LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE
La contribution de l’astronomie à la recherche du croissant lunaire pour le Ramadan au Burkina Faso

La contribution de l’astronomie à la recherche du croissant lunaire pour le Ramadan au Burkina Faso

Au Burkina Faso comme de par le monde, chaque année, le début de jeûne musulman commence par l’annonce de la confirmation de l’observation réelle du croissant lunaire. Voir cet astre marque le début du mois sacré du Ramadan. Son observation guide par ailleurs la fixation de la date de fin de ce mois de pénitence.

Voilà déjà cinq ans qu’au Burkina Faso, cette observation qui jadis traditionnelle s’appuie de plus en plus sur l’apport des scientifiques et notamment des astrophysiciens, qui utilisent les connaissances modernes en astronomie pour mieux comprendre et prévoir l’apparition de la lune.

Dans la tradition islamique, le début du Ramadan est déterminé par l’observation du croissant lunaire, visible à l’œil nu ou à l’aide d’instruments optiques. Au Burkina Faso, cette mission est coordonnée par la commission nationale chargée de l’observation de la lune, mise en place par la Fédération des Associations Islamiques du Burkina (FAIB). Les observations se déroulent généralement le 29ᵉ jour du mois de Chaabane, juste après le coucher du soleil.

En collaboration avec l’Observatoire d’astrophysique à l’Université Joseph KI-ZERBO, un pôle du Laboratoire de Physique et de Chimie de l’Environnement (LPCE), les astrophysiciens et la membre de la FAIB vont ensemble à la confirmation de l’observation du croissant lunaire. Les scientifiques burkinabè contribuent aujourd’hui à améliorer les méthodes d’observation de la lune. Grâce aux calculs astronomiques les astronome déterminent les probabilités d’observation, par région. Ils indiquent à la commission d’observation avec précision la position de la lune, sa luminosité en prenant en compte les conditions nécessaires pour qu’elle soit visible depuis une région donnée.

Ainsi l’équipe d’astrophysiciens conduit par le Dr S. Zacharie KAM, composé de ses passionnés étudiants et doctorants engagés dans la promotion de l’astronomie, s’investie au début et à la fin du mois de Ramadan, pour accompagner et donner des arguments scientifiques pour les décisions de la FAIB. De nos jours la confirmation l’observation du croissant lunaire ne repose plus uniquement sur l’œil nu, elle est scientifique avec l’implication d’universitaires utilisant des télescopes et d’autres outils d’astronomie pour faciliter la détection du croissant lunaire. Ces outils permettent d’améliorer la précision des observations et d’accompagner les décisions religieuses. Cette année encore l’équipe était au rendez-vous.

Cette collaboration entre religieux et scientifiques représente une avancée importante, car elle permet de concilier tradition et science tout en consolidant le vivres ensemble des communautés. L’engagement des astrophysiciens burkinabè contribue également au développement de la recherche scientifique dans le pays. À travers des projets de vulgarisation, la création de clubs d’astronomie et la promotion des sciences auprès des jeunes, ils encouragent une nouvelle génération à s’intéresser à l’espace et aux phénomènes célestes.

« Ainsi, l’observation du croissant lunaire pour le Ramadan devient non seulement un moment spirituel pour la communauté musulmane, mais aussi une opportunité de valoriser la science et l’expertise des chercheurs burkinabè. »

Article rédigé par Dr Sié Zacharie KAM, Astrophysicien,
Maître de Conférence à l’Universite Joseph KI-ZERBO du Burkina Faso.

Constellations africaines : expertise et engagement à AstroEdu 2025

Constellations africaines : expertise et engagement à AstroEdu 2025

Une présence structurée et ambitieuse

En 2025, le troisième colloque « Astronomie pour l’éducation dans l’espace francophone » a rassemblé chercheurs, enseignants et acteurs de la vulgarisation scientifique autour d’un objectif commun : renforcer l’intégration de l’astronomie dans les systèmes éducatifs francophones et consolider les coopérations internationales.

Organisé dans le cadre du projet Astro-Journeys, l’événement s’est articulé autour de deux temps forts : un workshop pédagogique à la Sorbonne Université et des conférences scientifiques au planétarium d’Épinal.

La participation africaine y a été particulièrement remarquée, tant par la diversité des profils représentés que par la qualité des interventions proposées.

Le workshop : penser l’éducation astronomique ensemble

Le workshop organisé à la Sorbonne s’inscrivait dans la dynamique du projet Astro-Journeys, initiative visant à créer des passerelles entre recherche, éducation et coopération internationale.

Les échanges ont porté sur les « Big Ideas » de l’astronomie et leur intégration progressive dans les curricula scolaires. Les discussions, coordonnées notamment par Emmanuelle Rolland, ont permis de confronter les réalités éducatives de différents pays et d’explorer des solutions adaptées aux contextes locaux.

La délégation africaine a activement contribué à ces travaux, partageant ses expériences de terrain, ses contraintes structurelles et ses initiatives innovantes. Ce moment de co-construction a constitué le socle des collaborations développées lors des conférences à Épinal.

 

Les conférences : mettre en lumière les dynamiques africaines

Au planétarium d’Épinal, les représentants africains ont présenté des projets illustrant l’évolution rapide de l’astronomie sur le continent.

🔹 Jacob Tolno – Guinée

National Astronomy Education Coordinator de la Guinée et membre du nœud francophone de l’astronomie, Jacob Tolno a joué un rôle central dans la coordination de la participation africaine.

En amont du colloque, il a contribué à l’organisation logistique et à la préparation des présentations africaines.

