Cheikh Anta Diop et de l’ITNA (Institut de Technologies Nucléaires Appliquées). Son parcours a été marqué par un engagement de longue date au sein de l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA) au sein de laquelle elle a pu bénéficier de soutiens nationaux et internationaux, et d’un environnement favorable à la poursuite de ses rêves astronomiques !
Cette thèse est le fruit d’une collaboration internationale entre l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) , l’Université d’Anvers en Belgique, le CNRS (Observatoire de Paris) et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) en France et l’Observatoire de l’Oukaïmeden au Maroc. Elle a été initiée dans le cadre du programme de l’Initiative Africaine pour le Développement des Sciences Planétaires et Spatiales (AFIPS, https://africapss.org/), visant à renforcer les capacités africaines dans les domaines de l’astronomie et des sciences spatiales. Elle s’est aussi déroulée dans le sillage des missions d’occultation stellaire menées par l’ASPA pour la NASA au Sénégal, portée ainsi par une dynamique positive pour le développement des sciences spatiales au Sénégal. Son doctorat a été encadré par Prof. Ababacar Sadikhe Ndao (UCAD) et François Colas (Obs. Paris), avec les collaborations de Katrien Kolenberg (Univ. Anvers), Zouhair Benkhaldoun (Univ. Cadi Ayyad), David Baratoux (IRD, Toulouse), et Alain Klotz (IRAP, Toulouse).
Les recherches ont porté sur l’étude de deux catégories de phénomènes transitoires en astrophysique. Le premier phénomène concerne les flashs d’impact observés sur Jupiter, tandis que le second traite de la binarité des étoiles variables de type RR Lyrae. Bien que relevant d’échelles très différentes, planétaire pour les impacts sur Jupiter et stellaire pour les RR Lyrae, ces phénomènes ont en commun la variation de luminosité qu’ils produisent.
Les phénomènes transitoires peuvent présenter des variations lumineuses périodiques, comme celles observées chez les étoiles variables ou lors des transits planétaires utilisés dans la détection d’exoplanètes, ou non périodiques, comme dans le cas des flashs d’impact sur Jupiter.
L’étude des impacts sur Jupiter vise à mieux comprendre le taux d’occurrence des collisions entre les planètes géantes et leurs satellites et les astéroïdes rocheux ou glacés dans le Système solaire externe. Ces informations sont essentielles pour la datation des surfaces rocheuses ou glacés des objets du Système Solaire externe (satellites de Jupiter ou de Saturne, surface de Pluton, etc…).
Concernant les étoiles RR Lyrae, les travaux ont permis d’identifier et de caractériser de nouvelles candidates binaires. L’étude de ces systèmes revêt une importance particulière, car elle permet, grâce à l’application des lois de Kepler, de déterminer directement la masse des étoiles compagnes. Ces mesures constituent un élément clé pour améliorer notre compréhension de l’évolution stellaire et des propriétés physiques des étoiles variables..
Objectif
Les deux phénomènes étudiés dans cette thèse présentent une complémentarité méthodologique importante. Leur analyse repose sur un outil commun : l’exploitation de séries temporelles permettant de détecter, caractériser et modéliser des signatures transitoires.
Les travaux poursuivent un double objectif scientifique. D’une part, l’étude des flashs d’impact sur Jupiter contribue à améliorer notre connaissance de la population des petits corps du Système solaire, tels que les astéroïdes et les comètes, ainsi que de leur fréquence de collision avec les planètes géantes. Ces informations sont essentielles pour mieux comprendre l’histoire collisionnelle du Système solaire.
D’autre part, l’analyse détaillée des variations de période des étoiles RR Lyrae permet d’identifier de nouvelles candidates binaires. La découverte et la caractérisation de tels systèmes constituent une étape importante pour mieux comprendre les propriétés physiques et l’évolution de ces étoiles pulsantes, qui jouent un rôle majeur dans la mesure des distances astronomiques et l’étude de la structure de notre Galaxie.
À travers ces deux axes de recherche, cette thèse met en évidence l’importance des phénomènes transitoires comme outils d’exploration de l’Univers, depuis les petits corps du Système solaire jusqu’aux étoiles variables de notre Galaxie.
Flashs d’impact : Etude de la matière interplanétaire
Les flashs d’impact sont des phénomènes transitoires non périodiques se manifestant par une brève augmentation de luminosité. Ils sont produits lorsqu’un météoroïde, généralement issu de la fragmentation d’un astéroïde ou d’une comète, pénètre à grande vitesse dans l’atmosphère planétaire et y libère une importante quantité d’énergie.
La durée de ces événements est très courte, généralement comprise entre 0,5 et quelques secondes

