LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE
L’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA)

L’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA)

Elle est devenue, au fil des années, le visage de la promotion de l’astronomie au Sénégal. Créée en 2006, l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA) est la première association nationale à s’investir dans la vulgarisation de l’astronomie auprès de la population, tous âges confondus. Depuis sa mise en place, l’ASPA s’active à rendre accessibles les notions de base en astronomie à une population curieuse devant les merveilles de notre Univers, mais souvent en manque d’interlocuteur. Progressivement, ses ambitions se sont affichées et elle a initié, avec succès, plusieurs activités qui ont enregistré la présence d’astronomes de renom dont, il faut le citer, le célèbre astrophysicien Hubert Reeves.

Dans la mise en œuvre de son programme de diffusion de l’astronomie au Sénégal, L’ASPA collabore désormais avec des organismes internationaux comme l’Union Astronomique Internationale (UAI) à travers son bureau OAD (Office of Astronomy for Development) basé en Afrique du Sud, UNIVERSCIENCE (la Cité des Sciences et le Palais de la Découverte de France) et cerise sur le gâteau, la NASA qui vient de lui confier l’organisation d’une importante mission d’observation d’une occultation stellaire au mois de septembre 2020, coordonnée par son Président Maram KAIRE.

GENESE AUTOUR D’UNE ECLIPSE DE … DE SOLEIL

Tout est partie d’une éclipse solaire partielle, visible à Dakar, celle du 29 Mars 2006. Un groupe de passionnés d’astronomie organise une animation autour de l’éclipse, dans le collège d’enseignement moyen (CEM) de Grand Yoff, un quartier de la capitale sénégalaise.

L’engouement suscité, la beauté de la fête malgré la simplicité des instruments d’observation et l’enthousiasme des initiateurs contribuèrent à prendre une décision qui paraissait évidente : la création d’une association. Une action importante, selon les organisateurs de cette séance d’observation pour maintenir l’intérêt du public à l’astronomie.

La mise sur pied de l’association sénégalaise pour la promotion de l’astronomie (ASPA) connut ainsi un fort moment d’échanges, de mise en place des instances et de l’élaboration d’un premier programme qui mit l’accent sur le renforcement de capacités de ses membres.

Afin de disposer d’une bonne capacité de transmission des connaissances à travers les régions du Sénégal, une vingtaine de professeurs de l’enseignement moyen et secondaire, seront sélectionnés par la nouvelle association et confinés pendant une semaine dans les locaux de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) à Mbour (près de 70km de Dakar), pour apprendre les bases de l’astronomie, le montage et le démontage de télescopes, le repérage d’astres dans le ciel, l’identification de certaines constellations et l’apprentissage des cartes du ciel… Un atelier qui s’avérera fort utile dans l’atteinte des objectifs de création de clubs d’astronomie au sein des établissements scolaires.

L’AMBITION DE CREER DES CLUBS D’ASTRONOMIE SUR TOUT LE TERRITOIRE SENEGALAIS

Dès le démarrage de ses activités, l’ASPA a retenu parmi ses priorités la mise en place d’un certain nombre de clubs d’astronomie à travers le Sénégal, que les professeurs formés à l’atelier de Mbour devraient pouvoir animer. C’était une ambition démesurée pour une toute récente association, à but non lucratif et sans moyens financiers, mais qui se réalisera grâce au soutien de la Coopération Française au Sénégal à travers le projet PCST. En effet, à partir de 2008, L’ASPA sera doté pour l’installation d’une dizaine de clubs dont celui du lycée Thierno Saïdou Nourou Tall, du lycée John Fitzgerald Kennedy, du CEM de Grand Yoff, du lycée Limamoulaye de Guédiawaye, du Prytanée militaire de Saint-Louis, de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), de la Maison de la Culture Douta Seck, du lycée de Mbao, du lycée de Linguère… Le pari était réussi !

