par Sylvain Bouley | Juil 16, 2023 | Spatial
Une cinquantaine de participants composés d’universitaires, de professionnels du secteur public-privé, d’étudiants et d’élèves ont pris part à la première édition de l’AstroPause organisée par l’Association Ivoirienne d’Astronomie (AIA) le 18 Mai 2023 au Laboratoire des Sciences de la Matière et de l’Énergie Solaire (LASMES) de l’Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire). Après une brève présentation de l’AIA par son premier Vice-président l’Astrophysicien Dr YAO Marc Harris, deux conférences, suivies d’échanges avec les participants, ont meublé cette activité.

La première conférence a été prononcée par l’Épistémologue et Historien de l’astronomie Dr Pancrace AKA sur le thème : « Agence Spatiale Ivoirienne : enjeux et défis ». Il a précisé que lors de la deuxième édition de la Conférence Internationale NewSpace Africa, qui s’est tenue du 25 au 28 avril 2023 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire en Côte d’Ivoire, les autorités de ce pays, en partenariat avec l’Institut National polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) de Yamoussoukro et la société Universal Konstructors Associated (UKA), ont exprimé leur désir manifeste d’œuvrer non seulement au lancement du premier nanosatellite ivoirien, nommé Yam-Sat CI 01, à l’horizon 2024 mais aussi à la création d’une Agence Spatiale Ivoirienne. L’annonce a été faite officiellement par le Pr Adama Diawara, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.
Selon le Secrétaire général adjoint de l’AIA Dr Pancrace AKA, une Agence Spatiale Ivoirienne serait sans nul doute un organisme d’État ivoirien dont la mission porterait à court et moyen termes sur la maîtrise des sciences et technologies spatiales débouchant ainsi sur leurs applications concrètes aux réalités socio-économiques du pays afin de favoriser son émergence véritable. À long terme, sa mission porterait sur l’exploration et la conquête spatiales. Un projet ambitieux ! La trame de sa réflexion épistémologique était une réponse en direction de l’interrogation suivante : quels sont les enjeux et les défis de la création d’une agence spatiale ivoirienne ?

Pour lui, la création de l’Agence Spatiale Ivoirienne répond à divers enjeux : scientifiques (développement de l’astronomie, l’astrophysique, l’astrobiologie, la météorologie…), technologiques (création de drones, télescopes, satellites, téléphones portables…), sécuritaires (sécurité maritime, sécurité forestière, protection de l’environnement…), socio-économiques (télé-éducation, télémédecine, l’innovation agricole, culture de précision…), politiques, géopolitiques, géostratégiques (Souveraineté et positionnement de l’État au plan international…). Aussi, cette création apparaît-elle elle-même comme un défi, lequel est inhérent à d’autres défis (insuffisance de ressources financières, déficit de technologies et de qualifications…), que les autorités ivoiriennes, avec la communauté des scientifiques, ingénieurs, épistémologues, éthiciens, bioéthiciens, juristes, les associations comme l’Association Ivoirienne d’Astronomie (AIA) et leurs différents partenaires du secteur public-privé, doivent et/ou peuvent relever afin de permettre le développement socio-économique de leur pays. Même si l’État ivoirien a pour ambition de procéder au lancement de son premier nanosatellite 100% ivoirien à l’horizon 2024, une coopération régionale et internationale s’avère nécessaire afin de remédier à l’insuffisance des capacités et braver les obstacles qui lui sont inhérents…