À Épinal, après avoir introduit les interventions du continent, il a présenté un aperçu global des phénomènes astronomiques et de leur interprétation dans les sociétés traditionnelles africaines. Son intervention a mis en évidence la richesse des savoirs culturels liés à l’observation du ciel et leur potentiel pédagogique dans l’enseignement contemporain.

Sa participation a également permis d’initier des perspectives de collaboration internationale, notamment autour d’un projet scolaire en partenariat avec Vincent Heussaff.

🔹 Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire

Astrophysicien et enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Marc Harris Yao Fortune a présenté un état des lieux structuré du développement de l’astronomie en Côte d’Ivoire.

Son intervention a mis en avant les actions menées par l’Association Ivoirienne d’Astronomie : observations publiques, création de clubs scolaires, campagnes de recherche d’astéroïdes impliquant des élèves et organisation de conférences scientifiques.

Il a également souligné les ambitions institutionnelles visant à renforcer les infrastructures de recherche et à inscrire durablement les sciences spatiales dans les priorités académiques nationales. Son exposé a illustré une dynamique articulant recherche, formation et vulgarisation.

– Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
– Jacob Tolno – Guinée
(de la droite vers la gauche)

 

🔹 Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie

Enseignant-chercheur à l’Université de Nouakchott et président de l’Association Mauritanienne pour l’Astronomie, Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee a présenté un poster consacré à la Conférence Internationale sur les Météorites et l’Astronomie (ICMA) organisée en Mauritanie.

Cette initiative marque une avancée significative pour les sciences planétaires en Mauritanie. Elle vise à renforcer la coopération scientifique internationale dans l’étude des météorites et des cratères d’impact, tout en favorisant la formation de jeunes chercheurs africains.

Son intervention a souligné l’importance de structurer des plateformes scientifiques régionales capables d’attirer des collaborations internationales et de valoriser les ressources géologiques du continent dans une perspective planétologique.

Prudence Ayivi – Bénin
Marc Harris Yao Fortune – Côte d’Ivoire
Jacob Tolno – Guinée
Chaima Bhibah – Tunisie
Dr Ely Cheikh Ould Mohamed Navee – Mauritanie
(de la droite vers la gauche)

 

🔹Prudence Ayivi – Bénin

Fondateur du Sirius Astro-Club et coordonnateur adjoint pour l’éducation au sein de l’Union Astronomique Internationale au Bénin, Prudence Ayivi a présenté les actions éducatives développées dans son pays.

Son intervention a mis en lumière les ateliers pédagogiques, les observations publiques, les programmes de sensibilisation scolaire et la structuration progressive d’un réseau national d’astronomie. Il a démontré que l’engagement associatif peut constituer un moteur puissant pour démocratiser les sciences de l’espace dans des contextes où les infrastructures restent limitées.

Prudence Ayivi – Bénin

🔹 Chaima Bhibah – Tunisie

Élève ingénieure en génie des procédés chimiques et astronome amateure de la Société astronomique de Tunisie, engagée depuis plusieurs années dans la vulgarisation scientifique, Chaima Bhibah a présenté un support pédagogique intitulé « Le Tableau Périodique Cosmique ».

Son intervention proposait une relecture du tableau périodique à la lumière de l’astrophysique moderne, expliquant l’origine cosmique des éléments chimiques, depuis le Big Bang jusqu’aux processus de nucléosynthèse stellaire et aux explosions de supernovas.

En établissant un lien direct entre chimie et astrophysique, elle a montré comment l’enseignement des éléments chimiques peut être enrichi par une perspective cosmique, permettant aux élèves de comprendre que la matière étudiée en laboratoire trouve son origine dans l’histoire de l’Univers..

Chaima Bhibah – Tunisie

 

Une présentation conjointe : l’Observatoire de Besely pour l’Éducation

Prudence Ayivi et Chaima Bhibah ont également co-présenté l’Observatoire de Besely pour l’Éducation, observatoire robotisé installé à Madagascar.

Prudence Ayivi a exposé les caractéristiques techniques et scientifiques de l’infrastructure, tandis que Chaima Bhibah en a assuré la démonstration pratique en pilotant à distance le télescope en temps réel.

Cette présentation conjointe a illustré concrètement l’accessibilité des outils scientifiques modernes aux établissements scolaires africains.

 

 🔹 Autres contributions africaines

La participation africaine a également été marquée par la présence de Ratiba Sahoui, enseignante-chercheuse en planétologie à l’Université des Sciences et de la Technologie Houari-Boumédiène (Algérie), dont l’expertise académique a renforcé la dimension scientifique nord-africaine du colloque.

Denison Yewadan Togbe, cofondateur du Sirius Astro-Club et ingénieur en physique, a également contribué aux échanges, notamment sur les aspects scientifiques et techniques des projets éducatifs portés par l’association.

 

Conclusion

La participation africaine à AstroEdu 2025 ne s’est pas limitée à une représentation symbolique. Elle a révélé une dynamique structurée, ambitieuse et collaborative.

Entre réflexion pédagogique à la Sorbonne et présentations scientifiques à Épinal, le continent a affirmé sa capacité à proposer des initiatives concrètes, à développer des partenariats internationaux et à inscrire l’astronomie comme levier éducatif stratégique.

AstroEdu 2025 aura ainsi constitué une étape significative dans la consolidation d’un réseau panafricain engagé dans le développement des sciences de l’Univers.