Les activités des clubs ont connu une adhésion totale de la cible et aujourd’hui, l’ASPA met à disposition régulièrement sont matériel d’observation (lunettes astronomiques et télescope) pour l’animation d’ateliers et de soirées d’observation du ciel dans les écoles et universités.

FAVORISER LA COOPERATION A TRAVERS DES EVENEMENTS A CARACTERE INTERNATIONAL

En 2008, l’ASPA participe à l’organisation du premier festival d’astronomie organisé au Sénégal, dans la légendaire ville de Saint-Louis, ancienne capitale du Sénégal située à 270km au nord de Dakar.

Ce festival, intitulé « Saint-Louis sous les étoiles », est le résultat d’une belle collaboration entre l’Institut Français, l’Université Gaston Berger et l’ASPA et verra la participation d’animateurs du Palais de la Découverte de France.

Pendant une semaine, les panneaux d’expositions sur le système solaire, l’histoire de l’astronomie et la physique des particules serviront de décor dans les artères de la charmante ville. De nombreuses activités seront déroulées dans les écoles, lycées, à l’Institut Français, dans les quartiers et places publiques. C’est de l’astronomie populaire à l’état pur et la réussite est garantie.

L’engouement du public est tel que la décision est vite prise de perpétuer, annuellement, l’évènement. Ce festival est devenu, au fil du temps, une occasion rêvée pour l’ASPA de former les étudiants en astronomie et d’en faire des acteurs pour l’animation des différentes activités.

En 2009, lors de la célébration de « l’année mondiale de l’astronomie », l’ASPA reçoit la visite d’un hôte de marque : l’astrophysicien de renommée internationale passe une semaine au Sénégal et anime une série de conférences organisée par l’association.

Les foules de passionnées des étoiles, élèves et étudiants, parents ou tout simplement curieux, remplissent les amphithéâtres pour écouter avec une attention phénoménale les explications de Hubert Reeves sur l’évolution de l’univers, la vie et la mort des étoiles, les trous noirs ou l’apparition de la vie à partir de… poussières d’étoiles.

Conscients de l’importance des sciences dans le développement du continent africain, l’ASPA veut susciter des vocations auprès des populations et multiplie à les conférences, ateliers, émissions télévisées, expositions dans les grandes villes du pays.

CREER DES VOCATIONS A TRAVERS LA FORMATION ET LA MEDIATION SCIENTIFIQUE

Les efforts de l’association commencent à porter leurs fruits et sous l’impulsion de son Président Maram KAIRE, l’ASPA s’engage dans la mise en œuvre d’un projet d’envergure : parcourir le Sénégal à travers une caravane pour faire la promotion de l’astronomie jusque dans les coins les plus reculés. Ce sera la création du concept SPACEBUS (ou Bus de l’Espace).

Lancé le 01 Mars 2015, cette tournée nationale mobilisera une équipe d’une quarantaine de personnes et verra la participation de 6 astronomes de l’Observatoire de Paris.

Une logistique hors norme sera mobilisée : un bus de 50 places brandé à l’image des planètes du système solaires et de nébuleuses, une dizaine de télescopes, des panneaux d’expositions, des chapiteaux, un camion pour l’animation et la sonorisation, des kits pour des ateliers en physique, mathématiques… rien n’est laissé au hasard pour captiver l’attention du public et transmettre le virus des étoiles.

Durant 30 jours, le SPACEBUS fera le tour du Sénégal en 17 grandes étapes et près de 3500km seront parcourus à raison de 2 jours en moyenne passés dans chaque ville. C’est un coup de maitre dans la communication de l’association qui réussit à faire connaitre son potentiel partout où elle passe. Mais surtout une belle occasion de promouvoir l’installation de clubs d’astronomie dans les villes traversées.

Le SPACEBUS fait désormais des émules : le concept est repris au Maroc et en France depuis son lancement au Sénégal et l’ASPA prépare la seconde grande édition dans l’espoir de couvrir encore plus de localités.