La deuxième conférence fut celle prononcée par Dr ACKAH Jean-Baptiste, Membre de l’« URSI (Union Radio Scientifique Internationale) Young scientist award scheme», Ingénieur de la Météorologie aéronautique pour la Côte d’Ivoire à l’Agence de la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et en Madagascar (ASECNA), Docteur en physique de l’atmosphère et spatiale à l’Université Félix Houphouët-Boigny et Secrétaire chargé de communication de l’AIA. Elle était axée sur le thème : « Communication Satellite – Terre et reconquête de l’espace ». Il a présenté la structure de l’atmosphère terrestre à travers la mise en évidence des caractéristiques majeures de l’ionosphère. Pour lui, l’ionosphère demeure la région la plus ionisée de l’atmosphère terrestre en général. Elle affecte la précision des systèmes de positionnement global dont seront équipés des véhicules et des téléphones portables dans un futur proche. Il a tenté de répondre à la question suivante : que doit faire la Côte d’Ivoire pour une réelle indépendance spatio-temporelle afin d’éviter d’être sous surveillance et sous domination permanente ?
Pour répondre à cette question hautement pleine de sens, il a fait quelques recommandations
- assurer la relève dans le secteur spatial par des formations en Master et en Doctorat ;
- créer une forme d’émulation en construisant un planétarium pour susciter chez les jeunes des vocations dans le domaine des sciences et technologies spatiales ;
- mettre en place un programme spatial à travers la mise sur pied d’une agence spatiale puis la mise en orbite d’un nanosatellite (au moins) ;
- tisser, pérenniser de façon permanente des alliances stratégiques et diplomatiques pour une surveillance sécuritaire et un système de communication plus sûrs et fiables ;
- réussir dans un futur proche à accueillir et déployer son propre système de localisation par satellite…
par Dr AKA Pancrace, Épistémologue, Historien des sciences, Logicien, Secrétaire général Adjoint de l’Association Ivoirienne d’Astronomie (AIA), Membre de l’ONG internationale Prisonniers Sans Frontières (PRSF), Maître Assistant, Département de philosophie, Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire.
par EricLagadec | Juil 16, 2023 | Spatial
L’astronomie est une discipline scientifique qui fascine les êtres humains depuis des millénaires et qui a connu des avancées technologiques spectaculaires ces dernières décennies. Cependant, dans de nombreux pays en développement comme la République démocratique du Congo (RDC), l’astronomie et les sciences spatiales ont longtemps été perçues comme réservées à l’élite occidentale. Heureusement, grâce à l’initiative de particuliers et à l’émergence de quelques clubs d’astronomie dans le pays, cette perception commence à changer.
Cependant, ces clubs d’astronomie se heurtent à plusieurs difficultés qui entravent leur développement et leur promotion en RDC. Le manque de ressources financières, d’infrastructures adaptées, de formation spécialisée et de sensibilisation sont autant de défis auxquels ils font face. Comparé à d’autres pays mieux équipés et disposant de ressources plus abondantes, le développement de l’astronomie en RDC est donc plus complexe.
L’intérêt pour cette science s’est accru grâce à la Semaine de la Science et des Technologies de la RDC, un événement scientifique renommé à l’échelle continentale qui est organisé chaque année en République Démocratique du Congo par l’Association Sans But Lucratif Investing In People, en partenariat avec le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique (MEPST), le Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (MESU) et le Ministère de la Recherche Scientifique et Innovation. Cet événement a pour objectif de contribuer à révéler la prochaine génération de scientifiques africains, hommes et femmes, qui soutiendront le développement de la RDC et de l’Afrique. La 9e édition a été organisée sous le thème « Les technologies spatiales au service du développement durable en RDC », ce qui a ouvert de nouvelles perspectives et encouragé les jeunes et les décideurs politiques à s’impliquer dans ces domaines. En effet, les technologies spatiales peuvent jouer un rôle majeur dans le développement socio-économique de la RDC.
Pour tenter de briser le stéréotype selon lequel l’astronomie est réservée à l’élite occidentale, le club d’astronomie « l’astronomie à Lubumbashi » prévoit d’organiser un festival dédié à la démystification de cette science en RDC dès l’année prochaine. Ce festival vise à sensibiliser le grand public à l’importance de l’astronomie et aux avancées technologiques qu’elle permet.
Malgré les efforts déployés, l’astronomie est encore considérée comme une discipline marginale, voire inutile, face aux crises sociales et économiques que traverse la RDC. Pourtant, elle représente une source d’inspiration pour de nombreux scientifiques et a conduit à des innovations technologiques ayant des implications majeures dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. La création d’un festival dédié à la vulgarisation et à la démystification de l’astronomie en RDC est donc une initiative louable qui permettra de sensibiliser le public à l’importance de cette discipline et à ses avancées technologiques.

Le Congo Space Fest, initié par le club d’astronomie « l’astronomie à Lubumbashi », sera un festival annuel visant à démontrer l’importance de l’astronomie pour les innovations technologiques et son rôle dans le développement socio-économique de la RDC. Chaque année, le festival se concentrera sur un thème différent lié à l’astronomie, mettant en évidence les avancées technologiques rendues possibles par cette science.
Le festival Congo Space Fest est une initiative louable qui vise à démystifier l’astronomie en République démocratique du Congo (RDC) et à la rendre accessible à tous, en particulier aux jeunes. Dans un pays en proie à une crise socio-économique, il est important de montrer que l’astronomie n’est pas réservée à une élite ou à des pays développés.
Le festival offrira des activités spécialement conçues pour les jeunes, telles que des ateliers et des sessions de formation, afin de susciter leur intérêt pour l’astronomie et les sciences en général. Il vise également à mettre en avant les implications majeures de l’astronomie dans la vie quotidienne, en mettant en évidence les avancées technologiques rendues possibles par cette science.
En outre, le Congo Space Fest a deux objectifs principaux. Le premier est de permettre à la RDC d’utiliser les sciences spatiales, la technologie et les innovations pour lutter contre la pauvreté et réaliser un développement durable. Le deuxième objectif est de faire en sorte que la RDC contribue au pool mondial de connaissances scientifiques et aux innovations technologiques.

