par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Actualités
Le 13 janvier 2026, une comète, désormais nommée C/2026 A1 (MAPS), a été découverte par une équipe d’astronomes amateurs dans le cadre du programme MAPS. Très rapidement, l’analyse orbitale a révélé une trajectoire exceptionnelle : un passage extrêmement proche du Soleil, caractéristique des comètes rasantes (sungrazer) du groupe de Kreutz.
Cette découverte est remarquable à plus d’un titre. D’une part, elle démontre une nouvelle fois la capacité des astronomes amateurs à contribuer de manière significative à la recherche contemporaine. D’autre part, C/2026 A1 (MAPS) constitue un cas scientifique unique pour l’instant : une comète de la famille de Kreutz détectée plusieurs mois avant son périhélie, à une distance héliocentrique de 2 unités astronomiques.
Le projet
MAPS est un programme de surveillance automatisée du ciel, dédié à la détection d’objets mobiles faiblement lumineux : astéroïdes géocroiseurs, comètes lointaines et objets atypiques de la ceinture principale. Son acronyme MAPS est dérivé du nom de ses fondateurs et animateurs : Alain Maury, Georges Attard, Daniel Parrott et Florian Signoret.
MAPS est né de la volonté d’Alain Maury et de Georges Attard de transposer dans un cadre amateur des méthodes inspirées des grands relevés (surveys) professionnels. Le relevé repose sur quatre télescopes à grand champ, installés sur une même monture robotisée située dans le désert d’Atacama (Chili), à l’observatoire San Pedro de Atacama Celestial Explorations (SPACE).
MAPS utilise la technique du suivi synthétique (synthetic tracking) : au lieu d’empiler les images à vitesse sidérale, celles-ci sont combinées selon des vecteurs de déplacement hypothétiques.
La comète
Avec C/2026 A1 (MAPS), les images ont immédiatement révélé un objet diffus présentant une coma bien développée, excluant l’hypothèse d’un astéroïde.
Les premières mesures astrométriques ont été transmises au Minor Planet Center (MPC), où l’objet a été catalogué sous la désignation provisoire 6AC4721. L’amélioration rapide de l’arc d’observation, passant de quelques heures à plusieurs jours, a permis de stabiliser les éléments orbitaux et de confirmer la nature cométaire de l’objet, notamment en raison d’une orbite rétrograde.
La publication officielle a suivi rapidement, et l’objet a reçu la désignation définitive C/2026 A1 (MAPS), reconnaissant explicitement le rôle du programme et de ses découvreurs.
C/2026 A1 (MAPS) est la première comète du groupe de Kreutz détectée suffisamment tôt pour permettre des observations détaillées loin du Soleil.
Des études plus poussées devraient résoudre plusieurs questions, en particulier pour déterminer si les comètes de Kreutz diffèrent chimiquement des comètes de longue période plus « classiques », dès leur origine, ou si leurs propriétés actuelles résultent principalement de leur histoire thermique.
Le noyau pourrait se fragmenter avant le périhélie (début avril), causant une augmentation brutale de luminosité sur une courte période (nous pourrions espérer voir la comète en plein jour). Quelle que soit son évolution au périhélie, C/2026 A1 (MAPS) promet des avancées scientifiques, et démontre la complémentarité entre astronomes amateurs et professionnels.
Georges Attard, Alain Maury, Florian Signoret, Denis Huber
Programme MAPS

À gauche, capture d’écran du logiciel Tycho Tracker lors de la découverte le 13 janvier 2026. À droite, photographie du relevé MAPS à San Pedro de Atacama (Chili). (Crédit : MAPS)
par Petank SORO | Avr 1, 2026 | Au fil des étoiles
Propos recueillis par David Baratoux pour L’Astronomie Afrique.

