LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE
Identification de nouvelles molécules organiques dans les boues du cratère Gale de Mars

Identification de nouvelles molécules organiques dans les boues du cratère Gale de Mars

Le rover Curiosity de la Nasa a pris ce selfie le 25 octobre 2020, après avoir prélevé un échantillon de roche à un endroit surnommé « Mary Anning ». Après des années d’analyses approfondies, l’échantillon a révélé la plus grande diversité de molécules organiques jamais trouvée sur Mars. (Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS)

C’est en septembre 2020 (sol 2879) que le rover Curiosity a foré la roche baptisée Mary Anning 3, au cœur du cratère Gale, pour l’analyser avec l’instrument SAM. Il a ensuite fallu cinq ans d’analyse pour identifier les 21 molécules organiques présentes dans l’échantillon, dont certaines ont été détectées pour la première fois sur Mars.

Les forages
Le rover Curiosity a atterri sur Mars le 6 août 2012, avec pour objectif l’exploration de l’habitabilité de Mars dans le passé [1]. Équipé de dix instruments dédiés à l’identification et l’analyse des différents échantillons qui seront prélevés au cours de ses pérégrinations, il a au cours de ces quatorze ans sillonné le cratère Gale, formé il y a 3,7 milliards d’années, à l’époque où la vie est apparue sur Terre.
Un premier forage effectué en 2013 dans la dépression « Yellowknife Bay » (le forage Cumberland) a permis l’identification de longues chaînes carbonées dans cet échantillon martien prélevé dans un sol qui héberge des dépôts fluvio-lacustres, raison de son choix pour la mission MSL (Mars Science Laboratory), ensuite appelée Curiosity, de la Nasa. Les analyses à l’aide de l’instrument SAM à bord du rover ont permis l’identification de très longues chaînes carbonées [2], comme rappelé récemment dans l’Astronomie (no 194, juin 2025).
Après Yellowknife Bay, Curiosity s’est dirigé vers les premières pentes du mont Sharp autrefois recouvertes de lacs et de cours d’eau, où un autre territoire appelé « Glen Torridon » a été choisi comme terrain d’investigation (fig. 1). C’est une zone riche en minéraux argileux (des phyllosilicates) particulièrement efficaces pour la conservation de la matière organique et qui témoignent d’un passé humide dans cette zone ; de nouveaux forages ont été effectués, toujours dans le même objectif d’y dénicher des traces de matière organique. Le 3 mai 2021 (sol 2879 de la mission Curiosity), la roche baptisée Mary Anning 3 a été forée (fig. 2). La foreuse, fixée à l’extrémité du bras robotique, pulvérise la roche et introduit la poudre dans une coupelle de l’instrument SAM [3] (Sample Analysis on Mars) qui est un mini-laboratoire à bord de Curiosity où se font les analyses des échantillons forés.

La caméra MastCam de Curiosity a capturé le 3 février 2019 cette mosaïque de la région du mont Sharp riche en roches argileuses formées il y a des milliards d’années, à l’époque où des lacs et des cours d’eau existaient. L’échantillon « Mary Anning 3 » a été découvert dans cette zone argileuse. (Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS)

 

Gros plan sur la roche « Mary Anning », forée par Curiosity ; l’échantillon dans lequel le rover a trouvé un grand nombre de molécules organiques provient de « Mary Anning 3 ». (Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS)

Les analyses
Dans une première étape de l’analyse, appelée thermochemolyse [4], les minéraux à analyser sont soumis à l’action d’un réactif alcalin appelé TMAH (hydroxyde de tétraméthylammonium), ce qui représente une amélioration notoire par rapport à l’analyse de l’échantillon Cumberland, où ce réactif n’était pas utilisé. L’utilisation du TMAH libère les molécules piégées dans les minéraux de la roche, avant que l’ensemble ne soit chauffé dans un four porté à 550 °C. Ce traitement permet leur analyse par les trois instruments composant SAM, à savoir un chromatographe en phase gazeuse, un spectromètre de masse et un spectromètre à absorption laser ; le chromatographe sépare les composants qui sont envoyés vers le spectromètre de masse pour identification moléculaire et le spectromètre à absorption laser afin d’obtenir la composition isotopique du carbone et de l’oxygène [4].

Un article récent, paru dans Nature Communications [5] précise la grande variété de molécules organiques complexes identifiées. Vingt et une molécules carbonées ont été caractérisées, certaines identiques à ce qui avait été trouvé dans l’échantillon Cumberland ; toutefois, grâce à la thermochemolyse, il a été possible de détecter sept nouvelles molécules, comprenant des cycles aromatiques, non caractérisées en l’absence de TMAH et qui sont détectées pour la première fois sur Mars : le benzothiophène (C6H4C2H2S), molécule retrouvée sur Terre et présente dans de nombreuses météorites ; le benzoate de méthyle (C8H8O2) ; le triméthylbenzène et le tétraméthylbenzène (respectivement C9H12 et C10H14) ; et enfin le naphtalène C10H8 et deux de ses composés (respectivement le dihydronaphtalène C10H10 et le méthylnaphtalène C11H10). La présence probable d’un cycle carboné contenant de l’azote est aussi soulignée.

Ces résultats sont très excitants, même si, évidemment, ils ne permettent pas d’affirmer que ces molécules, ou certaines d’entre elles, sont d’origine biologique, ce qui pourrait confirmer que la vie a existé sur Mars dans un lointain passé ; une origine géologique n’est pas à ignorer. Ce que ces résultats montrent est que l’environnement martien ancien préservait une grande diversité chimique qui a été protégée pendant plus de 3,5 milliards d’années de toute altération du manteau ou d’une interaction avec les rayonnements ayant frappé la planète.

Afin de valider leurs résultats, les auteurs de l’article ont pris la précaution de tester la technique de thermochemolyse sur Terre en l’appliquant à un échantillon de la météorite de Murchison, vieille de plus de 4 milliards d’années et comprenant des molécules organiques complexes ; le TMAH s’est révélé tout à fait capable de décomposer ces différentes molécules.

La seconde des deux seules coupelles contenant du TMAH à bord de Curiosity est présente dans l’instrument SAM, prête à être utilisée quand l’occasion se présentera.