Le festival sera également une occasion pour les entreprises locales de présenter leurs produits et services liés à l’astronomie et aux innovations technologiques. Cela contribuera à promouvoir l’industrie technologique locale et à créer des emplois.
En mettant en avant le rôle de l’astronomie dans le développement social et économique du pays, le Congo Space Fest marquera un tournant dans l’histoire de l’astronomie en RDC. Il sensibilisera le grand public et les décideurs politiques aux bénéfices des sciences spatiales dans la transformation économique et le développement durable du pays.
En conclusion, le Congo Space Fest sera un événement annuel excitant et éducatif qui mettra en valeur l’importance de l’astronomie pour les innovations technologiques et le développement social et économique de la RDC. Il contribuera à changer la perception de l’astronomie dans le pays et encouragera les jeunes générations à s’intéresser à cette science fascinante.
Dieumerci Kaseha
Fondateur du clube d’astronomie « l’astronomie à Lubumbashi » en RDC
par EricLagadec | Avr 14, 2023 | Spatial
De nombreux travaux de recherche scientifique ont été réalisés à l’aide du télescope Reynolds de 30 pouces (~75cm) en Égypte depuis 1907, et du télescope Kottamia de 1,88 m depuis 1964. Le télescope de Kottamia est le seul de cette taille au Moyen-Orient et le deuxième en Afrique. Suite à la construction de la nouvelle capitale administrative égyptienne tout près de l’observatoire de Kottamia, le gouvernement a accepté de construire un nouveau télescope plus grand sur un nouveau site, qui devrait avoir une ouverture de 6,5 mètres.
Bien que les grands télescopes terrestres modernes soient complexes et nécessitent des équipements de recherche coûteux, leur conception et leur efficacité dépendent en grande partie de leur emplacement. Le futur grand télescope optique égyptien (ELOT) devrait aider la communauté astronomique égyptienne et mondiale à combler le fossé d’observation entre l’Europe au nord et l’Afrique du Sud au sud, et entre l’Asie à l’est et le Chili à l’ouest. Pour maximiser l’importance de ce télescope, beaucoup de travail doit être fait pour faire correspondre la conception optique d’ELOT, ses instruments astronomiques et les caractéristiques optiques du site pour combler ce fossé.
Dans un premier temps, deux sites ont été sélectionnés, qui sont de bons candidats pour des sites astronomiques, sur la base de certains paramètres physiques et météorologiques utilisant des données satellitaires. L’idée est de construire le télescope là où la météo et l’absence de pollution lumineuse seront optimales pour les observations astronomiques. L’un de ces deux sites potentiels se trouve au sud de la péninsule du Sinaï et l’autre à l’ouest de la ville de Hurgada, sur le littoral de la mer Rouge. Les conditions météorologiques prévalant sur ces deux sites ont été étudiées. La deuxième étape consiste à caractériser ces deux sites à l’aide d’instruments spécifiques qui seront installés sur ces sites dans un avenir proche. Cependant, l’installation de ces instruments se heurte à des problèmes logistiques et à des difficultés qui permettront de passer à l’étape suivante.

Le télescope de Kottomia en Egypte
Une étude préliminaire de la conception de l’ELOT a été réalisée récemment. Les cas scientifiques et les objectifs scientifiques d’ELOT doivent être définis et il est nécessaire de connaître les spécifications des instruments de première génération qui seront attachés au télescope.
L’Institut national de recherche en astronomie et géophysique (NRIAG) espère que la situation actuelle de difficultés économiques à laquelle l’Égypte et certains autres pays du monde sont confrontés n’affectera pas le soutien financier d’ELOT. Le NRIAG souhaite également obtenir un soutien scientifique pour ce grand projet astronomique de la part des pays occidentaux qui ont une grande expérience dans la construction de projets similaires.
Yosry Ahmed Azzam
Professeur, ingénieur
Institut national de recherche en astronomie et géophysique
Helwan, Le Caire, Égypte
par Sylvain Bouley | Juil 11, 2022 | Spatial, Sur le Terrain
L’utilisation de satellites prend une place de plus importante dans notre société moderne, que ce soit pour les télécommunications, la défense, le suivi de l’environnement et le climat. Les satellites ne sont pas seulement tournés par la Terre, ils explorent aussi l’Univers, et jouent donc aussi un rôle important pour l’astronomie. L’usage de données venant du spatial et le lancement de satellites, jusqu’ici réservés à quelques grandes puissances, deviennent accessibles à de plus en plus d’acteurs publics ou privés. Ainsi, chaque année, de nouvelles nations africaines s’illustrent par le lancement de satellites et le domaine spatial connaît une très belle dynamique en Afrique.