La salle de contrôle de vol du Space Telescope Science Institute à Baltimore. C’est depuis cette salle que les scientifiques ont suivi le lancement du télescope James Webb. (Photo: Washington Post par Katherine Frey, Crédit: Seattletimes)
Meriem, vous travaillez au Space Telescope Science Institute, le STScI, aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est exactement cette institution et quel rôle elle joue dans l’astronomie mondiale ?
Le STScI, c’est en quelque sorte le quartier général de l’astronomie spatiale. Fondé en 1981 par la NASA, c’est l’institution qui opère le télescope Hubble depuis 1990 et le JWST (James Webb Space Telescope) depuis son lancement en 2022. À la fois centre de recherche, salle de contrôle et immense bibliothèque de données spatiales, c’est là que les chercheurs du monde entier soumettent leurs idées d’observation, que les télescopes sont pilotés, et que les données sont traitées puis partagées avec toute la communauté scientifique mondiale. Pour moi, qui ai grandi au Maroc, travailler ici est une chance que je mesure chaque jour.
Comment s’est passé votre recrutement pour rejoindre ce centre ? Était-ce très compétitif ? Avez-vous perçu le fait d’être Marocaine comme une difficulté, un risque de devoir faire face à des préjugés lors de votre candidature ?
Le recrutement suit un processus très formel avec un dossier scientifique, des lettres de recommandation, et des entretiens. C’est effectivement très compétitif, le STScI attire des candidats du monde entier, et les postes de post-doctorat y sont extrêmement demandés. Ce qui m’a peut-être donné un avantage, c’est mon double profil, à la fois observatrice et modélisatrice, et surtout bien ancrée dans une communauté scientifique impliquée dans les premières analyses des données JWST. Mes travaux à l’Institut d’Astrophysique Spatiale, à l’Université Paris Saclay ont été déterminants à cet égard.
Quant à la question sur mes origines. C’est une question que je me pose toujours avant chaque recrutement. Est-ce que mon nom, mon origine, mon parcours allaient peser dans la balance d’une façon ou d’une autre ? Quand on postule, on sait qu’on est en concurrence avec des collègues formés dans les plus grandes universités américaines, qui ont souvent des réseaux plus établis dans ce milieu. Ça demande une vraie confiance en son travail, et une capacité à ne pas se laisser décourager par le doute, ce syndrome que beaucoup de jeunes chercheuses connaissent, et que certains profils comme le mien peuvent ressentir de façon amplifiée.
Ce que je sais, c’est que j’ai postulé avec un dossier scientifique que je défendais pleinement, et que j’ai été soutenue par des mentors qui ont cru en mon travail. Et quelque part, je crois que ma singularité et ma perspective n’étaient pas un obstacle, elles ont convaincu. En travaillant ici, j’ai compris que la meilleure science émerge précisément de cette richesse-là.
Vous mentionnez la sélection des propositions d’observation. Comment fonctionne ce processus, qui décide ce que le JWST va observer ?
C’est le STScI qui organise et coordonne ce processus, mais dans le fond, c’est la communauté scientifique mondiale qui décide. Chaque année, des chercheurs de tous les pays sont invités à soumettre leurs idées d’observation. Ces propositions sont ensuite évaluées par d’autres scientifiques selon un système dit « doublement anonyme » : ni les évaluateurs ne savent qui a soumis la proposition, ni les chercheurs ne savent qui les évalue. Cela permet de juger la science pour ce qu’elle est, sans que le nom de l’institution ou la notoriété du chercheur n’influence la décision.
Et en pratique, est-ce que ça se traduit par beaucoup de demandes ? Le télescope est-il si sollicité ?
Énormément ! Et justement, les résultats du Cycle 5, qui correspond à la cinquième année de science du JWST, viennent d’être publiés aujourd’hui même, donc je peux vous donner des chiffres tout frais ! Pas moins de 2 855 propositions ont été soumises cette année, réclamant près de 100 000 heures d’observation pour seulement 8 000 heures disponibles. Le comité d’allocation a formulé ses recommandations à la direction du STScI, qui a approuvé la sélection finale de 254 programmes. Une proposition sur douze est acceptée.
Ce qui me touche dans ces chiffres, c’est la diversité : les propositions retenues émanent de 2 333 chercheurs issus de 37 pays différents, et 46% d’entre elles sont portées par des chercheurs qui utilisent le JWST pour la première fois. Ce n’est pas un club fermé, une équipe en Afrique peut tout à fait obtenir du temps sur le JWST face à une grande université américaine ou européenne, à condition que la science soit solide.
Il y a aussi une dimension archive qui est centrale au STScI. Qu’est-ce que le MAST, et pourquoi est-ce important pour l’astronomie mondiale ?
Le MAST (Mikulski Archive for Space Telescopes, Spotlight on Data: MAST | Science Data Portal) est une plateforme qui conserve et distribue les données de plus de vingt missions astronomiques. C’est une bibliothèque astronomique ouverte, accessible à n’importe quel chercheur dans le monde, gratuitement. Elle rassemble les données de Hubble, du JWST, mais aussi de missions comme TESS pour les exoplanètes, Swift, GALEX, et bien d’autres encore.
Ce qui est remarquable, c’est que la majorité des publications scientifiques qui citent des données Hubble reposent sur des observations archivées, pas nécessairement sur des observations nouvelles. Les données continuent de produire de la science des années, parfois des décennies après avoir été collectées. Pour un jeune chercheur africain qui n’a pas accès à un grand observatoire, le MAST est une porte d’entrée réelle vers la recherche de pointe. J’ai moi-même construit une partie de ma thèse sur des données d’archives.
Les données du JWST sont accessibles via MAST, avec des outils de recherche croisée avec Hubble et d’autres observatoires, ce qui permet une science multi-longueurs d’onde extrêmement puissante. Et STScI traduit aussi ces résultats en images, récits et vidéos pour le grand public, ce travail de médiation fait aussi partie intégrante de notre mission.
Parlons de votre propre recherche au STScI. Sur quoi travaillez-vous en ce moment, et qu’est-ce qui rend votre programme d’observation avec le JWST particulièrement original ?
Un des programmes sur lesquels je travaille porte sur le Petit Nuage de Magellan, une galaxie naine voisine de la Voie Lactée, visible à l’œil nu depuis l’hémisphère sud. Ce qui la rend si précieuse scientifiquement, c’est qu’elle présente une composition chimique très différente de notre galaxie : elle contient beaucoup moins d’éléments lourds, ce que les astronomes appellent les « métaux », c’est-à-dire tout ce qui est plus lourd que l’hélium. Cela en fait un analogue local des galaxies de l’univers jeune : en l’observant aujourd’hui, on peut étudier des processus chimiques similaires à ceux qui se déroulaient dans l’univers à ses débuts, sans avoir à regarder à des milliards d’années-lumière de distance.