Le futur
Les auteurs de l’étude insistent bien sur le fait que cette découverte de multiples molécules organiques complexes ne permet pas d’affirmer que la vie a existé sur Mars il y a plus de 3 milliards d’années, ces molécules pouvant avoir une origine purement géologique. Toutefois, ils soulignent l’importance de pouvoir préserver la diversité chimique présente il y a 3,5 milliards d’années et la retrouver de nos jours grâce aux expériences de thermochemolyse embarquées sur un rover ; les résultats décrits ici ouvrent la voie à une nouvelle génération d’instruments ayant la possibilité d’effectuer ce type d’analyses lors des missions futures.

Ainsi, une version améliorée de SAM, l’expérience MOMA (Mars Organic Molecule Analyser – analyseur moléculaire organique martien), est déjà prévue pour équiper le rover Rosalind-Franklin (fig. 3) du programme ExoMars de l’Esa [6], et pour pouvoir détecter des molécules organiques et établir leur origine biotique ou abiotique. Le lancement doit intervenir fin 2028 à bord d’une fusée Falcon Heavy de SpaceX depuis le Kennedy Space Center. On attend l’atterrissage sur Mars en 2030. Contrairement à Curiosity, ce rover forera jusqu’à deux mètres de profondeur, là où la matière organique reste mieux préservée des rayonnements cosmiques. De son côté, la Nasa doit équiper la mission Dragonfly avec un instrument similaire, le Dragonfly Mass Spectrometer, pour explorer Titan, la lune de Saturne riche en chimie organique, le décollage étant prévu en 2028 pour une arrivée en 2034. Ces deux instruments pourront effectuer des analyses chimiques par voie humide avec le solvant TMAH.

Vue d’artiste du rover Rosalind-Franklin. (Crédit : Thales Alenia Space)

La thermochemolyse au TMAH, testée pour la première fois sur Mars par Curiosity, s’impose ainsi comme un outil central de l’astrobiologie planétaire des prochaines décennies.

Article écrit par :
Janet Borg | Institut d’astrophysique spatiale

Notes

  1. La vie telle que nous pouvons l’imaginer (et la reconnaître) à partir de notre expérience terrestre se base sur la chimie du carbone en solution dans l’eau liquide et une évolution par réplication/reproduction. Pour être habitable, c’est-à-dire éventuellement propice à l’apparition de la vie, une planète doit présenter quatre critères : avoir du carbone, de l’eau liquide, une source d’énergie et une surface solide ou liquide.
  2. Freyssinet C. et al., « Long-chain alkanes preserved in a Martian mudstone », PNAS, 122, 2025 [https://doi.org/10.1073/pnas.2420580122].
  3. SAM (Sample Analysis on Mars) est développé par le Goddard Institute (Maryland, É.-U., Nasa) avec une participation française du Latmos (Laboratoire atmosphères et observations spatiales, Guyancourt) et du Lisa (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques, Créteil) qui ont fourni le chromatographe en phase gazeuse.
  4. La technique employée s’appelle la thermochemolyse. C’est une décomposition chimique à l’aide du TMAH, causée par la chaleur (ici 550 °C sous un flux d’hélium), de molécules complexes et qui peut conduire à des composés moins complexes qui seront analysés. C’est la première fois qu’elle est utilisée dans l’espace. Seule une petite quantité de TMAH a été embarquée dans le rover et les roches à analyser doivent être choisies avec précaution.
  5. Williams Amy J. et al., « Diverse organic molecules revealed by the first SAM TMAH experiment », Nature Communications, 17, 2026 [https://doi.org/10.1038/s41467-026-70656-0].
  6. Le programme ExoMars de l’Esa, qui a connu une genèse difficile à cause de son coût élevé rapporté au budget de l’Esa et de la nécessité de maîtriser les connaissances pointues en matière d’atterrissage sur Mars, devrait lancer l’astromobile Rosalind-Franklin vers Mars en octobre 2028, pour un atterrissage sur le sol martien fin novembre 2030 ; l’objectif de la mission est la recherche de vie passée ou présente sur la planète. Parmi les instruments embarqués, MOMA (Mars Organic Molecule Analyser) devra détecter des molécules organiques et établir leur origine biotique ou abiotique, à l’aide d’expériences de thermochemolyse.
Au Bénin, l’astronomie entre dans une nouvelle dynamique universitaire

Au Bénin, l’astronomie entre dans une nouvelle dynamique universitaire

Du 6 au 9 juillet 2026, la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) de l’Université d’Abomey-Calavi, en partenariat avec l’African Astronomical Society (AfAS), a organisé une école d’été consacrée à l’astronomie et à l’astrophysique. Pendant quatre jours, enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants et étudiants ont exploré les multiples facettes d’une discipline encore peu structurée dans l’enseignement supérieur béninois, mais qui suscite un intérêt croissant.

L’événement s’est tenu au Campus numérique francophone de l’Université d’Abomey-Calavi, dans un format hybride permettant de réunir des intervenants et des participants présents sur place et connectés depuis différents pays. Placée sous le thème « Astrophysics for Sustainable Development in Sub-Saharan Africa », cette école d’été avait pour ambition de contribuer au renforcement des capacités en astronomie et de favoriser les collaborations scientifiques à l’échelle africaine.

Une école d’été, mais surtout un point de départ
Cette « première école d’été d’astronomie au Bénin » n’est pas le programme d’été de formation sur les sciences spatiales organisées au Bénin. La particularité de celle-ci réside dans son orientation spécifiquement consacrée à l’astronomie et à l’astrophysique, avec une volonté particulière de familiariser la communauté universitaire — notamment les enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants et étudiants de master — avec l’étendue de cette discipline.

L’initiative n’est d’ailleurs pas née spontanément. Elle s’inscrit dans une dynamique amorcée quelques mois auparavant, à la suite de la visite au Bénin du professeur Jamal Mimouni, ancien président de l’African Astronomical Society (AfAS). Lors de son séjour en février, celui-ci avait animé plusieurs conférences et échangé avec des enseignants-chercheurs et des chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi. Ces discussions ont contribué à faire émerger un intérêt plus structuré pour l’astronomie au sein de la communauté des physiciens de l’université.

L’école d’été apparaît ainsi comme la concrétisation d’une dynamique déjà engagée : créer un espace permettant aux scientifiques béninois de découvrir ou redécouvrir l’astronomie dans toute sa diversité, d’échanger avec des chercheurs du continent et d’envisager de nouvelles collaborations.

De la physique à l’Univers
Pendant quatre jours, les participants ont été exposés à un panorama particulièrement large de l’astronomie : astrophysique stellaire, exoplanètes, radioastronomie, galaxies, cosmologie, ou encore analyse moderne des données astronomiques. L’intelligence artificielle, les bases de données astronomiques ouvertes et les nouvelles technologies d’observation ont également été abordées.