Dans le cadre de l’évaluation et du suivi des politiques et programmes publics de la république du Sénégal, un groupe d’experts internationaux s’est réuni à Dakar pour contribuer à l’élaboration d’une politique de la politique de l’espace du pays de la Teranga. Ce travail s’est fait sous la présidence de El Hadji Ibrahima Sall, mandaté par le président de la République du Sénégal, Macky Sall pour évaluer toutes les politiques publiques du pays. L’astronome sénégalais Maram Kairé a été chargé de former un groupe d’experts internationaux pour plancher sur les enjeux de la politique spatiale du Sénégal..
De nombreux sujets ont été abordés, allant d’un tour d’horizon des politiques d’espace dans le monde jusqu’aux opportunités industrielles du New Space. Le Newspace, c’est en quelques sortes l’émergence du privé dans le domaine spatial, qui depuis le début de l’ère spatiale était guidé par des politiques étatiques des nations dites spatiales (Les Etats Unis et La Russie d’abord, puis des nations européennes, asiatiques et nord-américaines). Les coûts de construction et de lancement de petits satellites (nanosatellites, cubsat) ont révolutionné l’accès à l’espace. . Ainsi, plusieurs nations africaines (Algérie, Egypte, Maroc, Nigéria, Tunisie, Afrique du Sud, Ghana, Soudan, Ile Maurice, Ethiopie, Angola, Kenya et Rwanda) ont déjà lancé des satellites dans l’espace. Ces satellites sont souvent des démonstrateurs, aux applications encore limitées, mais ils créent une dynamique intéressante pour la formation de scientifiques et d’ingénieurs du domaine spatial. Les différents acteurs sont ainsi sensibilisés aux applications du domaine spatial dans le domaine des ressources naturelles, de la sécurité aux frontières, du changement climatique, et des problématiques de santé publique.
Enfin, de longues discussions sur les opportunités en recherche et formation dans le domaine de l’espace (télédétection, planétologie, astronomie) ont permis de mettre en avant les opportunités offertes par ces domaines pour la jeunesse du pays.
Le groupe d’experts, réuni le 12 et le 13 Janvier à Dakar a émis une série de recommandations pour une politique de l’espace du Sénégal. Ces recommandations visent à faire émerger au Sénégal un écosystème autour du spatial, et une utilisation plus efficiente des données et produits d’observation de la Terre pour les enjeux du pays. Nous souhaitons tous un avenir prospère au Sénégal dans le domaine spatial!
Maram Kairé, Eric Lagadec, David Baratoux
par Sylvain Bouley | Oct 4, 2021 | Spatial
MIR-SAT1 (Mauritius Imagery and Radio communication Satellite 1) est le premier nanosatellite mauricien dans l’espace !

Illustrations faites par Tasneem Rossenkhan, membre de l’IAU NOC Mauritius
Développé par le Conseil Mauricien de la Recherche et de l’Innovation (MRIC, Mauritius Research and Innovation Council), MIR-SAT1 est un nanosatellite en orbite basse autour de la Terre (410-430 km) qui a pour but principal de permettre à l’Ile Maurice d’acquérir une expertise technologique dans le désign, l’assemblage, l’intégration, les tests, le déploiement et l’opération de satellites. MIR-SAT1 prendra des images de l’Ile Maurice et de sa zone économique exclusive (EEZ, Economic Exclusive Zone) avec comme objectif principal d’apporter aux scientifiques une vision globale permettant une meilleure prévention et anticipation de catastrophes environnementales. Les données prises par MIR-SAT1 sont collectées par une station sol qui se trouve à Ebène au MRIC et également reçues par des stations radio amateur lorsque le satellite se trouve hors de portée des récepteurs du MRIC.