Une image optique du télescope spatial Hubble révèle une partie du Petit Nuage de Magellan. (Crédit image : NASA/ESA/STScI/AURA)
Ce que j’étudie précisément, ce sont les interfaces des nuages moléculaires, des zones de transition composées de gaz et de poussière sculptées par le rayonnement intense de jeunes étoiles massives. C’est là où se joue une grande partie de la chimie interstellaire : des molécules organiques complexes, notamment les hydrocarbures aromatiques polycycliques (ou PAHs), y sont détruites, reconfigurées, et potentiellement réassemblées. Ces molécules sont considérées comme l’un des plus grands réservoirs de matière organique de l’univers. Comprendre comment ces molécules évoluent dans des environnements extrêmes comme le Petit Nuage de Magellan, c’est mieux comprendre comment la matière entre les étoiles se transforme et s’enrichit au fil du temps.
Un mot pour les jeunes astronomes africains qui rêvent de contribuer un jour à ces grandes missions ?
Je leur dirais que les données sont là, disponibles pour tout le monde. Le MAST est un projet financé par la NASA pour mettre à disposition de la communauté astronomique mondiale des archives ouvertes, couvrant l’optique, l’ultraviolet et l’infrarouge. Il suffit d’une connexion internet et de savoir coder en Python pour commencer à analyser des données de classe mondiale. La barrière n’est plus instrumentale, elle est dans la formation et la confiance en soi.
Rejoignez des équipes qui ont déjà une expérience d’observation, participez aux ateliers JWST et aux appels à propositions en équipe et n’oubliez pas que chaque observation du JWST finit dans une archive publique, disponible pour toujours. La science que vous ferez dans dix ans avec ces données n’a peut-être pas encore été imaginée.
Le Space Telescope Science Institute met à disposition une documentation technique complète sur jwst-docs.stsci.edu, que l’on appelle le JDox. C’est la référence centrale pour tout ce qui concerne le fonctionnement du télescope et les outils de proposition. Et pour ceux qui préfèrent apprendre en vidéo, la chaîne YouTube JWSTObserver propose des tutoriels sur une grande variété de sujets : comment utiliser les outils de planification d’observations, comment préparer une proposition, comment analyser les données. On y trouve aussi les enregistrements des JWebbinars et des séminaires réguliers sur l’analyse des données JWST. Tout est gratuit, tout est accessible. Il n’y a aucune raison qu’un jeune astronome africain ne s’en empare pas.
Au-delà de la recherche, est-ce que le grand public peut suivre ce que fait le JWST en temps réel ? Quelles ressources recommanderiez-vous à un passionné d’astronomie, ou même à un simple curieux ?
Absolument et c’est l’une des choses qui me rend fière de travailler dans cet écosystème. Il y a des ressources vraiment remarquables, accessibles à tous, gratuitement.
La première que je recommande, c’est spacetelescopelive.org/webb, un site qui montre en temps réel ce que le JWST est en train d’observer. Quelle cible, quel instrument, quelle durée d’exposition. C’est fascinant, on peut littéralement suivre le télescope dans son travail quotidien.
universe-of-learning.org est une plateforme NASA développée par le STScI en partenariat avec Caltech/IPAC, le Center for Astrophysics de Harvard & Smithsonian, et le Jet Propulsion Laboratory. Elle connecte le grand public aux données, aux découvertes et aux experts des missions spatiales de la NASA. On y trouve des milliers d’images collectées par des télescopes spatiaux, des visualisations 3D d’objets cosmiques, et des activités concrètes pour tous les âges. C’est une mine d’or pour les enseignants, les animateurs scientifiques, et les curieux.
Et puis il y a les réseaux sociaux. Les comptes officiels de @SpaceTelescope @NASAWebb et @HubbleTelescope publient régulièrement des images spectaculaires accompagnées d’explications accessibles. Le STScI est aussi très actif sur Instagram @space_telescopes et YouTube @spacetelescopevision, avec des vidéos de médiation scientifique de haute qualité.
par Petank SORO | Mar 27, 2026 | Au fil des étoiles
De Mahajanga à l’échelle continentale : structurer l’accès africain au ciel