Cette diversité du programme a permis de rappeler que l’astronomie est un vaste terrain d’application de nombreuses branches de la physique. Mécanique classique, électromagnétisme, thermodynamique, mécanique quantique, physique nucléaire et des particules, relativité générale, optique, mécanique des fluides, statistiques ou traitement du signal sont autant d’outils permettant aujourd’hui d’étudier l’Univers.

Pour des chercheurs et étudiants déjà engagés dans des domaines tels que la cosmologie, la physique de l’énergie ou la physique de l’atmosphère, cette ouverture peut donc contribuer à élargir les perspectives de recherche. L’objectif est aussi de démystifier l’astronomie : loin de se limiter à l’observation des astres, elle constitue aujourd’hui un domaine scientifique extrêmement vaste, à la croisée de la physique, des mathématiques, de l’informatique, de l’ingénierie et de l’analyse de données.

Une rencontre avec la communauté astronomique africaine
L’un des points forts de l’école a été la diversité des intervenants. Près d’une dizaine de formateurs issus de plusieurs pays africains ont participé aux enseignements, certains en présentiel et d’autres à distance.

Parmi eux figuraient notamment le professeur Jamal Mimouni, ainsi que Nadeem Oozeer, venue d’Afrique du Sud, et le professeur James Chibueze, vice-président de l’Union Astronomique Internationale. D’autres intervenants ont contribué à distance depuis différents pays africains, notamment le Burkina Faso, l’Éthiopie et le Ghana.

Cette dimension panafricaine est importante pour un pays où les possibilités de formation spécialisée en astronomie restent limitées. Elle permet de mettre directement en relation les chercheurs et futurs chercheurs béninois avec une communauté scientifique africaine déjà structurée, et de montrer que le développement de l’astronomie sur le continent passe aussi par la circulation des compétences, les réseaux scientifiques et les collaborations régionales.

Au-delà des cours, l’école a ainsi constitué un espace d’échanges professionnels et scientifiques. Les participants ont également abordé l’enseignement de l’astronomie, l’astronomie amateur, l’entrepreneuriat et les différentes voies de développement de la discipline en Afrique. Des discussions sur les collaborations futures et une feuille de route destinée à maintenir la dynamique initiée ont clôturé l’événement.

Une communauté qui existait déjà
Cette école d’été ne marque donc pas le début de l’intérêt pour l’astronomie au Bénin. Depuis plusieurs années, principalement à travers les actions de Sirius Space Association, des astronomes amateurs, et des passionnés de sciences spatiales contribuent à faire connaître la discipline auprès du grand public, mais également auprès des étudiants et des enseignants.

Cette mobilisation a permis de faire émerger une communauté de jeunes passionnés, curieux de comprendre l’Univers et de se former aux sciences astronomiques et spatiales. Jusqu’ici, une grande partie de cette dynamique s’est développée en dehors des structures universitaires formelles.

L’enjeu désormais est de parvenir à créer un continuum entre cette passion, la vulgarisation scientifique, la formation universitaire et la recherche.

Vers des formations universitaires en astronomie ?
L’une des principales perspectives qui émergent de cette initiative concerne justement la formation. Les échanges engagés pourraient contribuer à renforcer progressivement l’enseignement de l’astronomie à l’Université d’Abomey-Calavi, avec notamment la perspective de développer des enseignements ou des parcours spécialisés au niveau master, voire à terme de les introduire plus tôt dans le cursus universitaire.

Cette perspective rejoint d’ailleurs les discussions institutionnelles qui ont accompagné l’école. Le professeur Clément Kouchadé, ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation technique et professionnelle et chef du Département de physique de la FAST, a officiellement ouvert l’école. Des échanges avec l’AfAS ont ensuite porté notamment sur l’introduction de l’astronomie dans l’enseignement secondaire et sur le renforcement de sa formation au niveau master.

Si ces réflexions se concrétisent, elles pourraient permettre aux étudiants béninois qui souhaitent se spécialiser en astronomie de poursuivre leur parcours dans leur propre pays et, progressivement, de contribuer eux-mêmes au développement de la discipline.

Un nouveau chapitre pour l’astronomie au Bénin ?
Il serait encore trop tôt pour tirer de cette seule école d’été des conclusions définitives. Mais son intérêt dépasse largement les quatre jours de cours et de conférences.

Elle intervient à un moment où plusieurs dynamiques commencent à converger : l’engagement ancien des passionnés et associations d’astronomie, l’intérêt croissant des étudiants, la curiosité grandissante des enseignants-chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi, l’ouverture de collaborations avec la communauté astronomique africaine et un intérêt institutionnel désormais plus visible.

La prochaine étape sera donc de transformer ces échanges en collaborations durables, en projets de recherche, en formations et en nouvelles opportunités pour les étudiants.

L’enjeu est donc de faire de l’astronomie un véritable domaine de formation et de recherche scientifique et dans ce cadre, cette école d’été constitue l’un des premiers jalons d’une nouvelle dynamique astronomique à l’Université d’Abomey-Calavi, et plus largement au Bénin.

Article écrit par :
Prudence Ayivi | Sirius Space Association

Transits, éclipses et occultations : une mine pour l’astrophysique

Transits, éclipses et occultations : une mine pour l’astrophysique

fig. 1 : Éclipse solaire totale observée depuis le Glenn Research Center de la Nasa, le lundi 8 avril 2024, à Cleveland (Ohio, É.-U.). (Crédit : NASA/GRC/Jordan Salkin)

Les éclipses solaires font toujours l’objet de campagnes d’observation, parfois en terre lointaine, par des astronomes en quête d’une meilleure compréhension des phénomènes de physique solaire associés à la couronne de notre étoile. Mais dans le passé, elles ont aussi permis bien d’autres découvertes. Aujourd’hui, l’observation des éclipses, des occultations stellaires et des transits exoplanétaires continue d’améliorer nos connaissances du Système solaire et au-delà.