Images provenant du site MIR-SAT1 : orbite : https://spacemauritius.com/about/#orbit dimensions & forme : https://spacemauritius.com/about/#Satellite
L’histoire de MIR-SAT1 a débuté en 2018 dans le cadre du programme KiboCUBE 2018 organisé par le Bureau des Affaires Spatiales des Nations Unies (UNOOSA, United Nations Office for Outer Space Affairs) et l’agence spatiale japonaise (JAXA, Japan Aerospace Exploration Agency). Le projet mené par Faraaz Shamutally (Principal Investigator) et Dr Vickram Bissonauth (Project Coordinator) sort grand gagnant de cette édition et se voit ainsi offrir l’opportunité de développer, construire et déployer le nanosatellite MIR-SAT1. Le satellite a été conceptualisé à l’Île Maurice, puis produit par AAC Clyde Space au Royaume Uni. Après un passage à la JAXA début 2021 pour son intégration au sein du déployeur japonais, MIR-SAT1 a rejoint la NASA au Centre Spatial Kennedy en Floride et s’est envolé pour la Station Spatiale Internationale le 3 Juin 2021 à bord du lanceur SpaceX Falcon 9/Cargo Dragon (SPACEX CRS-22). MIR-SAT1 a été déployé le 22 Juin 2021 avec succès, envoyant ses premiers signaux dès le déploiement de ses antennes et panneaux solaires une fois en orbite. Aujourd’hui MIR-SAT1 se porte bien, mais se trouve toujours dans la phase de tests suite à sa mise en orbite (phase dite de commissioning). Cela ne l’empêche pas d’envoyer ses premières données de télémétrie, réceptionnées et analysées par plusieurs stations radio amateurs autour du globe, qui les partagent ensuite avec SatNOGS, un réseau participatif de stations sol regroupant logiciels et matériels pour l’analyse de données spatiales.
Tout juste quelques mois après son déploiement, MIR-SAT1 est déjà une vraie réussite. Il fascine la future génération de scientifiques, rendant accessible et désacralisant l’étude des technologies spatiales à l’Ile Maurice. Deux universités et 4 écoles ont déjà reçu les diplômes décernés par la Mauritius Amateur Radio Society (MARS) pour leur implication dans le projet. C’est donc une affaire à suivre et de très près !
Mathilde Jauzac pour l’IAU NOC Mauritius
par HD122451 | Juil 14, 2021 | Spatial

Une importante conférence sur le thème : « L’Afrique entre dans l’ère du spatial : cas de la Côte d’Ivoire » s’est tenue au sein l’Université Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody, dans l’amphithéâtre Koffi Allangba, devant environ 200 étudiants.
Boubacar Fofana, Président de l’Association pour la Sauvegarde et la Promotion de la Pensée de El Hadj-Boubacar Gamby Sakho (ASPP-BGS), qui a pour but de promouvoir le dialogue des cultures, des civilisations, des traditions et des sciences comme peuvent l’être la médecine ou l’astronomie. Oui, tous les peuples ont toujours regardé vers le ciel et tenté de comprendre les causes de l’existence même de l’Univers. Comme l’a déclaré Boubacar Fofana : « Ce matin, nous allons faire le lien entre Copernic, Leibniz, Kepler, les Dogons du Mali, les Baoulés de Côte d’Ivoire, les Peuls du Macina et autres peuples d’Afrique. »

L’Association Ivoirienne d’Astronomie : c’est parti !
La conférence a débuté avec la présentation de l’Association Ivoirienne d’Astronomie (AIA) par le Dr Ackah Jean-Baptiste, docteur de physique à l’Université Félix Houphouët-Boigny, ingénieur aéronautique à l’ASECNA (Agence pour la SECurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar) et secrétaire chargé de la communication de l’AIA. Le but de cette jeune association, qui n’a été créée qu’en février 2021 à l’UFR des Sciences des Structures de la Matière et de Technologie (SSMT) de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire est de « s’investir davantage en redonnant l’envie aux jeunes de s’orienter vers les filières scientifiques, étant donné que leurs recherches de doctorat s’inscrivent dans le cadre de la physique spatiale et de la météorologie de l’espace ». Avec un objectif : construire un observatoire astronomique en Côte d’Ivoire. La jeune association a même reçu son premier télescope, offert par l’association française Uranoscope, dans le but de lancer son
programme de formation en astronomie !
Nous espérons que cette association, ainsi que cette conférence, traceront le chemin pour que dans un avenir très proche, les autorités compétentes puissent munir les étudiants ivoiriens d’une dizaine de télescopes modernes sans avoir à recourir à l’aide extérieure. Sachant qu’un seul télescope ne coûte même pas le prix d’un 4X4. Des 4X4 dont regorgent pourtant les rues d’Abidjan !
Une éducation classique « képlérienne » contre la politique
impériale d’aide au développement