Lancement du festival et de l’école à Institut Français de Madagascar
L’association Haikintana, en collaboration avec la Société Astronomique de France, l’Institut Français de Madagascar, les Alliances Françaises d’Antsirabe, d’Antsiranana et de Mahajanga, l’African Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Institut Supérieur de Technologie de Diégo, Écoles du Monde Madagascar, ainsi que ses partenaires, l’Institut Universitaire de France, VIMA Vision Madagascar et IAU NOC Madagascar, a organisé du 4 au 6 juillet 2025 la troisième édition du Festival d’Astronomie Madagascar sous les étoiles.
Après deux éditions couronnées de succès à Mahajanga puis à Antananarivo, le festival a franchi en 2025 une étape historique : son extension simultanée à quatre grandes villes, Antsirabe, Antananarivo, Antsiranana et Mahajanga, marquant la première organisation d’un festival d’astronomie à l’échelle nationale à Madagascar.
Gratuit et ouvert à tous, l’événement a accueilli plusieurs milliers de personnes en proposant observations du Soleil et de la Lune, conférences, ateliers pédagogiques, projections, astroquiz et rencontres avec des invités nationaux et internationaux venus du Maroc, du Sénégal et de France. Mais derrière cette programmation riche se dessine une ambition plus profonde : structurer durablement l’astronomie à Madagascar et renforcer son ancrage continental.
Mahajanga :
L’histoire de Madagascar sous les étoiles commence à Mahajanga. C’est là que le festival a pris racine, dans une ville tournée vers la mer mais aussi vers le ciel. Année après année, l’événement a grandi, s’est structuré, a gagné en exigence scientifique.

Observation du Soleil au bord à Mahajanga
À Mahajanga, les activités ont débuté dès le 30 juin à l’Alliance Française. Jean-Philippe Uzan, Sylvain Bouley et David Baratoux ont proposé une conférence croisée abordant la cosmologie, l’exploration planétaire et les perspectives africaines dans la recherche contemporaine. La science s’est ensuite faite au théâtre : une adaptation du Le Petit Prince, orchestrée par Jean-Philippe Uzan et interprétée avec les enfants d’Écoles du Monde Madagascar, rappelant que la transmission scientifique peut aussi passer par la poésie.

Atelier à l’Alliance Française de Mahajanga et session de question réponse à l’Université de Mahajanga
A partir du 4 juillet, divers ateliers ont été organisés à l’Alliance Française comme celui sur la cosmographie qui a permis d’explorer la cartographie à grande échelle de l’Univers de manière très ludique pour les enfants. A l’Université de Mahajanga , Hélène Courtois et l’équipe de Haikintana ont présenté les avancées récentes en cosmographie et en compréhension des grandes structures de l’Univers. Les observations publiques, sur le terrain universitaire, au bord de mer, à la plage de Maroala et au Village Touristique, ont confirmé l’ancrage populaire du festival jusqu’au 6 Juillet. Le ciel devenait un espace partagé.