Article rédigé par Chaima Bhibah | Société Astronomique de Tunisie (SAT)

 

Madagascar sous les étoiles 2025 et l’Ecole Panafricaine d’astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar

Madagascar sous les étoiles 2025 et l’Ecole Panafricaine d’astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar

De Mahajanga à l’échelle continentale : structurer l’accès africain au ciel

Lancement du festival et de l’école à Institut Français de Madagascar

L’association Haikintana, en collaboration avec la Société Astronomique de France, l’Institut Français de Madagascar, les Alliances Françaises d’Antsirabe, d’Antsiranana et de Mahajanga, l’African Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Institut Supérieur de Technologie de Diégo, Écoles du Monde Madagascar, ainsi que ses partenaires,  l’Institut Universitaire de France, VIMA Vision Madagascar et IAU NOC Madagascar, a organisé du 4 au 6 juillet 2025 la troisième édition du Festival d’Astronomie Madagascar sous les étoiles.

Après deux éditions couronnées de succès à Mahajanga puis à Antananarivo, le festival a franchi en 2025 une étape historique : son extension simultanée à quatre grandes villes, Antsirabe, Antananarivo, Antsiranana et Mahajanga, marquant la première organisation d’un festival d’astronomie à l’échelle nationale à Madagascar.

Gratuit et ouvert à tous, l’événement a accueilli plusieurs milliers de personnes en proposant observations du Soleil et de la Lune, conférences, ateliers pédagogiques, projections, astroquiz et rencontres avec des invités nationaux et internationaux venus du Maroc, du Sénégal et de France. Mais derrière cette programmation riche se dessine une ambition plus profonde : structurer durablement l’astronomie à Madagascar et renforcer son ancrage continental.

Mahajanga :

L’histoire de Madagascar sous les étoiles commence à Mahajanga. C’est là que le festival a pris racine, dans une ville tournée vers la mer mais aussi vers le ciel. Année après année, l’événement a grandi, s’est structuré, a gagné en exigence scientifique.

Observation du Soleil au bord à Mahajanga

À Mahajanga, les activités ont débuté dès le 30 juin à l’Alliance Française. Jean-Philippe Uzan, Sylvain Bouley et David Baratoux ont proposé une conférence croisée abordant la cosmologie, l’exploration planétaire et les perspectives africaines dans la recherche contemporaine. La science s’est ensuite faite au théâtre : une adaptation du Le Petit Prince, orchestrée par Jean-Philippe Uzan et interprétée avec les enfants d’Écoles du Monde Madagascar, rappelant que la transmission scientifique peut aussi passer par la poésie.


Atelier à l’Alliance Française de Mahajanga et session de question réponse à l’Université de Mahajanga

A partir du 4 juillet, divers ateliers ont été organisés à l’Alliance Française comme celui sur la cosmographie qui a permis d’explorer la cartographie à grande échelle de l’Univers de manière très ludique pour les enfants. A l’Université de Mahajanga , Hélène Courtois et l’équipe de Haikintana ont présenté les avancées récentes en cosmographie et en compréhension des grandes structures de l’Univers. Les observations publiques, sur le terrain universitaire, au bord de mer, à la plage de Maroala et au Village Touristique, ont confirmé l’ancrage populaire du festival jusqu’au 6 Juillet. Le ciel devenait un espace partagé.

Denis et Hélène Courtois lors de la conférence à l’Université de Mahajanga

Antananarivo :

À Antananarivo, la dimension universitaire et internationale du festival s’est affirmée dès le 4 juillet à l’Université d’Antananarivo. Jean-Philippe Uzan a retracé « Un siècle pour comprendre pourquoi les étoiles brillent », revenant sur les révolutions théoriques du XXe siècle qui ont permis de comprendre pourquoi le Soleil brille et ainsi d’en déterminer l’évolution future. À ses côtés, Abdelkarim Boskri a abordé le suivi des satellites artificiels et des débris spatiaux, soulignant les enjeux scientifiques et stratégiques de ces observations depuis le sol africain. Une conférence qui a été co-organisée avec le parcours d’Astronomie et Astrophysique de l’université et l’association Malagasy Astronomical Society.

Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Université d’Antananarivo

Le 5 juillet au matin, à l’Institut Français de Madagascar, le point focal du festival pour la capitale, les deux intervenants ont proposé une conférence conjointe intitulée « Un siècle de révolution en astronomie, et demain ? ». Les discussions ont élargi la perspective vers les défis futurs : grands relevés cosmologiques, télescopes spatiaux, infrastructures africaines émergentes.


Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)

L’après-midi, la projection du film Interstellar a constitué un moment fort. La salle Albert Camus était comble. Jean-Philippe Uzan a accompagné la séance d’explications astrophysiques, revenant sur la relativité et les trous noirs. À la sortie, le public s’est dirigé vers la terrasse pour les observations. Les observations nocturnes ont attiré une foule dense et curieuse.

Salle pleine lors de la projection d’Interstellar à  l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)

Parallèlement, l’équipe de Haikintana animait des ateliers « Dessine-moi une constellation » et « Parcourez le ciel en 3D avec Stellarium ». L’appropriation par les jeunes participants, leur implication dans les quiz et les échanges, ont illustré l’efficacité d’une médiation interactive.


Atelier Stellarium et Observation du ciel à la médiathèque de  l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)

Antsirabe :

À Antsirabe, le festival a pris une dimension particulièrement intergénérationnelle. Dès le 4 juillet au matin, au Collège français Jules Verne, les élèves de CE2 ont participé à un atelier consacré au Soleil. Observer notre étoile en toute sécurité, comprendre ses taches, ses cycles d’activité et son rôle fondamental dans notre système planétaire : pour beaucoup, il s’agissait d’un premier contact direct avec une démarche scientifique expérimentale.