   

Au moment où le Sénégal souhaite ré intéresser les élèves aux filières scientifiques, la passion que suscite l’ASPA à travers ses activités s’avère être un excellent outil de sensibilisation des jeunes. Les membres de l’association pensent alors à s’investir davantage dans la promotion des sciences auprès des filles en accompagnant l’organisation d’un projet conçu en 2016 par Maram KAIRE et intitulé «Conférence Internationale : les femmes dans les sciences ».

Cet évènement, devenu un rendez-vous bisannuel, met sur la scène du Grand Théâtre National de Dakar, des femmes scientifiques, modèles de réussite à présenter à un public de 2000 élèves en quête de références. L’ASPA a réussi à avoir la participation de l’Astronaute Claudie Haigneré, première française dans l’espace, d’illustres professeurs comme l’ancienne ministre du Sénégal Pr. Yaye Kène Gassama, Pr. Aminata Sall Diallo, l’astrophysicienne belge Katrien Kolenberg, l’astronome Anne Verbiscer du SwRI (Southwest Research Institute / NASA)…

 

Collaboration avec la NASA et projets futurs

La constance dans sa promotion de l’astronomie a fini par faire de l’ASPA le partenaire privilégié pour les activités menées au Sénégal. Elle collabore aujourd’hui avec plusieurs structures scientifiques dont l’Africa Initiative for Planetary and Space Sciences (AFIPSS) avec les planétologues David Baratoux et Sylvain Bouley.

Une importante relation s’est également tissée avec la NASA à travers une première campagne d’observation d’une occultation stellaire par l’astéroïde Arrokoth (Ex. 2014 Ultima Thulé) menée au Sénégal, dans le cadre de la mission NEW HORIZONS. Durant cette activité, l’ASPA a accompagné l’équipe d’observateurs américains et français dépêchés au Sénégal pour suivre cette occultation.

La consécration suivra pour couronner les efforts de l’association : en 2020, la NASA lui confie l’organisation entière d’une nouvelle mission d’observation d’une occultation. Cette fois, c’est pour préparer le lancement de la sonde LUCY, prévu en octobre 2021. En compagnie d’une équipe franco-belge de 6 personnes, l’ASPA mettre en place un groupe de 30 sénégalais pour observer l’occultation par l’astéroïde troyen POLYMELE. La tâche était difficile, mais le défi sera relevé : après plusieurs semaines de préparation, l’ASPA a réussi à faire de cette mission une réussite avec le soutien de ses partenaires, signant ainsi sa maturité dans la gestion d’activités scientifiques complexes comme l’observation d’une occultation.

Aujourd’hui, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et souhaite réussir son projet de construction d’un grand observatoire (1m de diamètre) au Sénégal et voir la finalisation de la construction du Planétarium initié dans la nouvelle ville de Diamniadio (40km de Dakar) par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

 

 

Octobre 2020

Octobre 2020

13 Octobre – Opposition de Mars. Mars est à 63 millions de kilomètres de la Terre. Le diamètre apparent de Mars est 22.4’’

14 Octobre – La planète Vénus est proche du croissant lunaire avant le lever du Soleil

 

21 Octobre – Maximum des étoiles filantes des Orionides. Ces étoiles filantes ont pour corps parent la Comète de Halley. Les poussières ont une vitesse de 66.9 km/s

22 Octobre – Joli rapprochement planétaire entre Jupiter, Saturne et la Lune

 

29 Octobre – La planète Mars se rapproche d’une jolie Lune gibbeuse.

 

31 Octobre – Opposition d’Uranus dans le Bélier

Informations : Toutes les cartes ont été réalisées avec le logiciel Stellarium

Des astronomes sénégalais explorent les confins du système solaire

Des astronomes sénégalais explorent les confins du système solaire

Des Astronomes Sénégalais explorent les confins du système solaire 

Comment se forment les planètes ? Des indices pourraient se trouver sur des astéroïdes situés dans la ceinture de Kuiper – portion de l’univers froide et sombre où se situe Pluton – car ils sont des « fossiles » inchangés depuis 4,5 milliards d’années. Afin de guider la sonde spatiale New Horizons vers Arrokoth [1] – l’un des objets célestes le plus lointain jamais visité par une mission spatiale – des astronomes américains, sénégalais et français se sont réunis au Sénégal le 4 Août 2018 pour préparer cette rencontre sans précédent à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre. 