Denis et Hélène Courtois lors de la conférence à l’Université de Mahajanga
Antananarivo :
À Antananarivo, la dimension universitaire et internationale du festival s’est affirmée dès le 4 juillet à l’Université d’Antananarivo. Jean-Philippe Uzan a retracé « Un siècle pour comprendre pourquoi les étoiles brillent », revenant sur les révolutions théoriques du XXe siècle qui ont permis de comprendre pourquoi le Soleil brille et ainsi d’en déterminer l’évolution future. À ses côtés, Abdelkarim Boskri a abordé le suivi des satellites artificiels et des débris spatiaux, soulignant les enjeux scientifiques et stratégiques de ces observations depuis le sol africain. Une conférence qui a été co-organisée avec le parcours d’Astronomie et Astrophysique de l’université et l’association Malagasy Astronomical Society.

Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Université d’Antananarivo
Le 5 juillet au matin, à l’Institut Français de Madagascar, le point focal du festival pour la capitale, les deux intervenants ont proposé une conférence conjointe intitulée « Un siècle de révolution en astronomie, et demain ? ». Les discussions ont élargi la perspective vers les défis futurs : grands relevés cosmologiques, télescopes spatiaux, infrastructures africaines émergentes.

Conférence de Jean-Philippe Uzan et Abdelkarim Boskri à l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
L’après-midi, la projection du film Interstellar a constitué un moment fort. La salle Albert Camus était comble. Jean-Philippe Uzan a accompagné la séance d’explications astrophysiques, revenant sur la relativité et les trous noirs. À la sortie, le public s’est dirigé vers la terrasse pour les observations. Les observations nocturnes ont attiré une foule dense et curieuse.

Salle pleine lors de la projection d’Interstellar à l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
Parallèlement, l’équipe de Haikintana animait des ateliers « Dessine-moi une constellation » et « Parcourez le ciel en 3D avec Stellarium ». L’appropriation par les jeunes participants, leur implication dans les quiz et les échanges, ont illustré l’efficacité d’une médiation interactive.

Atelier Stellarium et Observation du ciel à la médiathèque de l’Institut Français de Madagascar (Photo de Mianoka Andriamandroso)
Antsirabe :
À Antsirabe, le festival a pris une dimension particulièrement intergénérationnelle. Dès le 4 juillet au matin, au Collège français Jules Verne, les élèves de CE2 ont participé à un atelier consacré au Soleil. Observer notre étoile en toute sécurité, comprendre ses taches, ses cycles d’activité et son rôle fondamental dans notre système planétaire : pour beaucoup, il s’agissait d’un premier contact direct avec une démarche scientifique expérimentale.

Observation du Soleil Collège français Jules Verne
L’après-midi, à l’Alliance Française d’Antsirabe, la cérémonie d’ouverture a été suivie de deux interventions marquantes. Salma Sylla a proposé une réflexion sur les dynamiques actuelles de l’astronomie en Afrique, insistant sur la montée en compétence du continent et les opportunités de coopération scientifique. Sambatriniaina Rajohnson a ensuite partagé son parcours d’astronome malagasy, un témoignage inspirant qui a suscité de nombreux échanges avec le public.

Conférence de Salma Sylla et Sambatriniaina Rajohnson à l’Alliance Française d’Antsirabe
La journée du samedi a été largement rythmée par des observations solaires, permettant à un grand nombre de visiteurs de découvrir les détails de la surface du Soleil. La Place de la Gare s’est transformée en espace scientifique ouvert, où familles, enfants et curieux se sont succédé aux télescopes.

Observation devant la Gare d’Antsirabe
Le dimanche, le festival s’est poursuivi à la Résidence des Hauts Plateaux autour d’un brunch scientifique. Salma, Sambatra et l’équipe de Haikintana ont animé une discussion ouverte sur l’astronomie, ses débouchés, ses enjeux africains et les parcours possibles pour les jeunes intéressés.

Observation du Soleil et de la Lune à l’Alliance Française d’Antsirabe
Antsiranana :
À Antsiranana, le festival a dépassé le cadre événementiel pour s’inscrire dans une dynamique structurante. Le 4 juillet au matin, les ateliers d’astronomie à l’Alliance Française ont rassemblé enfants et adolescents autour d’activités pédagogiques adaptées. L’après-midi, la cérémonie d’ouverture a donné lieu à une série de conférences pour les universitaires et le grand public.