Observation du Soleil Collège français Jules Verne

L’après-midi, à l’Alliance Française d’Antsirabe, la cérémonie d’ouverture a été suivie de deux interventions marquantes. Salma Sylla a proposé une réflexion sur les dynamiques actuelles de l’astronomie en Afrique, insistant sur la montée en compétence du continent et les opportunités de coopération scientifique. Sambatriniaina Rajohnson a ensuite partagé son parcours d’astronome malagasy, un témoignage inspirant qui a suscité de nombreux échanges avec le public.


Conférence de Salma Sylla et Sambatriniaina Rajohnson à l’Alliance Française d’Antsirabe

La journée du samedi a été largement rythmée par des observations solaires, permettant à un grand nombre de visiteurs de découvrir les détails de la surface du Soleil. La Place de la Gare s’est transformée en espace scientifique ouvert, où familles, enfants et curieux se sont succédé aux télescopes.

Observation devant la Gare d’Antsirabe

Le dimanche, le festival s’est poursuivi à la Résidence des Hauts Plateaux autour d’un brunch scientifique. Salma, Sambatra et l’équipe de Haikintana ont animé une discussion ouverte sur l’astronomie, ses débouchés, ses enjeux africains et les parcours possibles pour les jeunes intéressés.


Observation du Soleil et de la Lune à l’Alliance Française d’Antsirabe

Antsiranana :

À Antsiranana, le festival a dépassé le cadre événementiel pour s’inscrire dans une dynamique structurante. Le 4 juillet au matin, les ateliers d’astronomie à l’Alliance Française ont rassemblé enfants et adolescents autour d’activités pédagogiques adaptées. L’après-midi, la cérémonie d’ouverture a donné lieu à une série de conférences pour les universitaires et le grand public.


Atelier avec les enfants à l’Alliance Française d’Antsiranana

Mializo Razanakoto a dressé un état des lieux de l’astronomie à Madagascar, mettant en lumière ses avancées et ses défis. Andoniaina Rajaonarivelo a présenté les perspectives de l’astrotourisme et la valorisation du ciel nocturne comme levier scientifique et économique. David Baratoux (France) a élargi la réflexion à l’échelle continentale avec « L’astronomie en Afrique », tandis que Sylvain Bouley (France) a exploré les grandes questions de l’exploration planétaire avec « À la recherche de la vie ».

Conférence de Mializo, Sylvain, David et Ando à l’Alliance Française d’Antsiranana

Le moment le plus structurant fut sans doute l’inauguration officielle des clubs d’astronomie à l’IST-Diego et à l’Alliance Française d’Antsiranana. Cette inauguration s’est accompagnée d’une dotation en télescopes offerte par la Société Astronomique de France, un geste concret qui transforme l’enthousiasme ponctuel en capacité d’action durable.

Club d’astronomie de l’IST Diégo et leur nouveau télescope

Le 5 juillet, les ateliers jeunesse ont été suivis d’une nouvelle session de conférences grand public consolidant les thématiques abordées la veille. En soirée, l’observation organisée à La Terrasse du Voyageur a permis de toucher un public plus large encore, dans un cadre ouvert et convivial. Suivi du 6 juillet où le festival s’est prolongé sur la plage de Ramena avec une observation du Soleil en fin d’après-midi, suivie d’une observation nocturne. Installer les télescopes face à l’océan, sous le ciel du nord malgache, a offert une image forte : celle d’une science qui sort des salles de conférence pour rejoindre directement les citoyens.


Après midi et soirée d’observation à Antsiranana

Ecole Panafricaine d’astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar

En amont du festival, du 25 juin au 1er juillet 2025, s’est tenue à Besely, sur le campus de Écoles du Monde Madagascar, la première École Panafricaine d’Astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar organisée à Madagascar. Onze jeunes astronomes issus de huit pays africains  y ont suivi une formation intensive à l’utilisation du télescope robotique de l’Observatoire.


Les participants de à l’École d’Astronomie à l’observatoire et en observation

Sylvain Bouley et David Baratoux ont consolidé les fondamentaux indispensables à tout astronome. Hélène Courtois a présenté ses travaux en cosmographie, notamment autour de la cartographie des grandes structures de l’Univers, tandis que Jean-Philippe Uzan a approfondi les notions de relativité et à deux ils ont discuté des enjeux scientifiques liés aux grandes missions spatiales contemporaines, en particulier, celui du télescope spatial Euclide auquel ils sont contribué.


Cours d’Hélène Courtois et de Jean-Philippe Uzan

La formation pratique, assurée par Arnaud Leroy, astronome principal de l’Observatoire, assisté par Andoniaina Rajaonarivelo, a porté sur l’acquisition et le traitement d’images, ainsi que sur les mesures astronomiques, notamment le suivi d’astéroïdes. C’est durant cette semaine que les premières images couleur de l’Observatoire ont été obtenues — un jalon scientifique symbolique.

Les intervenants et participants de l’École avec la première image en couleur de l’Observatoire

Au-delà de la formation technique, l’objectif est stratégique : les participants deviennent les antennes de l’Observatoire dans leurs pays respectifs. Ils pourront piloter le télescope à distance et former de nouveaux utilisateurs, élargissant ainsi l’accès africain à une infrastructure partagée.