Dans le langage courant, on appelle éclipse de Soleil (fig. 1) le passage, vu de la Terre, de la Lune devant le Soleil, et on appelle éclipse de Lune (fig. 2) le passage de la Lune dans l’ombre de la Terre. Plus précisément, dans le Système solaire, un astre est éclipsé si la lumière solaire qu’il reçoit est masquée (totalement ou partiellement) par un autre astre passant entre lui et le Soleil. L’appellation d’éclipse de Lune est donc correcte, mais pas celle d’éclipse de Soleil : il s’agit en fait d’une occultation, vue de la Terre, du Soleil par la Lune ; on devrait donc parler d’éclipse de Terre. Dans le cas du passage d’une planète (Vénus ou Mercure) devant le Soleil, très petite par rapport à celui-ci, on parle de transit.

fig 2 : Éclipse lunaire du 15 juin 2011. (Crédit : Bertrand Grondin, Wikimedia Creative Commons)

Les éclipses et l’Histoire
Connues depuis l’Antiquité et prédites depuis les travaux d’Hipparque et de Ptolémée, au ier siècle de notre ère, les éclipses de Soleil (au sens habituel du terme) ont été à plusieurs reprises utilisées à des fins astrophysiques. L’éclipse solaire du 18 août 1868 permit aux astronomes Jules Janssen et Norman Lockyer d’identifier un nouvel élément, l’hélium, dans le spectre des protubérances solaires. L’éclipse du 29 mai 1919 eut une importance historique, grâce à l’observation réalisée en Afrique par l’astrophysicien Arthur Eddington : en mesurant précisément la position des étoiles voisines lors de l’éclipse (fig. 3), il put mettre en évidence la déviation de la lumière due à la masse du Soleil et confirmer ainsi la théorie de la relativité énoncée précédemment par Einstein et de Sitter [1].

fig 3 : Expérience d’Eddington : carte des étoiles voisines du Soleil pendant la totalité, indiquant les déplacements observés et les déplacements calculés d’après la théorie d’Einstein. (Crédit : L’Astronomie, 1919)

Les transits planétaires devant le Soleil ont eu, eux aussi, d’importantes implications pour notre connaissance du Système solaire. Au xviie siècle, les distances héliocentriques des différentes planètes étaient connues par rapport à la distance Soleil-Terre (l’unité astronomique), mais cette grandeur n’était pas connue. Or, en mesurant avec précision l’heure du début et de la fin du transit depuis deux points très éloignés de la Terre, il est possible de déterminer la distance Vénus-Terre et donc l’unité astronomique (fig. 4). Les transits de Vénus sont très rares : ils se produisent par paires séparées de huit ans, elles-mêmes séparées par une période de plus de cent ans… Les transits de 1761 et 1769 furent l’occasion de multiples campagnes aux quatre coins du globe par des scientifiques intrépides, plus ou moins chanceux ou malchanceux. En 1771, l’astronome Jérôme Lalande, regroupant l’ensemble des résultats, établit pour l’unité astronomique la valeur de 153 millions de kilomètres, ce qui correspond à un écart de 2 % par rapport à la valeur actuelle.

fig. 4 : Mesure de l’unité astronomique à partir de l’observation d’un transit de Vénus. Les observateurs mesurent les temps de début et de fin du transit depuis deux sites différents, très éloignés sur le globe terrestre. (Crédit : Duckymokton, Wikimedia Creative Commons)

L’observation du transit de Vénus par l’astronome russe Mikhaïl Lomonossov à Saint-Pétersbourg en 1761 fut l’occasion d’une autre découverte : à partir de l’observation d’un halo de lumière autour de Vénus juste avant le contact, dû à la réfraction des rayons solaires, il conclut que la planète devait être entourée d’une atmosphère dense, au moins aussi dense que celle de la Terre.

Connues depuis la découverte par Galilée des quatre principaux satellites de Jupiter en 1610, les fréquentes éclipses de ces satellites passant dans le cône d’ombre de Jupiter, vues au même instant depuis tous les points du globe, permettent de déterminer les longitudes. C’est bien la raison pour laquelle, en 1667, Louis XIV et Colbert ont fondé l’Observatoire de Paris, en demandant à Jean-Dominique Cassini, son premier directeur, d’améliorer les éphémérides des satellites galiléens. C’est ainsi qu’ont été mesurées les longitudes de nombreuses villes de France et d’Europe (fig. 5). Après plusieurs décennies d’efforts, la carte de France est présentée au roi Louis XV en 1756 par Cassini III, petit-fils de Jean-Dominique Cassini. L’observation des satellites galiléens a une autre importance capitale : elle permet de montrer que la vitesse de la lumière est finie. Les observateurs notent des retards ou avances des éclipses, s’ils les comparent aux éphémérides : les retards interviennent quand Jupiter s’éloigne de la Terre, car la lumière solaire réfléchie par Jupiter met plus de temps à atteindre la Terre. Jean-Dominique Cassini est le premier à mettre en évidence cet écart dans le cas du satellite Io, mais pas pour les autres, et renonce de ce fait à annoncer cette découverte. En fait, c’est l’attraction mutuelle des satellites de Jupiter qui perturbe le mouvement des autres galiléens, ce que Cassini ignore à l’époque… C’est Olaus Rømer qui, en 1676, annonce que la lumière met 22 minutes à parcourir une distance égale au diamètre de l’orbite terrestre ; il en déduit une vitesse de 220 000 km/s (mais le système métrique n’existe pas à l’époque !). La valeur estimée actuellement est de 300 000 km/s.

fig. 5 : Carte de France corrigée par ordre du roi Louis XIV à la suite des déterminations de longitude de Picard et de La Hire (traits gras). Elle est superposée à une carte plus ancienne (traits fins). (Crédit : Observatoire de Paris)

De nos jours, les phénomènes d’occultations et d’éclipses mutuelles entre les satellites galiléens continuent de faire l’objet de campagnes d’observation régulières. Tous les six ans, à l’occasion du passage de la Terre dans le plan équatorial de Jupiter, il est possible d’observer les éclipses et les occultations entre les satellites galiléens (fig. 6) : c’est ce que l’on appelle les PHEMU (phénomènes mutuels). L’objectif est cette fois astrométrique : il s’agit d’améliorer le plus possible la précision sur les orbites des satellites, dans le but de mieux comprendre les scénarios de formation et d’évolution de ce système solaire en miniature. L’observation des phénomènes mutuels produit une précision comparable à celle des sondes spatiales, mais celles-ci ont une durée de vie éphémère ; c’est pourquoi les campagnes PHEMU ont une portée internationale qui mobilise à la fois les astronomes amateurs et professionnels [2].

fig. 6 : Le principe des phénomènes mutuels (éclipses et occultations) entre Jupiter et les satellites galiléens, et entre les satellites eux-mêmes. Ces phénomènes sont observés à l’occasion des campagnes PHEMU, quand la Terre passe dans le plan équatorial de Jupiter. (Crédit : J.-E. Arlot [2])