Après les mots d’introduction d’usage, la parole a été donnée au premier panéliste, Sébastien Périmony, responsable du bureau Afrique de l’Institut Schiller, institut partenaire de l’événement. Il a présenté le travail épistémologique sur la méthode scientifique mené par le mouvement international de jeunes de Lyndon LaRouche. Pour cela, il a donné un sens du travail du père de l’astrophysique moderne, Johannes Kepler (1571-1630), qui a rendu accessible, à travers ses livres, l’évolution de toutes ses découvertes. Il a insisté auprès des élèves sur la nécessité de lire Kepler et Leibniz dans le texte et de comprendre les différentes méthodes de découverte scientifique. Tout en condamnant Aristote, pour qui : « Le monde imparfait des hommes ne leur permet pas de comprendre les causes des choses (les voix de Dieu étant impénétrables) mais juste d’observer les phénomènes avec ses perceptions sensorielles, et d’en déduire, de manière logico-déductive, des modèles géométriques. » Comme démontré par la suite à travers la méthode de Kepler, il a mis en lumière le fait qu’il « n’y a pas pire méthode scientifique que la méthode aristotélicienne. » Reprenant les animations réalisées par le mouvement de jeunes de Larouche, il a pu montrer les premiers paradoxes qui ont permis à Kepler de faire sa découverte de principe physique universel. A savoir l’équivalence des hypothèses géométriques entre les modèles de Ptolémée, de Copernic et de Tycho Brahe, pour expliquer la rétrocession de Mars. Ainsi, si les trois modèles étaient bel et bien différents, tous correspondaient pourtant parfaitement (ou presque) à ce que l’on peut observer dans le ciel !
Avec des animations et quelques citations, Sébastien Périmony a ainsi pu montrer que ni Ptolémée, ni Copernic, ni Tycho Brahe ne recherchaient les causes réelles du mouvement des planètes, mais simplement – et ce à l’aide de divers expédients tels des épicycles, des excentriques, des soleils « moyens », des équants, etc. – à préserver leurs axiomes. Quels axiomes ? Ceux selon lesquels le mouvement des planètes serait circulaire (courbure
uniforme) et se déplacerait à vitesse constante. Tout était faux. Et cela, la méthode scientifique képlerienne put le montrer, car elle cherchait non pas à décrire mais à expliquer les causes physiques du mouvement (l’attraction du soleil). Grâce à Kepler, nous savons depuis que le mouvement des planètes de notre système solaire est elliptique (non circulaire) et qu’il change en permanence (vitesse non uniforme).
C’est de cette approche touchant à l’hypothèse supérieure que les étudiants d’aujourd’hui doivent s’inspirer pour être les découvreurs de demain. Et c’est de nombreuses filières scientifiques de haut niveau que les autorités africaines doivent pouvoir les doter.
Les femmes africaines à la frontière de la connaissance

Cette situation, la seconde panéliste, Dr Marie Korsaga, l’a elle-même vécue. Elle est connue pour être la première femme astrophysicienne d’Afrique de l’Ouest. Statut qu’elle a elle-même découvert quand elle a obtenu son doctorat ! C’est ainsi qu’elle est devenue une femme qui compte dans le monde actuel. Elle a depuis participé à de nombreux événements internationaux pour promouvoir la science en Afrique, en particulier pour les jeunes étudiantes. En 2020, l’Institut Schiller a eu l’honneur de l’avoir comme oratrice à l’une de ses conférences.
Marie Korsaga a d’abord raconté comment est née sa passion : « Depuis l’enfance, je m’intéressais aux phénomènes de l’Univers, à savoir l’apparition de la vie sur Terre, les étoiles filantes et les phénomènes d’éclipse. » Or au Burkina-Faso, lors d’une éclipse de Lune, si les enfants demandent ce qu’il se passe, on leur répond que… c’est le chat qui a attrapé la Lune ! « Comment le chat a-t-il fait pour se retrouver là-haut et attraper la Lune ?! » Il faut faire beaucoup de bruit pour chasser le chat et ainsi voir réapparaître la Lune, se contentent de dire les parents… Dr Korsaga, elle, voulait en savoir plus. Passionnée et amatrice de documentaires sur la mission Apollo, elle n’imaginait pas qu’elle pourrait un jour devenir astrophysicienne : « C’était un domaine qui était non connu au Burkina ; et en plus, je n’avais jamais croisé un astrophysicien dans la vie réelle ! »
C’est seulement lors de sa licence en physique qu’elle prend l’option « astronomie ». En effet, il n’y a malheureusement pas encore de DEA en astrophysique au Burkina Faso. Avec cette option, elle commence à s’intéresser à la matière invisible, qui compose… 95 % de notre Univers. C’est alors qu’elle décide de faire une thèse de doctorat pour « aider à élucider ce mystère de l’Univers ». Pour Marie Korsaga, le fait d’être la première femme astrophysicienne d’Afrique de l’Ouest est « certes un privilège mais (…) pas flatteur, car cela montre qu’il y a encore beaucoup à faire dans la parité hommes-femmes dans le domaine scientifique. Si on prend le Burkina Faso, il y a, en plus de moi, trois autres docteurs en astrophysique. (…) Il faut donc amener les femmes à s’intéresser à la science et à l’astronomie en particulier. Comme je vois qu’il y a beaucoup de femmes dans la salle et qu’il reste encore beaucoup de mystères à élucider dans l’Univers, je vous invite à ne pas hésiter, et à venir nous aider (…) ! »
C’est seulement en 2006 qu’un programme d’astrophysique sera lancé au Burkina, a-t-elle poursuivi, et ce à la demande du ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique. En 2007 est mis en place le programme d’Astrophysique au Laboratoire de Physique et de Chimie de l’Environnement (LPCE). Est alors créé un observatoire équipé d’un télescope d’enseignement.
D’autres projets dans le nord du pays devaient ou doivent voir le jour, comme la création d’un observatoire de recherche. Malheureusement la situation politique et sécuritaire du pays ne l’ont pas encore permis.
La planétologie et l’astrophysique comme moteurs de mobilisation de la jeune génération