Atelier avec les enfants à l’Alliance Française d’Antsiranana
Mializo Razanakoto a dressé un état des lieux de l’astronomie à Madagascar, mettant en lumière ses avancées et ses défis. Andoniaina Rajaonarivelo a présenté les perspectives de l’astrotourisme et la valorisation du ciel nocturne comme levier scientifique et économique. David Baratoux (France) a élargi la réflexion à l’échelle continentale avec « L’astronomie en Afrique », tandis que Sylvain Bouley (France) a exploré les grandes questions de l’exploration planétaire avec « À la recherche de la vie ».

Conférence de Mializo, Sylvain, David et Ando à l’Alliance Française d’Antsiranana
Le moment le plus structurant fut sans doute l’inauguration officielle des clubs d’astronomie à l’IST-Diego et à l’Alliance Française d’Antsiranana. Cette inauguration s’est accompagnée d’une dotation en télescopes offerte par la Société Astronomique de France, un geste concret qui transforme l’enthousiasme ponctuel en capacité d’action durable.

Club d’astronomie de l’IST Diégo et leur nouveau télescope
Le 5 juillet, les ateliers jeunesse ont été suivis d’une nouvelle session de conférences grand public consolidant les thématiques abordées la veille. En soirée, l’observation organisée à La Terrasse du Voyageur a permis de toucher un public plus large encore, dans un cadre ouvert et convivial. Suivi du 6 juillet où le festival s’est prolongé sur la plage de Ramena avec une observation du Soleil en fin d’après-midi, suivie d’une observation nocturne. Installer les télescopes face à l’océan, sous le ciel du nord malgache, a offert une image forte : celle d’une science qui sort des salles de conférence pour rejoindre directement les citoyens.

Après midi et soirée d’observation à Antsiranana
Ecole Panafricaine d’astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar
En amont du festival, du 25 juin au 1er juillet 2025, s’est tenue à Besely, sur le campus de Écoles du Monde Madagascar, la première École Panafricaine d’Astronomie d’Ecoles du Monde Madagascar organisée à Madagascar. Onze jeunes astronomes issus de huit pays africains y ont suivi une formation intensive à l’utilisation du télescope robotique de l’Observatoire.

Les participants de à l’École d’Astronomie à l’observatoire et en observation
Sylvain Bouley et David Baratoux ont consolidé les fondamentaux indispensables à tout astronome. Hélène Courtois a présenté ses travaux en cosmographie, notamment autour de la cartographie des grandes structures de l’Univers, tandis que Jean-Philippe Uzan a approfondi les notions de relativité et à deux ils ont discuté des enjeux scientifiques liés aux grandes missions spatiales contemporaines, en particulier, celui du télescope spatial Euclide auquel ils sont contribué.

Cours d’Hélène Courtois et de Jean-Philippe Uzan
La formation pratique, assurée par Arnaud Leroy, astronome principal de l’Observatoire, assisté par Andoniaina Rajaonarivelo, a porté sur l’acquisition et le traitement d’images, ainsi que sur les mesures astronomiques, notamment le suivi d’astéroïdes. C’est durant cette semaine que les premières images couleur de l’Observatoire ont été obtenues — un jalon scientifique symbolique.

Les intervenants et participants de l’École avec la première image en couleur de l’Observatoire
Au-delà de la formation technique, l’objectif est stratégique : les participants deviennent les antennes de l’Observatoire dans leurs pays respectifs. Ils pourront piloter le télescope à distance et former de nouveaux utilisateurs, élargissant ainsi l’accès africain à une infrastructure partagée.
Soulignons que cette école a été possible grâce aux différents partenaires : la Société Astronomique de France , l’Association Haikintana, l’Institut Universitaire de France, l’ Africa Initiative for Planetary and Space Sciences, l’Université Paris-Saclay, l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales, l’ Uranoscope de l’Ile de France, l’ Université Claude Bernard Lyon 1 , l’Institut de recherche pour le développement (IRD) , et le CNES .

Remise de certificats
Conclusion
De Mahajanga à l’échelle nationale, puis du national au continental, la trajectoire est cohérente. Former. Structurer. Diffuser.
Madagascar sous les étoiles 2025 n’est pas seulement un festival réussi. C’est l’affirmation d’une stratégie scientifique africaine fondée sur l’accès partagé au ciel, la coopération internationale et la formation de nouvelles générations.
Lever les yeux vers les étoiles est universel.
Organiser collectivement les moyens de les observer est un choix politique, scientifique et culturel. En 2025, ce choix est clairement assumé.
Article rédigé par Andoniaina Rajaonarivelo – Haikintana Astronomy