Figure 1 : Nature des corps impacteurs
Ces phénomènes se manifestent suivant deux mécanismes, la rentrée atmosphérique qui se produit aux voisinages des corps dotés d’une atmosphère comme Vénus, la Terre, Mars, Titan, ou Jupiter, ou l’impact au sol qui concerne les objets dépourvus d’atmosphère comme la lune, Mercure, ou certains satellites des planètes géantes, ou lorsque le météroïde est assez gros pour survivre à la rentrée atmosphérique (Mars/Terre/Vénus).
Un exemple de rentrée atmosphérique très connu est celle de l’impact de Schomaker Levy 9 observé en 1994 sur Jupiter par plusieurs astronomes avec des télescopes au sol.

Figure 2 : Impact de la comète Schomaker Levy 9 sur Jupiter, observé en 1994 par le télescope 1 m du Pic du Midi.
Cette étude s’intéresse exclusivement aux impacts produits par des objets de taille moyenne, dont le diamètre varie de quelques centimètres à quelques dizaines de mètres. Ces événements sont détectés grâce à des observations réalisées à l’aide de télescopes au sol de diamètre modéré.
Les travaux portent plus particulièrement sur les impacts observés sur Jupiter. Ce choix s’explique par le fait que, en raison de sa masse considérable et de sa forte attraction gravitationnelle, Jupiter est la planète du Système solaire qui intercepte le plus grand nombre d’objets interplanétaires. Elle joue ainsi un rôle de laboratoire naturel pour l’étude des phénomènes d’impact.
Entre 2010 et 2025, treize flashs d’impact ont été détectés sur Jupiter par des astronomes professionnels et amateurs. Ces événements ont été attribués à des objets dont le diamètre est estimé entre 5 et 35 mètres, pénétrant dans l’atmosphère jovienne à des vitesses pouvant atteindre environ 60 km/s. L’analyse de ces impacts permet d’améliorer notre compréhension du flux de petits corps dans le Système solaire externe.
Les données exploitées dans le cadre de cette étude proviennent de trois plateformes d’observation complémentaires. Plusieurs campagnes d’observation ont été menées à l’Observatoire de l’Oukaïmeden, au Maroc, à l’aide de télescopes de 11 et 14 pouces de diamètre, ainsi qu’à l’Observatoire du Pic du Midi, en France, où un télescope de 1 mètre a été utilisé.
En plus de ces données, des observations issues du réseau de collaboration scientifique entre astronomes amateurs et professionnels appelé DeTeCt ont été exploitées.
(http://www.astrosurf.com/planetessaf/doc/project_detect.php)

Figure 3 : Dispositif expérimental à l’Observatoire de l’Oukaïmeden

Figure 4 : Télescope 1 m (T1M) du Pic du Mdi
Pour la recherche de flashs d’impact l’ensemble des données sont analysées suivant la technique de la photométrie différentielle où une image de référence constituée de l’addition des différentes images lumineuses est soustraite d’une image moyenne afin d’avoir une image avec un fond sombre.
Le traitement produit une image résiduelle dont le fond est fortement atténué, facilitant ainsi la détection d’événements lumineux transitoires.

Figure 5 : algorithme de la photométrie différentielle
Les observations réalisées sur Jupiter et Saturne ont permis d’analyser plusieurs années de données. Bien que de nombreuses fausses détections aient été identifiées, ce résultat est cohérent avec les expériences menées par d’autres programmes internationaux. Les flashs d’impact sont des phénomènes extrêmement rares : le réseau DeTeCt a analysé plus de 8 000 vidéos sans détection confirmée, tandis que certains observateurs expérimentés ont dû cumuler plusieurs dizaines, voire centaines d’heures d’observation avant de détecter un seul événement. Ces résultats mettent en évidence la difficulté de la recherche de flashs d’impact et l’importance des observations de longue durée.