Dès le xviiie siècle, l’étude des étoiles doubles
Dans le scénario classique de formation stellaire, de nombreuses étoiles naissent en groupe, ou par paire. Dans ce dernier cas, les deux étoiles tournent autour du centre de gravité du système. Si la ligne de visée de l’observateur terrestre est suffisamment proche du plan orbital du système, on observe une occultation chaque fois qu’une étoile passe devant l’autre : on parle de binaire à éclipses. La première étoile binaire à éclipses mise en évidence fut β Persei (Algol), dès la fin du xviiie siècle. La courbe de lumière d’une binaire à éclipses telle qu’Algol se caractérise par un continu constant (la somme des luminosités des deux composantes), entrecoupé de chutes de signal périodiques correspondant au passage d’une étoile devant l’autre. Dans d’autres cas, les étoiles peuvent être suffisamment proches pour entraîner une déformation gravitationnelle ou même venir en contact l’une de l’autre, ce qui se traduit par une courbe de lumière arrondie.

L’étude de la courbe de lumière donne des informations sur la période orbitale du système binaire et sur les dimensions relatives des deux composantes ; si l’on peut mesurer le spectre du système binaire, on peut déduire de l’effet Doppler observé la vitesse radiale des deux composantes, et en extraire des informations supplémentaires sur leur masse et leurs paramètres orbitaux. C’est la raison pour laquelle les binaires à éclipses restent aujourd’hui encore des objets privilégiés d’étude pour les astronomes amateurs et professionnels.

Le Système solaire vu par le biais des occultations stellaires
Lorsqu’un objet du Système solaire (planète, satellite, astéroïde) passe devant une étoile, il occulte pendant son passage la lumière de celle-ci [3]. Si l’on mesure très précisément le début (immersion) et la fin (émersion) du phénomène, on obtient une information sur la dimension de l’objet (sa distance à l’observateur étant connue). Si plusieurs observations sont réalisées en des lieux de latitudes différentes, on peut préciser la forme de l’objet (sphérique s’il est gros ou irrégulier s’il s’agit d’un petit astéroïde). Entre 1985 et 1990, la Terre est passée dans le plan de l’orbite de Charon, le plus gros satellite de Pluton ; le couple Pluton-Charon a pu être étudié en détail grâce à l’observation de ses occultations mutuelles qui a conduit à une détermination précise de la masse totale du système et une estimation du diamètre de chaque objet.

Si l’astre observé est entouré d’un anneau, celui-ci peut être mis en évidence par une extinction brève de la lumière de l’étoile, avant et après le moment de l’occultation. C’est ainsi que les anneaux d’Uranus et de Neptune ont été découverts, en 1977 et 1984 respectivement, avant leur survol par la sonde Voyager 2. Plus récemment, des anneaux ont été découverts autour d’astéroïdes lointains, centaures et transneptuniens. L’existence inattendue de ces anneaux pose de nouveaux problèmes aux théoriciens, qui doivent revisiter les modèles de dynamique pour rendre compte de leur existence.

Lorsque l’objet occulteur est entouré d’une atmosphère, la courbe de lumière est différente. À mesure que le bord de l’objet passe devant l’étoile (immersion), la lumière stellaire est réfractée par l’atmosphère, ce qui se traduit par une diminution progressive de son éclat. Le phénomène inverse se produit à l’émersion. L’étude de la courbe de lumière donne alors une information sur la masse moléculaire du gaz atmosphérique : s’il s’agit d’un gaz léger (comme l’hydrogène des planètes géantes, dont la masse moléculaire est 2), l’atmosphère est très étendue et la pente de la courbe est faible. S’il s’agit d’un gaz lourd (comme le dioxyde de carbone, de masse moléculaire 44), la chute du signal à l’immersion est plus rapide. Dans le cas où le centre de l’objet occulteur passe exactement devant l’étoile, on peut observer à cet instant un flash central, l’objet se comportant comme une lentille (fig. 7). La première occultation stellaire par Jupiter a été observée en 1952 ; les observations de ce type se sont multipliées depuis cette date et ont largement contribué à l’étude de l’atmosphère des planètes et de Titan, Triton et Pluton. Comme les observations PHEMU, les campagnes d’observation s’organisent au sein de larges réseaux d’astronomes amateurs et professionnels qui se déplacent aux quatre coins du globe.

fig. 7 : Schéma de l’occultation d’une étoile par une planète dotée d’une atmosphère et d’un système d’anneau. En haut : courbe de lumière de l’étoile dans le cas où sa trajectoire passe au centre de la planète ; on observe alors un flash central. En bas : trajectoire de l’étoile vue dans le plan du ciel. (Crédit : T. Encrenaz [3], d’après J. Elliott, ARAA, 17, 445, 1979)

Au-delà du Système solaire… transits et occultations des exoplanètes
Les transits planétaires ont été observés depuis le xviie siècle ; nous avons vu qu’ils ont été utilisés, en particulier, pour mesurer l’unité astronomique. Avec la recherche des exoplanètes, l’observation des transits planétaires est devenue l’une de leurs principales méthodes de détection.

C’est en 1995 que Michel Mayor et Didier Queloz, de l’Observatoire de Genève, ont détecté la première exoplanète en orbite autour d’une étoile de type solaire, 51 Peg b. La méthode utilisée, dite des « vitesses radiales », consiste à mesurer la perturbation périodique du mouvement de l’étoile générée par la présence de la planète. Quatre ans plus tard, une nouvelle méthode voit le jour. L’astronome canadien David Charbonneau annonce la détection d’une exoplanète géante en transit devant son étoile : elle porte le nom barbare de HD 209458 b. Comme 51 Peg b, il s’agit d’un « Jupiter chaud ». C’est la baisse périodique du signal stellaire (de l’ordre de 1 %, comparable à ce que serait la baisse du signal du Soleil dans le cas d’un transit par Jupiter) lors du passage de la planète qui a permis sa détection. Comme la planète est proche de son étoile, le transit se produit tous les 3 à 4 jours, ce qui permet une confirmation rapide. Très vite, les découvertes se multiplient. Les mesures réalisées depuis les télescopes terrestres permettent en effet d’atteindre une précision photométrique meilleure que 1 %, ce qui permet l’exploration depuis le sol des « Jupiters chauds », ces exoplanètes géantes très proches de leur étoile mises en évidence par la méthode des vitesses radiales.