Soulignons que cette école a été possible grâce aux différents partenaires : la Société Astronomique de France , l’Association Haikintana, l’Institut Universitaire de France, l’ Africa Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Université Paris-Saclay, l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales, l’ Uranoscope de l’Ile de France, l’ Université Claude Bernard Lyon 1 , l’Institut de recherche pour le développement (IRD) , et le CNES .

Remise de certificats

Conclusion

De Mahajanga à l’échelle nationale, puis du national au continental, la trajectoire est cohérente. Former. Structurer. Diffuser.

Madagascar sous les étoiles 2025 n’est pas seulement un festival réussi. C’est l’affirmation d’une stratégie scientifique africaine fondée sur l’accès partagé au ciel, la coopération internationale et la formation de nouvelles générations.

Lever les yeux vers les étoiles est universel.
Organiser collectivement les moyens de les observer est un choix politique, scientifique et culturel. En 2025, ce choix est clairement assumé.

Article rédigé par Andoniaina Rajaonarivelo – Haikintana Astronomy

Le Programme international du cercle méridien Europe-Afrique-Pacifique

Le Programme international du cercle méridien Europe-Afrique-Pacifique

Fédérer les recherches sur la météorologie de l’espace tout autour de la planète

Les écosystèmes terrestres et les activités humaines sont menacés par un large éventail de risques d’importance majeure pour la sécurité des infrastructures terrestres, des systèmes spatiaux et des vols spatiaux : activité solaire, séismes, perturbations atmosphériques et climatiques, modifications séculaires du champ géomagnétique, fluctuations du circuit électrique mondial et le réchauffement climatique actuel qui remodèle le climat de différents région du globe terrestre. Surveiller et comprendre ces risques majeurs afin de mieux prévoir et atténuer leurs effets constitue l’un des plus grands défis scientifiques et opérationnels du XXIème siècle. Ces divers risques laissent tous leurs empreintes caractéristiques sur l’ionosphère et la haute et moyenne atmosphère  terrestres. Pour relever ce défi majeur, une surveillance spatio-temporelle exhaustive de ces régions de l’atmosphère sur de longues périodes est nécessaire pour comprendre les processus à l’origine de ses perturbations, et une jour les prévoir. Cette surveillance peut être assurée par un réseau d’instruments terrestres bien conçu et exploité conjointement à l’échelle mondiale, à condition que ce réseau offre une bonne couverture des latitudes, longitudes et altitudes, et soit capable de caractériser la dynamique spécifique de chaque couche atmosphérique et la diversité des sources générant des perturbations.

L’objectif du Programme international du cercle méridien (IMCP), initialement proposé par l’Académie chinoise des sciences (Liu et al., 2020, 2021), est de déployer, d’intégrer et d’exploiter un tel réseau mondial d’instruments de recherche et de surveillance. Pour une couverture complète de l’atmosphère et de l’ionosphère, une participation forte et cohérente de l’Afrique et de l’Europe le long du grand cercle méridien qui les relie (approximativement le méridien 30° E) est essentielle. Le Cercle méridien international Europe-Afrique-Pacifique (IMCP-EAP) est un projet conjoint développé par de nombreux pays, sous l’égide de l’Initiative internationale sur la météorologie de l’espace (ISWI) des Nations Unies, afin de concrétiser cette coopération scientifique ambitieuse entre l’Afrique et l’Europe en faveur de la protection d’un bien commun précieux : notre environnement spatial.

Objectifs scientifiques de l’IMCP-EAP

Les objectifs scientifiques du projet sont résumés sur la Figure 1 : l’objectif principal, qui est d’observer et comprendre les impacts des perturbations naturelles et anthropiques sur l’ionosphère et l’atmosphère moyenne et haute, peut être décliné en objectifs plus précis d’études des impacts des différentes sources de perturbations : celles qui viennent « d’en haut », c.-à-d. l’activité solaire et les perturbations du milieu interplanétaire, et celles qui viennent d’ « en bas », c’est-à-dire du Système Terre lui-même : Terre solide, océans et atmosphère.

1. Objectifs du projet : recherche scientifique et de surveillance des phénomènes à risque.

Géométrie du réseau

Pour assurer la surveillance de la diversité de ces phénomènes perturbateurs, il faut un réseau déployé autour du globe qui puisse couvrir toutes les latitudes, géographiques et géomagnétiques, assurer simultanément une bonne couverture des longitudes et des temps locaux, et donner accès aux contrastes entre l’hémisphère continental et l’hémisphère « océan » (le Pacifique pour l’essentiel). D’où le choix de déployer le réseau le long de deux Grands Cercles méridiens en quadrature (Figure 2) : un premier cercle méridien 120°E – 60°O couvrant l’Asie de l’est, l’Australie de l’ouest et les deux Amériques, et un second cercle 30°E – 150°O, couvrant l’Afrique, l’Europe centrale et le milieu du Pacifique.

Le Projet Méridien Chinois (CMP), aujourd’hui déployé avec de nombreux instruments lourds et innovants (Wang et al., 2023), est un exemple de réseau régional à haute densité consacré à la météorologie de l’espace qui couvre aussi les deux calottes polaires et sert de modèle au réseau mondial IMCP.

2. Géométrie du réseau, avec ses deux grands cercles méridiens en quadrature.

 

La place éminente et les atouts de l’Afrique

L’Afrique occupe une place unique et toute particulière dans le projet : elle offre la plus longue traversée continentale de l’équateur magnétique, lieu de convergence particulièrement important de beaucoup de perturbations atmosphériques et ionosphériques, et donc un terrain d’un intérêt exceptionnel pour les étudier. L’Afrique équatoriale est le site du maximum mondial de l’activité orageuse, et donc le meilleur endroit possible pour les observer et en comprendre les effets dans les plus hautes couches de l’atmosphère. L’étendue du territoire Africain offre des larges possibilités de déploiement d’instruments d’étude atmosphérique et ionosphérique.