David Baratoux, planétologue et membre de l’IRD (Institut de Recherche et de Développement) exerçant à l’Université de Cocody, a ensuite explicité le lien entre technologies spatiales et applications concrètes sur Terre :
« Vous avez ici le rover bien connu Curiosity, qui se trouve sur Mars, et qui tire avec un rayon laser sur les roches martiennes pour en déterminer la composition chimique. Cela s’appelle la technologie LIPS (Laser-Induced Breakdown Spectroscopy). Et pour envoyer un objet comme celui-là sur Mars, qui se trouve à plusieurs millions de kilomètres de la Terre, il a fallu miniaturiser une technologie (…) qui intervient aussi dans les instruments (…) portatifs de terrain, qui permettent aux géologues qui sont ici sur le terrain de savoir en quelques minutes si certains éléments sont présents dans les roches [dans le cadre de l’exploitation minière notamment]. (…) Et nous avons ici, en Côte d’Ivoire ces instruments que les doctorants utilisent à l’Université Houphouët-Boigny dans le cadre de leur recherche. »
David Baratoux a également présenté le travail de l’un de ses élèves utilisant les technologies issues du spatial. Et ce, à partir de travaux qu’il avait lui-même effectué pour établir la cartographie minéralogique de la surface de Mars, via les données spectrales visibles et proche infra-rouge – grâce à Omega, un instrument envoyé par la sonde Mars express. Cette même technologie est utilisée aujourd’hui au Niger pour lutter contre l’orpaillage clandestin. Elle permet de cartographier les rejets miniers liés à cet orpaillage, dont la cyanuration, qui fait des dégâts environnementaux importants, et ce afin d’aider les gouvernements à régulariser et encadrer cette activité économique. Pour lui : « Cette passerelle entre l’observation de la Terre et la planétologie est ce qui inspire notre vision pour préparer la jeunesse africaine à prendre part à l’aventure spatiale. »
Il a ainsi lancé de nombreuses initiatives sur le continent, dont certaines avec Maram Kaire –également présent à cette conférence –, comme en 2017 « l’initiative pour les sciences des planètes et de l’espace » auprès des jeunes, dont deux ateliers ont déjà eu lieu en Éthiopie et au Kenya. En 2018, il a participé au Sénégal à un événement d’importance mondiale : l’observation de l’occultation d’Arrokoth. L’occultation stellaire a été réalisée en préparation
d’une mission spatiale de la NASA. Une mission d’occultation stellaire consiste à observer grâce à un réseau un certain nombre de télescopes sur l’ensemble du territoire pour observer, en l’espace d’une seconde, le passage d’un astéroïde devant une étoile. Ainsi, en 2019, les experts de la NASA n’ayant pu faire le déplacement à cause de la crise, ont envoyé deux tonnes de matériel au Sénégal – soit des mois de préparation pour ne capter qu’une seule seconde. L’objectif : se doter des moyens de calculer les trajectoires des astéroïdes que veut visiter la NASA avec ses sondes et avoir des information sur la forme et la taille de ces astéroïdes !
Pour David Baratoux, il est fondamental que les jeunes chercheurs africains ne se cantonnent pas à rédiger des articles scientifiques : ils doivent également être présents sur le terrain pour le développement économique, social et culturel de leurs pays. C’est pourquoi il engage toujours ses étudiants à créer des associations pour partager leurs connaissances avec la jeunesse africaine, comme Cheikh Ahmadou Bamba Niang, chercheur et vice-président de l’Association des jeunes géologues et environnementalistes du Sénégal.
Ayant également fait le constat qu’il était difficile pour les astronomes amateurs d’avoir accès à l’information, il a lancé, avec la Société Astronomique de France (SAF) et l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA), co-fondée par Maram Kaire, le premier magazine de vulgarisation scientifique francophone : L’Astronomie Afrique (https://lastronomieafrique.com/).
Enfin M. Baratoux a présenté le projet AWA (Astronomy and planetary science in West Africa) qui a obtenu le soutien du CNRS français (Centre National de Recherche Scientifique) pour continuer les missions d’occultation sur le continent africain, l’étude des cratères d’impact météoritique, etc.
Pour lui la jeunesse africaine est prête et se passionne pour les études astronomiques et spatiales et toutes convergent vers un destin commun de l’humanité.
Maram Kaire : un astéroïde africain dans le firmament