Très vite, les astronomes rêvent de détecter des exoplanètes plus petites, qui pourraient présenter des analogies avec la Terre. La question sous-jacente est, bien sûr, celle d’une éventuelle vie extraterrestre… Mais dans le cas d’un transit équivalent à celui de la Terre devant le Soleil, la baisse de signal n’est que de 0,01 %… ce qui est trop faible pour être détectable depuis la Terre. Pour obtenir cette précision photométrique, il faut aller dans l’espace. La première mission spatiale dédiée à la recherche des exoplanètes est le satellite français CoRoT, lancé en 2006 et opérationnel en orbite terrestre jusqu’en 2012. Tout en étudiant la structure interne des étoiles par la mesure de leurs oscillations, CoRoT a détecté plusieurs dizaines d’exoplanètes, mettant ainsi déjà en lumière leur extrême diversité. En 2009, la Nasa lance le télescope spatial Kepler, en orbite héliocentrique et opérationnel jusqu’en 2013, puis, sous une forme dégradée (K2), jusqu’en 2019. Plus performantes que CoRoT, les missions Kepler et K2 ont engrangé une moisson impressionnante, avec plus de 3 000 exoplanètes découvertes à leur actif [4].

Exoplanètes : de la découverte à l’analyse des atmosphères
Si une exoplanète est dotée d’une atmosphère dense, lors d’un transit, cette atmosphère est vue en transmission devant la lumière de l’étoile. Le spectre de l’étoile pendant le transit contient donc une information sur la composition de l’atmosphère planétaire. Cette information peut être extraite par différence entre le spectre de l’étoile mesuré en dehors du transit (juste avant ou après celui-ci) et le spectre mesuré en transit.

Dès le début des années 2000, les premières mesures spectroscopiques ont été réalisées dans le domaine visible par le télescope spatial Hubble (HST). On a ainsi découvert les atomes H, O, C et S dans l’exoplanète HD 209458 b. Un peu plus tard, à partir de 2005, les molécules H2O, CH4, NH3 et CO ont été détectées dans l’infrarouge proche par le HST et par le satellite infrarouge américain Spitzer (fig. 8). Vingt ans plus tard, avec la mise en service du télescope spatial James-Webb (JWST) lancé en décembre 2021, la liste des molécules détectées s’est allongée avec H2, HCN, CO2, SO2, H2S, PH3… Pour les exoplanètes de moins d’une vingtaine de masses terrestres, il est important de déterminer leur composition atmosphérique pour en déduire leur nature (super-Terres dotées d’une atmosphère riche en N2, H2O ou CO2, ou mini-Neptunes entourées d’une atmosphère d’hydrogène).

fig. 8 : Le spectre de l’exoplanète HD 189733 b observé en transit primaire par le HST (triangles noirs), comparé à différents modèles, incluant 1) H2O (bleu) et 2) H2O et CH4 (orange). La figure montre en abscisse la profondeur de l’absorption du flux stellaire au moment du transit, et en ordonnée la longueur d’onde. (Crédit : d’après M. Swain et al., Nature, 452, 329, 2008)

Transits et occultations des exoplanètes : des informations différentes
Lorsqu’une exoplanète passe en transit devant son étoile hôte, son atmosphère est vue sous la forme d’un anneau éclairé à l’arrière par la lumière de l’étoile (fig. 9). Les molécules présentes dans l’atmosphère montrent des raies spectrales en absorption devant la lumière stellaire. L’atmosphère est observée au terminateur, c’est-à-dire au passage jour-nuit, à 6 heures et 18 heures en heure locale.

Une autre observation est possible lorsque l’exoplanète passe derrière l’étoile. Dans ce cas, on observe également une baisse de signal, mais celle-ci est de nature différente de celle du transit (et généralement plus faible) : elle correspond à la lumière émise par l’exoplanète elle-même. Celle-ci peut être détectée dans l’infrarouge et donne une mesure de la température de l’exoplanète (celle-ci peut dépasser 1 000 K dans le cas des Jupiters chauds). Il s’agit donc cette fois d’une détection directe. Les signatures spectrales des molécules de l’atmosphère planétaire peuvent alors apparaître en émission ou en absorption, selon la température de la région atmosphérique d’où elles proviennent (fig. 10). Le domaine infrarouge moyen est favorable à ce type d’observations, car le rapport entre le flux de la planète (supposée entre 1 000 et 2 000 K dans le cas d’un Jupiter chaud) et celui de l’étoile hôte (supposée à 4 000 ou 5 000 K) augmente avec la longueur d’onde. L’instrument MIRI du JWST qui fonctionne jusqu’à 28 μm a apporté une très grande contribution à cette étude.

fig. 9 : Schéma d’un transit planétaire. En haut : géométrie de l’observation. La planète est en noir, son atmosphère est représentée par un cercle rouge. Le transit primaire (passage devant l’étoile) intervient entre 10 h et 14 h, et le transit secondaire (passage derrière l’étoile) intervient entre 36 h et 40 h. En bas : courbe de lumière de l’étoile en fonction du temps. Le flux est maximum juste avant et après le transit secondaire, car la planète est vue sous son côté jour et sa température est plus élevée. Les points représentent des mesures individuelles. L’échelle des ordonnées est donnée à titre indicatif pour un Jupiter chaud à une longueur d’onde de l’ordre de 1 μm ; en comparaison, la profondeur du transit primaire est de l’ordre de quelques pour cent. (Crédit : d’après J. Lequeux et T. Encrenaz, Les Exoplanètes : trente années de surprises, EDP Sciences, 2024)

 

fig. 10 : Le spectre de l’exoplanète HD 189733 b observé en transit secondaire par le HST (en dessous de 3 μm) et Spitzer (au-dessus de 3 μm). Les mesures sont représentées par des carrés. Les courbes représentent des spectres synthétiques prenant en compte différentes compositions atmosphériques incluant H2O, CH4 et CO2 avec différents profils verticaux de température dans l’atmosphère. Les courbes en pointillé indiquent l’émission d’un corps noir à la température indiquée. (Crédit : d’après M. Swain et al., Astrophys. J., 704, 1616, 2009)