3. quelques-uns des équipements et réseaux de météorologie de l’espace existants ou en développement en Afrique : (a) l’Observatoire de l’Oukaimeden au Maroc, dont l’interféromètre de Fabry-Perrot observe régulièrement les vents de la haute atmosphère ; (b) le radar VHF NigerBEAR au Nigeria pour l’étude des irrégularités et du transport dans l’ionosphère équatoriale, et (c) les réseaux magnétiques et (d) les récepteurs GNSS (Géolocalisation et Navigation par un Système de Satellites) qui devraient être étendus et densifiés dans le cadre du projet IMCP-EAP.

 

Une étude récente (Baki et al., 2023, voir Figure 3) a fait le bilan de ces infrastructures de recherche de la météorologie de l’espace. Elle offre des pistes nombreuses pour poursuivre ce déploiement et assurer à terme au continent Africain la maitrise de l’étude scientifique et de la surveillance de sa haute atmosphère. Ce déploiement peut notamment être envisagé grâce aux développements en cours  dans divers laboratoires d’instruments sol performants (antennes VLF, antennes GNSS, …) et à bas coût. Pourvu que les personnels scientifiques et techniques nécessaires au projet soient formés et qu’on leur donne accès en nombre suffisant aux laboratoires qui vont le faire vivre, le projet IMCP-EAP est une opportunité majeure de développement d’activités scientifiques et spatiales en Afrique. Nous espérons qu’Africains et Européens, avec beaucoup d’autres pays dans le monde, pourront rejoindre ce projet, conduit sous l’égide de l’Initiative Internationale de Météorologie de l’Espace (ISWI) des Nations-Unies.

Frédéric Pitout(1), Michel Blanc(1), Marie Devinat(1), Olivier Le Contel(2), Christine Mazaudier(2)

  • IRAP (CNRS-Université Toulouse III-CNES), Toulouse, France
  • LPP (CNRS-Ecole Polytechnique-Sorbonne Université), Paris, France

 

Références :

  1. Baki P., B. Rabiu and 25 co-authors, The Status of SpaceWeather Infrastructure and Research in Africa. Atmosphere (2023), 14, 1791. https://doi.org/10.3390/atmos14121791
  2. http://www.issibj.ac.cn/Publications/Forum_Reports/201404/W020201105365405876299.pdf
  3. Liu W., M. Blanc and 34 co-authors, Science Objectives and Observation System for the International Meridian Circle, Taikong #19, ISSI-Beijing (2020).
  4. Liu W., M. Blanc, E. Donavan, J. Foster, M. Lester, H. Opgenoorth, L. Ren (2021), Science Objectives and Observation System for the International Meridian Circle, Science China, 2021. https://doi.org/10.1007/s11430-021-9841-8
  5. Wang C, Xu J, Liu L, Xue X, Zhang Q, Hao Y, Chen G, Li H, Li G, Luo B, Zhu Y, Wang J. (2023). Contribution of the Chinese Meridian Project to space environment research: Highlights and perspectives. Science China Earth Sciences, 66, https://doi.org/10.1007/s11430-022-1043-3

 

 

 

Madagascar, l’île où la nuit scintille encore

Madagascar, l’île où la nuit scintille encore

Madagascar est souvent célébrée pour sa biodiversité unique, mais un autre trésor, bien moins connu, mérite tout autant d’attention : son ciel nocturne. Encore relativement épargnée par la pollution lumineuse, la Grande Île offre des panoramas stellaires exceptionnels, où la Voie lactée s’étale librement, visible à l’œil nu depuis de nombreuses régions rurales. Alors que le pays poursuit son développement, avec un taux d’électrification encore faible mais en progression, notamment grâce aux énergies renouvelables, préserver cette obscurité naturelle représente une opportunité rare pour le développement de l’astronomie en Afrique. Ce potentiel est d’autant plus fort que le rapport des Malgaches au ciel est profondément ancré dans l’histoire et les traditions, fruit de vagues d’influences diverses au fil des siècles.

La voie lactée depuis Majunga

 

Un paradis noir 

Les cartes de pollution lumineuse disponibles confirment que Madagascar reste l’un des rares pays où l’on peut encore profiter d’un ciel réellement sombre. Des régions entières, comme celles autour du parc national de Kirindy Mitea ou de l’Avenue des Baobabs, sont prisées des astrophotographes et amateurs d’étoiles. Plus de 75 % de la population vit sous un ciel encore « vierge », loin de l’éclat des grandes villes, ce qui rend possible l’implantation de sites astronomiques de grande qualité. Certes, des zones urbaines comme Antananarivo ou Toamasina montrent une pollution lumineuse plus marquée, mais cela reste très localisé à l’échelle de l’île. Même certaines zones noires sur les images satellites, souvent interprétées comme des absences de lumière, peuvent offrir une excellente qualité de ciel pour l’observation.