Figure 6 : Fausse détection sur Jupiter

Figure 7: Fausse détection sur Saturne
L’étude a permis de préciser la fréquence d’occurrence (1 par an), révélant une activité plus soutenue qu’anticipée.
Ces résultats mettent en évidence la nécessité de multiplier les réseaux de collaboration pour mieux contraindre le taux de flashs d’impact sur les planètes géantes. Beaucoup d’espoirs sont également placés sur les nouvelles missions telles que JUNO (2016), JWST (2021), LSST (2024).JUNO depuis son lancement a découvert 11 flashs dans les hautes couches de Jupiter, dans la bande UV.
Etoiles RR Lyrae : Etude de la binarité
Les étoiles RR Lyrae sont des étoiles dont l’éclat varie régulièrement au cours du temps. Cette variation est due à des pulsations : l’étoile se contracte puis se dilate de façon périodique. Ces étoiles occupent une région particulière du diagramme de Hertzsprung-Russell, appelée bande d’instabilité, où les conditions physiques favorisent ces cycles de pulsation. Grâce à leur comportement régulier, elles jouent un rôle important dans l’étude de la structure et de l’évolution de notre Galaxie.
Les étoiles RR Lyrae présentent des périodes de pulsation comprises entre 0,5 et 1,2 jour. Ces pulsations sont de nature radiale et sont maintenues par le mécanisme κ (kappa), lequel repose sur les variations d’opacité dans les zones de l’étoile où l’hélium (He⁺) et l’hydrogène sont partiellement ionisés.

Figure 9 : Mécanisme Kappa (Thèse Salma, mai 2026)
Les étoiles RR Lyrae sont des étoiles pulsantes dont la variabilité lumineuse est caractérisée par des cycles de pulsation réguliers. Leur période de pulsation est comprise entre 0,5 et 1,2 jour. Ces oscillations sont de nature radiale et sont entretenues par le mécanisme κ (kappa), qui repose sur les variations d’opacité dans les zones partiellement ionisées de l’hélium (He⁺) et de l’hydrogène.
Au-delà de ce phénomène de pulsation, certaines étoiles RR Lyrae présentent une modulation à plus longue échelle temporelle, connue sous le nom d’effet Blazhko. Celui-ci se manifeste par une modulation d’amplitude et de phase susceptible de modifier la forme du signal lumineux, et peut parfois mimer ou masquer d’autres variations temporelles, telles qu’un décalage périodique attribuable à la présence d’un compagnon stellaire.
Dans ce contexte, les travaux menés sur les RR Lyrae visent à analyser les différentes causes possibles de variation de la période, notamment les effets liés à la binarité. Pour ce faire, les données de la base du GEOS (Groupe Européen d’Observations Stellaires) sont utilisées. Cette base constitue une ressource majeure pour l’étude des RR Lyrae.
Les observations dans GEOS sont réalisées à l’aide de télescopes de petit et moyen diamètre (20 à 50 cm), permettant d’atteindre une précision photométrique suffisante pour l’étude fine des variations temporelles.
La recherche de binarité est menée sur un cas d’étude spécifique, l’étoile V1109 Cas, une RR Lyrae. L’analyse du diagramme O–C, construit à partir de neuf années d’observations, met en évidence une modulation de type Blazhko, caractérisée par une forte dispersion des résidus O–C ainsi que des déviations systématiques. Ces signatures peuvent suggérer la présence d’une modulation supplémentaire, potentiellement compatible avec l’hypothèse d’un compagnon stellaire et donc d’un système binaire.
La méthodologie adoptée pour la recherche de compagnon repose sur l’analyse des diagrammes O–C, construits à partir de l’effet de temps de parcours de la lumière (LTTE, Light Travel Time Effect).
Afin d’affiner l’analyse, de nouveaux diagrammes O–C ont été recalculés à partir de courbes de lumière actualisées, permettant ainsi de mieux distinguer les différentes contributions aux variations de période, notamment celles liées aux phénomènes intrinsèques de pulsation et aux effets orbitaux.
Dans le cas où une signature de binarité est suspectée, l’analyse conduit à une optimisation des paramètres orbitaux du système. Cette modélisation permet d’estimer les caractéristiques physiques du compagnon, notamment sa masse.
L’étude de cas de 9 années d’observation de V1109 Cas, comme candidate binaire et étoile RR Lyrae avec un effet Blazhko, a permis de contraindre les différentes causes possibles de variation des diagrammes O-C.
La nouvelle méthode développée permet de séparer les différentes causes de variation de période pour des étoiles modulées à travers l’exploitation des diagrammes O-C.
Le résultat de l’analyse publié dans la revue internationale Astronomy and Astrophysics (https://www.aanda.org/articles/aa/pdf/2024/11/aa50674-24.pdf) montre qu’une rupture de période est une explication plus probable de la variation de la période, cependant une possible binarité n’est pas exclue.
Les résultats de la binarité démontrent une période orbitale de 17 ans, une orbite excentrique et une masse minimale du compagnon de 0.43 masse solaire, une valeur plausible pour un compagnon invisible (valeur compatible avec une naine rouge).
Un suivi photométrique et spectroscopique est recommandé dans les années à venir pour une validation d’un compagnon binaire de V1109 Cas.
Une soutenance devant une large audience composée de personnalités scientifiques remarquables
La soutenance s’est tenue devant un jury international composé de Professeurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), notamment Ababacar Sadikhe, Gayane Faye, Ndeye Arame Boye Faye et Ahmadou Thierno Gaye. Le jury comprenait également Zouhair Benkhaldoun (Université Cadi Ayyad, Maroc), Ines Godonou Salako (Université Nationale d’Agriculture, Bénin), François Colas (Directeur de Recherche à l’Observatoire de Paris, France), ainsi que Katrien Kolenberg (Université d’Anvers, Université Libre de Bruxelles et KU Leuven, Belgique).
La présentation a réuni un large public scientifique et institutionnel, incluant des acteurs clés de l’initiative spatiale sénégalaise, tels que le Professeur Mary Teuw Niane, ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et Maram Kaïré, Directeur de l’Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES), qui porte depuis plusieurs années le projet d’observatoires astronomiques au Sénégal. Plusieurs organisations impliquées dans le déroulement de ce doctorat, et plus généralement la promotion des sciences et des STEM en Afrique étaient également représentées, notamment l’IRD, l’ASPA, l’AFSTech/Sénégal et l’OWSD/Sénégal, ainsi que des directeurs nationaux, des députés de l’Assemblée nationale et de nombreux étudiants en sciences.
Par ailleurs, plusieurs collaborateurs internationaux ont suivi la soutenance en ligne, parmi lesquels David Baratoux (Institut de Recherche pour le Développement, IRD) et Sylvain Bouley (Université Paris-Saclay), tous deux impliqués dans les thématiques des flashs d’impact, ainsi qu’Alain Klotz (Institut d’Astrophysique de Toulouse), collaborateur dans le domaine des étoiles variables.
Enfin, la soutenance a bénéficié d’une large couverture médiatique, relayée par plusieurs presses locales et différentes plateformes en ligne.
Cette première thèse en astrophysique soutenue à l’UCAD marque une avancée majeure pour le développement de la recherche en astronomie et en sciences spatiales au Sénégal. Elle illustre également l’importance des collaborations internationales et des mécanismes de financement dans la formation d’une nouvelle génération de chercheurs africains dans ces disciplines stratégiques.