Ancien conseiller technique au cabinet du ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal, chargé de la Promotion et de la vulgarisation de la culture scientifique, Il est de ces hommes dont la passion change le monde. A tel point qu’il est devenu le premier sénégalais dont le nom a été donné à un astéroïde ! Il s’agit de l’astéroïde 35462 1998 DW23. Il est également le coordonnateur des différentes missions d’occultation de la NASA au Sénégal et a reçu le grade de Chevalier dans l’Ordre National du Lion, plus haute distinction au Sénégal.
Sa passion pour l’astronomie depuis son enfance n’a d’égale que sa passion à partager ses connaissances auprès de la jeunesse de son pays. Il est ainsi le fondateur et président de l’ASPA (Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie). Cheikh Anta Diop disait déjà en son temps : « Il faut s’armer de science jusqu’aux dents » !
Pour Maram Kaire : « Parler du spatial, de l’astronomie est tellement passionnant que [cela pourrait durer] des semaines, des mois sans s’arrêter ! » Après avoir présenté une carte du ciel et quelques notions d’astronomie, il a posé LA question : « Pourquoi je vous raconte tout ça d’ailleurs, alors que nous avons des problèmes d’électricité, nous avons des problèmes d’eau potable, nous avons des problèmes pour la saison des pluies, pour l’agriculture ? Je vous en parle car ce sont les mêmes questions qui reviennent. (…) Quand vous en parlerez autour de vous, vous aurez forcément des gens en face qui vous diront : « Mais pourquoi ? Pourquoi nous parler de la vie des étoiles, pourquoi nous parler de satellites alors que nous avons des problèmes beaucoup plus urgents ? La réponse est toute simple : le moment où les Nations Unies se sont réunies autour d’une table pour réfléchir à ce qui pourrait être les véritables sources de développement et qu’elles se sont fixé les Objectifs de Développement Durable (ODD), on se rend compte que sur les 17 points [des ODD], la plupart font un appel direct ou indirect aux sciences spatiales. »
Maram Kaire a donc donné quelques exemples de ces liens avec les ODD, en particulier dans la santé et l’éducation. Par exemple c’est grâce à la méthode mise au point pour répertorier l’infinie quantité galaxies que l’on a pu répertorier l’infinie quantité d’iris, et ainsi améliorer la prise en charge des problèmes d’yeux. Il a également pris l’exemple de la télémédecine, qui permet, grâce aux satellites, de faire des interventions médicales à distance. Ainsi, à partir de l’UFR des Sciences médicales de Cocody (lieu de la conférence) l’on est potentiellement capable de soigner des malades à Yamoussoukro (à 2h30 de route d’Abidjan), ou à Dakar au Sénégal. Sur le secteur de l’éducation, le Rwanda, en partenariat avec la société OneWeb, s’est pour sa part engagé dans la création d’une constellation de satellites pour donner accès à internet aux élèves situés dans les zones les plus reculées du pays. Enfin, il a présenté les nombreux domaines qui vont se développer grâce à la science et la technologie spatiale : météorologie et climat, surveillance maritime, cadastre, sécurité, etc.
Donnons-lui le mot de fin : « Quand vous faites de l’astronomie, du spatial, vous ouvrez les portes à la coopération. (…) Je veux vous dire que le développement de ce continent, le développement de la Côte d’Ivoire, de nos différents pays, passera inévitablement par les sciences et les technologies. On ne peut pas vous dire la vérité et vous faire croire autre chose. Les Indiens ont essayé de faire tomber la pluie en dansant, c’est peut être possible !
Mais nous n’étions pas là et ne pouvons donc le garantir. Ce que nous pouvons garantir c’est que si nous misons fortement sur les sciences et les technologies, nous arriverons à faire la même chose que ces géants que l’on prend comme référence : les États-Unis, la France, la Chine, le Japon, etc. Et c’est fortement possible, c’est le même volume de cerveau qui est là. Nous pouvons le faire. Et nous n’avons pas le choix, nous devons le faire. »
Sébastien Périmony / Maëlle Mercier