Une autre façon de détecter les exoplanètes : les microlentilles gravitationnelles
Toujours dans le domaine des exoplanètes, mentionnons enfin que la technique d’occultation a permis une autre méthode de détection : les microlentilles gravitationnelles. De quoi s’agit-il ? Lorsqu’une étoile proche, vue par un observateur terrestre, passe devant la ligne de visée d’une étoile très éloignée, son champ de gravité courbe les rayons lumineux émis par l’objet lointain, ce qui se traduit par une amplification de la lumière reçue. Si l’étoile proche est dotée d’une planète et si celle-ci passe aussi devant l’étoile lointaine, il se produit également une brève augmentation de la lumière (fig. 11). Plusieurs centaines de planètes ont été détectées par cette méthode, dont la limitation tient au caractère fortuit et non reproductible de l’événement.

fig. 11 : Exemple de courbe de lumière enregistrée lors d’un phénomène de microlentille gravitationnelle (MOA-2007-BLG-192). L’abscisse représente le temps, avant et après l’occultation, et l’ordonnée la lumière de l’étoile éloignée. En haut, courbe reconstituée à partir des mesures prises par le télescope MOA (en rouge) et le consortium OGLE (en bleu). En bas, agrandissement de la partie centrale ; la partie inférieure montre les écarts entre les différents modèles (représentés par les courbes en couleur) et la courbe correspondant au meilleur accord. La courbe en pointillé noire indique ce que serait la courbe de lumière en l’absence de planète. (Crédit : d’après D. P. Bennett et al., Astrophys. J., 684 : 663, 2008)

Les expériences d’occultation à bord de sondes spatiales
Dans tout ce qui précède, nous avons considéré les observations depuis la Terre ou depuis l’environnement terrestre. Le phénomène d’occultation a aussi été exploité depuis les sondes spatiales dès les premières missions d’exploration planétaire, dans des contextes très divers : occultations solaires ou stellaires dans l’ultraviolet ou l’infrarouge, ou radio-occultations à partir d’un émetteur placé sur la sonde.

La spectroscopie dans l’ultraviolet par occultation stellaire a été utilisée dès les années 1970 dans les sondes martiennes et les sondes Voyager 1 et 2. Comme la source de lumière (le Soleil) est très brillante et étendue, il est possible d’observer l’évolution du spectre solaire à mesure que le Soleil passe derrière la planète, traversant des couches de plus en plus denses de l’atmosphère. Dans le cas de Jupiter et de Saturne, on a pu ainsi remonter aux distributions verticales de H2, CH4 et C2H2 dans la stratosphère de ces planètes. Dans le cas des missions Venus Express et Trace Gas Orbiter, les expériences SOIR (Solar Occultation in the InfraRed Instrument) et NOMAD (Nadir and Occultation for MArs Discovery) ont permis de mesurer par occultation solaire les spectres infrarouges de Vénus et de Mars respectivement.

La technique d’occultation dans le domaine radio est différente. Un émetteur radio placé sur la sonde émet vers la Terre des signaux dans des bandes spectrales bien définies (bande S et bande X, à des longueurs d’onde respectives de 13,5 cm et 3,5 cm). Quand la sonde, vue de la Terre, se déplace derrière la planète, les signaux traversent l’atmosphère de celle-ci, ce qui permet de déterminer la pression et la température en fonction de l’altitude. Les expériences de radio-occultation ont été réalisées avec succès sur toutes les planètes depuis le début de l’ère spatiale. Un exemple récent nous a été fourni par la sonde américaine New Horizons lors de son exploration du système de Pluton en 2015 : en l’espace de deux heures, l’expérience de radio-occultation a observé les occultations du Soleil puis de la Terre par Pluton puis par Charon. Ces mesures ont permis de déterminer la masse et la température des deux corps, ainsi que la composition atmosphérique de Pluton (fig. 12).

fig. 12 : Schéma représentant la trajectoire de la sonde New Horizons (en rouge) par rapport au système de Pluton et de ses satellites. Le Soleil et la Terre sont au loin à droite. La sonde se dirige vers le haut et la gauche de la figure. Après le survol de Pluton puis de Charon, l’expérience de radio-science de New Horizons observe successivement l’occultation du Soleil puis de la Terre par Pluton, suivie de l’occultation du Soleil puis de la Terre par Charon. (Crédit : NASA)

Vers toujours plus de précision
En conclusion, les observations des éclipses, transits et occultations nous ont beaucoup appris et ont encore beaucoup à nous apprendre. L’étude des objets lointains du Système solaire (centaures et transneptuniens) – qui mobilise des communautés internationales d’astronomes amateurs et professionnels – a connu une nouvelle impulsion grâce au catalogue stellaire DR3 de la mission astrométrique Gaia. Ce nouveau catalogue, publié en 2022, a considérablement amélioré la précision de la position des étoiles, une donnée indispensable pour prévoir et planifier les observations d’occultations stellaires. Dans le domaine des exoplanètes qui transitent devant (ou derrière) leur étoile, les observations réalisées dans l’infrarouge par les instruments du JWST permettent d’explorer l’atmosphère d’un nombre toujours croissant de cibles, l’espoir ultime étant de découvrir un jour des « biomarqueurs », ces molécules – telles que l’ozone – qui pourraient suggérer la présence possible de vie.

Article écrit par :
Thérèse ENCRENAZ |
Observatoire de Paris-PSL

Notes

  1. Berçu J.-C., l’Astronomie, août 2019, et Vilain C., l’Astronomie, septembre 2019.
  2. Arlot J.-E., « Observer les phénomènes mutuels des satellites de Jupiter de mars à novembre 2021 », Cahiers Clairaut, 173, printemps 2021.
  3. Encrenaz T., « L’exploration du Système solaire lointain par les occultations stellaires », l’Astronomie, 186, octobre 2024.
  4. Encyclopedia of Exoplanetary Systems (exoplanet.eu). Cette base de données hébergée à l’Observatoire de Paris et mise à jour quotidiennement recense l’ensemble des systèmes exoplanétaires découverts par les astronomes professionnels, ainsi que toute la bibliographie associée.
African Aeronautics & Space Innovation Trophy (ASIT)

African Aeronautics & Space Innovation Trophy (ASIT)

Le spatial africain est en plein essor depuis quelques années, avec plus de 18 nations spatiales et 63 satellites en orbite. L’Égypte abrite également le siège de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), inauguré le 20 avril 2025. Tout cela grâce aux efforts d’acteurs africains, qui, depuis plusieurs années, contribuent au développement économique et social de l’Afrique par le spatial.