Figure 11 : Images de la soutenance (crédits, photographe UCAD II )
Remerciements
Les travaux ont bénéficié du soutien de plusieurs organismes de financement. La Fondation Father Louis Bryns a accordé une bourse ayant permis un séjour de formation en Belgique afin d’acquérir les bases fondamentales en astrophysique nécessaires au démarrage du doctorat, le programme VLIRUOS a permis de mener d’autres visites en Belgique tout au long du doctorat. La bourse d’excellence du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) du Sénégal a contribué au financement des études doctorales. Des visites scientifiques à l’Observatoire de Paris et à l’Observatoire du Pic du Midi ont été rendues possibles grâce à une bourse du Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France. Enfin, les campagnes d’observation menées à l’Observatoire de l’Oukaïmeden ont été soutenues par une subvention de l’Organisation pour les Femmes en Science pour le Monde en Développement (OWSD).
Article écrit par Salma Sylla & David Baratoux
par Petank SORO | Juil 1, 2026 | Actualités, Sur le Terrain
Du 25 au 27 Avril 2026, l’association guinéenne d’astronomie a entamé une tournée en province.

Trois membres de l’Astrassociation Guinéenne d’Astronomie : Jacob TOLNO, Adam ZAYATTE et OURY Stephane BAH
La délégation était composée de trois membres ; Jacob TOLNO, Adam ZAYATTE et OURY Stephane BAH.
Dans la région foutanienne qui héberge un grand centre universitaire, cette délégation a été reçue à bras ouverts.
La visite ciblait trois axes prioritaires :
- L’instauration de l’astronomie dans les cursus académiques de la Guinée.
- La collaboration nationale.
- La préparation du colloque de l’astronomie pour l’éducation dans l’espace francophone.
Tout d’abord, la mission a pris soin de visiter les écoles primaires en rentrant en contact avec leurs responsables afin de s’enquérir des réalités scolaires régionales. Elle fut très trop marquée par un constat alarmant ; un grand nombre d’élèves inscrits dans les écoles publiques et privées, mais très peu d’enseignants et les places sont insuffisantes. L’enseignement est tourné vers la mémorisation des contenus pédagogiques. Un seul laboratoire pout toutes les écoles et les toutes les Universités de la ville. L’association, à travers ses émissaires, cherche à remédier cette situation avec la mise en place d’un partenariat et l’ouverture d’une école de formation des formateurs.