Pollution lumineuse diffuse en 2023 (Leaflet | OpenStreetMap, NOAA, EOG, Colorado School of Mines, DarkSkyLab)

Impacts écologiques de la lumière artificielle 

Si Madagascar bénéficie encore d’un ciel sombre, les menaces ne sont pas absentes. L’introduction progressive de l’éclairage artificiel dans les zones rurales pourrait perturber des écosystèmes déjà fragiles. La faune nocturne, en particulier les lémuriens, dont certains ont des rythmes de vie étroitement liés à l’alternance jour/nuit, est vulnérable. La lumière artificielle peut altérer leur comportement, leur reproduction, voire leur survie. Les insectes nocturnes, essentiels à la pollinisation, et les espèces marines côtières, sont également concernés. Préserver l’obscurité n’est donc pas qu’une question d’astronomie, c’est aussi une nécessité pour la biodiversité unique de Madagascar.

Le ciel à l’Observatoire Ecoles du Monde Madagascar

Une dynamique astronomique en plein essor :

Les conditions exceptionnelles d’obscurité à Madagascar ouvrent un champ immense pour l’observation astronomique, tant pour la recherche que pour l’éducation ou le tourisme scientifique. Des initiatives initiées par les différentes associations d’astronomie malgache comme celles de l’association Haikintana avec la mise en place de l’Observatoire Ecoles du Monde Madagascar ou encore la participation au projet international Square Kilometre Array (SKA) témoignent d’un intérêt croissant pour l’astronomie sur l’île. L’observatoire robotisé de Besely, près de Mahajanga, est un exemple de valorisation réussie d’un ciel de qualité. À travers festivals, ateliers et conférences, des efforts sont menés pour rapprocher les publics du ciel. Préserver cette obscurité, c’est assurer un avenir à ces initiatives et favoriser l’émergence d’un astrotourisme durable et porteur pour les communautés locales.

 

Anticiper pour mieux agir

L’accès à l’électricité est une priorité pour le développement. Toutefois, la manière dont cette électrification se fait peut avoir des conséquences directes sur la qualité du ciel nocturne. L’éclairage public mal conçu ou mal orienté pourrait rapidement dégrader la visibilité astronomique. Pourtant, des solutions simples existent : lampadaires bien dirigés, intensité lumineuse adaptée, détecteurs de mouvement… Des approches responsables, inspirées notamment des recommandations de DarkSky International, permettent de concilier éclairage utile et préservation du ciel.

Antananarivo la nuit

La pollution atmosphérique comme autre menace

Outre la lumière, la pollution de l’air affecte également l’observation du ciel. À Madagascar, les feux de brousse sont une source importante de particules fines, qui obscurcissent l’atmosphère et altèrent la qualité de la lumière stellaire perçue. Cette pollution diffuse la lumière artificielle, réduit le contraste du ciel et compromet la clarté des observations. Limiter ces feux, en favorisant des alternatives agricoles durables et des sources d’énergie domestique plus propres, contribuerait à préserver un ciel limpide, bénéfique pour l’astronomie comme pour la santé publique.

Le ciel malgache lors de la période des feux de brousse

La place du ciel dans la culture malgache 

Le rapport des Malgaches au ciel ne date pas d’hier. Diverses références aux astres sont présentes dans les récits traditionnels, les pratiques agricoles et les rituels. Des figures comme le Mpanandro, astrologue traditionnel, ou des concepts comme Zanahary, le dieu céleste, illustrent l’importance du firmament dans la cosmologie locale. L’arrivée des Arabes, notamment les Antemoro, a enrichi ce patrimoine avec les manuscrits Sorabe, où les astres ont aussi leur place. Cet héritage offre une base idéale pour une valorisation culturelle du ciel à travers l’astronomie culturelle et l’astrotourisme.

Le ciel étoilé malgache depuis Antananarivo (Nicky Aina)

 

Conclusion 

Le ciel étoilé de Madagascar est une richesse rare. Il ne s’agit pas seulement d’un atout pour l’astronomie, mais d’un élément identitaire, écologique et économique. À l’heure où les nuits noires disparaissent ailleurs, Madagascar peut encore choisir un autre chemin : celui d’un développement éclairé, respectueux de la nuit. Préserver ce ciel, c’est construire un futur où science, nature et culture dialoguent harmonieusement.

 

Andoniaina Rajaonarivelo – Haikintana

Super-Terres et Mini-Neptunes confirmées par l’Observatoire de l’Oukaimeden

Super-Terres et Mini-Neptunes confirmées par l’Observatoire de l’Oukaimeden

À la fin du deuxième millénaire, l’exploration de mondes situés au-delà de notre système solaire a bouleversé notre compréhension de l’Univers et stimulé un large éventail de recherches en astrophysique. Depuis la première découverte en 1995 d’une planète en orbite autour d’une étoile de la séquence principale autre que notre Soleil –une exoplanète–, ce champ d’étude est devenu l’un des domaines scientifiques les plus dynamiques. Depuis lors, diverses missions spatiales et terrestres ont été financées spécifiquement pour détecter et caractériser ces mondes exotiques, conduisant à la découverte de plus de 5500 d’entre eux à ce jour. La plupart transitent leurs étoiles hôtes :  lorsqu’une planète passe devant son étoile hôte, son disque planétaire occulte une partie du disque stellaire, ce qui entraîne une baisse de sa brillance apparente. Cette baisse se nomme signal de ”transit”. Le suivi photométrique des étoiles, qui vise à surveiller la luminosité des étoiles en fonction du temps, peut détecter les signaux de transit, conduisant ainsi à la détection d’exoplanètes. C’est le principe de la méthode des transits utilisée pour détecter la plupart des exoplanètes connues à ce jour. La mission spatiale TESS, lancée par la NASA en 2018, augmente rapidement le nombre de planètes en transit avec un accent particulier sur les exoplanètes de taille comprise entre celle de la Terre et de Neptune et en orbite autour d’étoiles brillantes et proches de notre système solaire. Ce concept rend plus facile la caractérisation détaillée des paramètres physiques des planètes détectées, tels que leurs rayons et masses, ainsi que leurs atmosphères. TESS a déjà détecté des signaux de type transit pour des milliers de candidats exoplanètes. Cependant, plusieurs de ces signaux pourraient être produits par d’autres phénomènes, tels que les binaires à éclipses, ou à l’activité même des étoiles (étoiles variables). Certains signaux pourraient être aussi produits par des artefacts instrumentaux. Ainsi, ces signaux doivent encore être re-observés et analysés pour confirmer leurs origines planétaires, en utilisant des mesures photométriques de plus grande précision à partir des télescopes au sol.