Sékou Ouedraogo, président de l’AASO

C’est dans ce même esprit que l’African Aeronautics & Space Organisation (AASO) organise tous les deux ans les African Aeronautics & Space Innovation Trophy (ASIT), un événement permettant de récompenser des acteurs africains ou issus de la diaspora pour avoir contribué à l’avancement de l’Afrique dans le domaine de l’aéronautique et/ou du spatial. Le lauréat de cette quatrième édition est le Dr Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), pour ses efforts afin de promouvoir le secteur spatial africain. Cette cérémonie s’est déroulée au musée de l’air et de l’espace, au Bourget, Paris, le 25 mars dernier.

Le trophée a été remis par Sékou Ouedraogo, le président de l’AASO. L’ASIT a également pour but de réunir les acteurs du spatial africain ainsi que ses partenaires internationaux. Des tables rondes dédiées à l’aéronautique « Qui fera voler l’Afrique de demain ? » ainsi que sur le spatial ont permis de faire un état des lieux du spatial africain et d’avoir un retour d’expérience sur les projets de coopération.

Dr. Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA)

Ce rendez-vous permet également d’inspirer et d’encourager l’innovation et les initiatives liées aux activités aérospatiales, qui peuvent être un véritable levier de développement. Cela a été particulièrement visible lors des discussions, où les applications spatiales sont apparues comme un enjeu central pour l’industrie africaine actuelle. L’exploitation des données satellitaires permet en effet de répondre à des questions de société comme la sécurité alimentaire ou la surveillance des forêts et des zones stratégiques, tout en posant la question de la souveraineté. Sur ce dernier point, les intervenants de SaH Analytics International ont rappelé qu’il n’est pas nécessaire de tout détenir en interne, mais qu’il est essentiel de disposer d’une infrastructure de données et de former les personnes capables de l’exploiter. Le développement d’un CubeSat a notamment été présenté comme un bon point de départ pour démontrer cette nécessité de souveraineté.

La question du financement est revenue à plusieurs reprises : pour convaincre les décideurs et bailleurs, les pays doivent démontrer le retour sur investissement de leurs projets, en s’appuyant sur un plan d’affaires solide. Commencer par de petites démonstrations via des CubeSats a été cité comme une stratégie efficace pour bâtir, à terme, une véritable agence spatiale nationale.

Les retours d’expérience (GaindeSat au Sénégal, AGEOS au Gabon, NigeriaSat avec le Nigeria) ont par ailleurs souligné un même fil conducteur : au-delà des accords signés avec des partenaires internationaux (CNES, IRD, agences américaines), c’est la formation d’ingénieurs locaux et le transfert de technologies qui constituent la véritable valeur ajoutée de ces coopérations, à condition qu’elles restent alignées sur les priorités nationales. Enfin, la mutualisation des ressources entre pays africains et une bonne compréhension du cadre juridique international ont été identifiées comme des leviers essentiels pour structurer durablement le secteur.

Au vu de cette édition, le spatial africain semble promis à un bel avenir. Cela demandera toutefois une véritable unité entre les pays africains, ainsi qu’une mise en commun des ressources, pour atteindre cet objectif partagé.

Article écrit par Mializo RAZANAKOTO

CONSTELLATIONS ET COSMOGONIES : QUAND LE CIEL RASSEMBLE LES SAVOIRS ET LES CULTURES

CONSTELLATIONS ET COSMOGONIES : QUAND LE CIEL RASSEMBLE LES SAVOIRS ET LES CULTURES

Dakar, Sénégal – Le samedi 28 février, les jardins de l’Institut français de Dakar se sont métamorphosés en un véritable observatoire à ciel ouvert à l’occasion de la deuxième édition de « Constellations et Cosmogonies », un événement organisé durant le mois de Ramadan la deuxième édition cette année. Dans une atmosphère conviviale et inspirante, cette rencontre a offert au public une expérience unique mêlant sciences, arts et spiritualités autour de l’observation du ciel.

Dès la tombée de la nuit, les participants ont été invités à lever les yeux vers les étoiles pour redécouvrir l’immensité de l’univers et les récits qui l’accompagnent. À travers des échanges, des observations astronomiques et des moments de partage, l’événement a permis de créer un dialogue entre les connaissances scientifiques modernes et les riches traditions culturelles africaines liées au cosmos.

Sous la voûte étoilée, chercheurs, artistes, passionnés d’astronomie et curieux se sont réunis dans un même élan de découverte. Les télescopes installés dans les jardins ont suscité l’émerveillement des visiteurs, offrant une occasion rare d’observer les merveilles du ciel nocturne. Ces moments d’observation ont été accompagnés de discussions autour des constellations, des récits fondateurs et des différentes représentations du monde présentes dans les cosmogonies africaines.

Maram Kaire président de l’ASPA en pleine séance d’observation du ciel avec le public.

L’événement a également mis en lumière l’importance du dialogue entre les disciplines. En associant sciences, arts et spiritualités, « Constellations et Cosmogonies » a démontré que la connaissance peut être à la fois rigoureuse, accessible et porteuse d’émotions. Les échanges ont permis aux participants de mieux comprendre les liens qui unissent l’humanité à l’univers tout en valorisant les savoirs et les imaginaires du continent africain.

Entre séances d’observation, moments de convivialité autour du traditionnel ndogou et conversations passionnées, la soirée a offert un cadre propice à la rencontre et à la réflexion. Elle a rappelé que la transmission du savoir peut également être un acte de partage, de contemplation et de poésie.

Omar Diouf membre de l’ASPA avec le pubic.

 

Malcolm Diallo membre de l’ASPA en mode réglages du télescope avant la séance d’observation.

Cette deuxième édition a connu un franc succès grâce à l’engagement des intervenants, des artistes, des partenaires et de l’ensemble des participants. Ensemble, ils ont contribué à faire de cette nuit une célébration de la curiosité, de la connaissance et du vivre-ensemble.

Les panelistes de la soirée « CONSTELLATIONS ET COSMOGONIES »

 

Baidy Demba Diop Secrétaire général chargée de la formation de l’ASPA lors de l’atelier d’animation en astronomie en ouverture de la soirée.

 

Moment de partage lors de la rupture du jeûne communément appelé (Ndogou au Sénégal)

À travers cette initiative, l’Institut français de Dakar confirme sa volonté de créer des espaces de dialogue et d’ouverture où les sciences et les cultures se rencontrent pour nourrir de nouvelles perspectives. Une expérience enrichissante qui a transformé, le temps d’une soirée, les jardins de l’Institut en un véritable champ de possibles et de constellations humaines.

Article écrit par Malcom Diallo | Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA) d’Etudes Spataiales (ASES)

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