Puis, revenant à leur objectif prioritaire, la délégation a fait la première présentation le 25 Avril à l’Université AMADOU DIENG devant les étudiants, enseignants et responsables de ladite Université.
Le conseil académique a proposé l’insertion de l’Astronomie en Licence 1 dès l’année prochaine.

Ensuite, les valises furent posées à l’Université HAFIA. Le Vice-Recteur, DR SOUOROMOU a regroupé 50 étudiants de chaque département, tous les enseignants chercheurs et les doyens de facultés. Dans l’Amphithéâtre des sciences et de l’innovation.

En sa présence, Jacob a fait une brève présentation de l’astronomie avec comme thème: Introduction à l’astronomie : aperçu général et perspectives d’intégration de l’astronomie dans les curricula universitaires de la guinée.

Les échanges furent fructueux et ont ouvert la voie aux discussions d’une formation complète en astrophysique et de la possibilité d’accueillir une partie du colloque.

Très enthousiastes ; les responsables ont aussitôt adhéré à notre l’association et se montrés très motivés à construire un pont scientifique avec le bureau de l’Astronomie pour l’éducation.
Article écrit par Jacob TOLNO │ Association Guinéenne d’Astronomie
par Petank SORO | Juil 1, 2026 | Actualités, Au fil des étoiles
Chaque année, la ville de Constantine, en Algérie, lève les yeux vers le ciel. Depuis l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST, des centaines de visiteurs débarquent — souvent pour la première fois de leur vie — devant l’immensité de l’univers. Ce rendez-vous, c’est le Festival National d’Astronomie Populaire. Cette année, il en est à sa 21e édition.

Figure 1 Le lieu du festival : le bâtiment du CERIST (Unité de Recherche en Médiation Scientifique), Technopôle, Plateau de Constantine
Le Festival d’Astronomie Populaire en bref
Tout commence en 2001. L’association Sirius sous la houlette de son président, le Pr. Jamal Mimouni, jette les bases de ce qui va devenir, au fil des années, le plus grand et le plus régulier évènement d’astronomie en Afrique. L’objectif principal est de rendre l’astronomie accessible au grand public. Et Constantine, avec son passé de carrefour dans le nord-est algérien, s’imposait comme une évidence pour accueillir la chose.
Édition après édition, le festival a pris une ampleur qui dépasse de loin le cadre local. On y croise aujourd’hui des associations du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d’Europe.
Le programme tourne autour de trois grands axes. D’abord les conférences et ateliers, portés à la fois par des professionnels et des clubs amateurs. Ensuite les observations nocturnes — le grand public peut enfin mettre l’œil dans un télescope. Et puis il y a la table ronde, qui chaque année creuse le thème central de l’édition avec un panel d’experts. Vingt-six ans plus tard, le rendez-vous n’a pas dévié d’un degré.
21e édition : au cœur des pouponnières d’étoiles
Le thème de cette année s’intitule : « Nébuleuses, pouponnières cosmiques des étoiles. » Les nébuleuses, ces nuages de gaz et de poussière où naissent les étoiles. Un sujet pointu pour un festival grand public — mais les organisateurs ont tenté le pari.
Le rendez-vous s’est tenu du 30 avril au 2 mai 2026 au Technopôle de l’université Salah-Boubnider (Constantine 3), dans l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST. Selon un compte rendu paru dans La Voie d’Algérie au lendemain de l’événement, le festival a réuni plus de 1500 participants sur les trois jours, venus de 15 wilayas et de dix pays, rapportait de son côté L’Est Républicain.