Tappist Nord à l’Observatoire de l’Oukaimeden

 

La confirmation des signaux de transit initialement détectés par la mission a suscité l’intérêt de nombreux observatoires et astrophysiciens à travers le monde. Dans ce contexte, mes travaux de thèse se sont inscrits dans un effort international visant à observer les candidates exoplanètes en transit afin d’identifier les signaux faux positifs causées par les phénomènes susmentionnés. Dans ce cadre, j’ai utilisé les deux télescopes TRAPPIST-Nord (à l’Observatoire de L’Oukaimeden au Maroc) et TRAPPIST-Sud (à l’Observatoire de la Silla au Chili) pour le suivi photométrique des signaux de transits pour plus de 260 exoplanètes candidates. Pour la majorité de ces signaux, la signature planétaire a été confirmée !

Tappist Sud au Chili

 

Une grande partie de ma thèse a été aussi consacrée à l’étude des exoplanètes plus grandes que la Terre (super-Terres) et plus petites que Neptune (mini-Neptunes), afin de comprendre leur formation et leur évolution. Bien que ce type de planète soit répandu dans l’Univers, il est absent de notre Système solaire, ce qui limite notre compréhension de leur origine et de leur évolution. À cet égard, j’ai dirigé l’article de découverte de la planète TOI-1680 b (Mourad et al. 2023). Il s’agit d’une planète de type super-Terre, premièrement détectée par TESS, et validée par le télescope TRAPPIST-Nord ainsi que par de nombreux autres instruments. Elle est 1.46 fois plus grande que la Terre et se situe sur une orbite de 4.8 jours autour d’une étoile de petite taille et astronomiquement proche de notre système solaire (à 37.14 parsecs). Étant donné que toutes les planètes connues ayant un rayon similaire à celui de TOI-1680 b sont majoritairement rocheuses, cette planète est potentiellement de cette nature. Cette supposition sera confirmée par la mesure de sa masse planétaire issue des observations de vitesse radiale, une autre technique pour la détection et caractérisation des exoplanètes. J’ai également évalué son potentiel pour la caractérisation atmosphérique, où j’ai découvert qu’elle pourrait être une candidate prometteuse pour ces études avec le Télescope Spatiale James Webb (JWST), d’autant plus que ce système se trouve à proximité de la zone d’observation continue de JWST. J’ai également dirigé un autre article présentant la découverte de deux autres super-Terres: TOI-6002 b et TOI-5713 b (Mourad et al. 2024). Les deux planètes sont de types super-Terre et chacune en orbite de presque 10 jours autour une étoile de petite taille et astronomiquement proche de notre Soleil. Vu leurs tailles, TOI-6002 b et TOI-5713 b peuvent être soit de compositions rocheuses ou riches en eau. Au vu de leur température de surface et de leur distance respective à l’étoile, il n’est pas clair si elles ont conservé leur atmosphère ou non. Ces résultats les classent comme des cibles importantes pour déterminer leur masse via des observations de vitesse radiale.

Mourad GHACHOUI et Emmanuel Jehin à l’observatoire de l’Oukaimeden

 

Lorsque leurs masses seront déterminées, les planètes découvertes seront ajoutées à l’échantillon d’exoplanètes sur lequel des investigations statistiques approfondies seront menées pour comprendre comment les super-Terres et les mini-Neptunes se forment et évoluent autour des étoiles de petite taille. Ces études seront effectuées sur la base de la Vallée des Rayons (Radius Valley) –un déficit de planètes entre 1.5 et 2 rayons terrestres, séparant les super-Terres rocheuses des mini-Neptunes riches en gaz. Elle résulte probablement de la perte d’atmosphère due au rayonnement stellaire. Il est intéressant de noter que les deux planètes sont situées près du bord intérieur de la zone habitable de leurs étoiles hôtes, ce qui en fait également des cibles intéressantes pour de futures études atmosphériques visant à élargir notre compréhension de l’habitabilité potentielle autour des étoiles de petite taille et comment des planètes potentiellement habitables deviennent des planètes semblables à Vénus.

Actuellement, en tant qu’astrophysicien enseignant-chercheur à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech (Maroc) et à l’Observatoire de l’Oukaimeden, je poursuis mes efforts de recherche dans la détection et la caractérisation de ces mondes exotiques, ainsi que dans l’étude de leur histoire de formation et d’évolution.

 

Mourad GHACHOUI 

Notes:

  1. Ghachoui, M., et al. (2023) TESS discovery of a super-Earth orbiting the M-dwarf star TOI-1680. A&A 677, A31. https://doi.org/10.1051/0004-6361/202347040
  2. Ghachoui, M., et al. (2024) TESS discovery of two super-Earths orbiting the M-dwarf stars TOI-6002 and TOI-5713 near the radius valley. A&A 690, A263. https://doi.org/10.1051/0004-6361/202451120

 

 

 

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