Figure 2: L’affiche officielle de la 21ᵉ édition du Festival de l’Astronomie Populaire de Constantine
Parmi les invités, on note Abdelhafidh Teyahi de la Société tunisienne d’astronomie, Philippe Morel, président de l’observatoire Charles Fehrenbach de France, Joseph Alan Wise du projet PANOPTES — World Initiative de Los Angeles, Djounai Baba Aissa du CRAAG d’Alger, Susan Hunter, militante pour la préservation du ciel nocturne en Grande-Bretagne, Giovanni Mirouh de l’Université de Grenade en Espagne, et Anne Chamberlain de l’observatoire de Hawaii. Des participants arabes venus de Mauritanie, de la RASD et de Palestine étaient également présents, aux côtés des institutions et clubs d’astronomie algériens.
Le programme s’articulait autour de trois journées bien remplies.
Ça a commencé le jeudi 30 avril avec l’inauguration à 10h, suivie de la visite des expositions et des stands, puis d’une série de conférences avec des intervenants d’institutions algériennes et étrangères. Une observation solaire était également au programme.

Figure 3 Message de Willy Benz, président de l’Union Astronomique Internationale (IAU)
Voir la vidéo

Figure 4 L’espace des expositions

Figure 5 Quelques activités de la 21e édition
Le lendemain, vendredi 1er mai, c’était le jour de la table ronde, « Nébuleuses : alchimistes du cosmos ». Comme tous les ans, des spécialistes se sont réunis pour discuter en profondeur du thème choisi pour cette édition. Suivie d’une balade dans la ville de Constantine et d’une soirée musicale.

Figure 6 La table ronde thématique, moment phare de chaque edition

Figure 7 Photo de groupe des participants au Monument aux Morts, Constantine
Le samedi 2 mai, place aux conférences, aux ateliers participatifs et à quelques films scientifiques. Puis est venue la cérémonie de clôture, avec un moment musical, un poème récité et une pièce de théâtre intitulée « Collision de Nébuleuses », jouée par la troupe de Sirius.

Figure 8 Le Théâtre Régional Mohamed Tahar Fergani, écrin de la cérémonie de clôture
Il est à noter que le festival s’est tenu sous le patronage du ministre de la jeunesse et du wali de Constantine. Côté organisation, plusieurs institutions locales ont mis la main à la pâte : l’APC, l’APW, la DJS et la direction de la culture de la wilaya de Constantine. L’événement est également sponsorisé par l’Union astronomique internationale (IAU), avec le soutien de la Société africaine d’astronomie (AfAS).
Rencontre avec l’une des figures du festival : Echeima Amine Khodja
On a eu la chance de s’entretenir avec Echeima Amine Khodja, membre de l’équipe NOC Algérie et du club Sirius, celle qui anime le festival depuis les coulisses. Titulaire d’un Master en Astrophysique obtenu en 2016, elle faisait partie de la troisième promotion de cette filière fraîchement créée en Algérie. Aujourd’hui, elle crée du contenu de vulgarisation scientifique sur les réseaux sociaux. En parallèle de son activité de créatrice de contenu, elle anime des ateliers éducatifs pour les enfants et participe à différentes initiatives de sensibilisation aux sciences à travers l’Algérie.

Figure 9 Echeima Amine Khodja
« Pendant les trajets en voiture, quand tout le monde écoutait de la musique ou discutait, moi j’étais collée à la vitre, les yeux tournés vers le ciel », raconte-t-elle. Comme beaucoup d’enfants fascinés par l’espace, elle rêvait de devenir astronaute, jusqu’à ce qu’elle découvre la physique et la recherche scientifique.
Son ambition serait de poursuivre avec un doctorat en astrophysique, mais les opportunités de recherche et les postes permanents dans ce domaine restent limités dans le pays, ce qui l’oblige à travailler dans d’autres secteurs hors domaine. Malgré ces contraintes, elle continue de s’investir pleinement dans la vulgarisation, dans l’espoir d’inspirer les jeunes générations et de contribuer, à son échelle, au développement de l’astronomie en Algérie.
Un rendez-vous qui dépasse la simple passion
Ce qui frappe quand on regarde le festival de près, c’est aussi tout ce qu’il apporte autour de lui. Chaque année, l’événement permet au public de découvrir des clubs et des associations d’astronomie un peu partout dans le pays, et il y a toujours de nouvelles structures à chaque édition — aujourd’hui, on en compte plus d’une cinquantaine, ce qui montre à quel point l’intérêt pour l’astronomie grandit en Algérie. Pour le grand public, c’est une chance rare de plonger dans ce domaine et de comprendre de quoi on parle vraiment quand on évoque l’espace. Et ce n’est pas uniquement destiné aux enfants : les parents aussi y trouvent leur compte, eux qui sont les premiers responsables de l’éveil scientifique et de l’accompagnement de leurs enfants dans cette découverte. Le festival joue ce rôle de pont entre la science et les familles, d’une manière qu’on voit rarement ailleurs.
Article écrit par Samira YALLA