Séance de travail sur le site d’entrainement (Centre de Conférence de Diamniadio, Sénégal). © ASPA

22 télescopes (essentiellement de type Dobson de 40 cm de diamètre) ont été déployés à 4 km d’intervalle couvrant environ 60 km de part et d’autre de la ligne centrale d’occultation prédite. Chaque système a été opéré par une équipe de trois personnes incluant un chercheur Sénégalais et de deux chercheurs américains ou français. 3 nuits d’apprentissage ont permis à chaque participant d’acquérir les compétences techniques pour l’installation du télescope sur chaque site d’observation et l’enregistrement de 10 minutes de vidéos autour de l’instant prédit de l’évènement.

Deux nouvelles cordes ont été obtenues [2]. Combinées avec les données de 4 autres occultations en 2017, ces observations ont permis d’obtenir des données astrométriques essentielle pour la navigation et la préparation du survol d’Arrokoth le 1et Janvier 2019. Ces observations ont également permis des prédire une forme bilobée de l’objet.

Cette forme, confirmée lors du survol d’Arrokoth le 1er janvier 2019, a ouvert une fenêtre sur les processus d’accrétion planétaire il y a plus de 4.5 Milliards d’années.  En effet, à l’issue de l’analyse des observations, les modèles de la formation et d’évolution d’Arrokoth indiquent que l’accrétion de l’objet binaire s’est réalisé par effondrement gravitationnel d’un nuage de galets en présence du gaz de la nébulaire protosolaire. Arrokoth est le produit d’une fusion en douceur et à faible vitesse dans le système solaire primitif. Des processus accrétionnels similaires se sont probablement produits ailleurs dans le système solaire au début de sa formation.

Cette étude démontre le puissance de cette technique d’occultations stellaires pour sonder les propriétés géométriques des milliers d’astéroïdes dans le système solaire et progresser dans notre compréhension de la formation du système solaire. Ces occultations sont également un moyen essentiel pour préparer les futures missions spatiales d’exploration de ces objets.

François Colas (Observatoire de Paris) et Salma Sylla (Université Cheikh Anta Dio) pendant la phase d’entrainement. © ASPA

Le Sénégal est dorénavant associé à l’exploration du système solaire. L’expérience acquise par les chercheurs Sénégalais dans ce domaine est précieuse et la NASA pourrait bientôt à nouveau bénéficier de cette expérience.  La mission NASA « Lucy » est la première mission spatiale à s’approcher des satellites troyens de Jupiter (astéroïdes qui partagent l’orbite de la planète Jupiter autour du Soleil, aux alentours des points de Lagrange L4 et L5 du système Soleil-Jupiter, c’est-à-dire 60° en avance ou en retard sur Jupiter). Dans un contexte mondial de restrictions des déplacements, l’observation d’occultations stellaires soulève de nouvelle difficulté. La NASA a donc décidé de s’appuyer en Septembre 2020 sur l’expérience de l’équipe Sénégalaise pour mener à bien, à nouveau sous la direction de Maram Kaire, président de l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA), une campagne d’occultation par l’astéroïde Polymele, qui sera survolé en 2027. Bonne chance à cette équipe soutenue également par une participation française (Centre National de la Recherche Scientifique, et Institut de Recherche pour le Développement).

David Baratoux, Directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement

 

`Pour en savoir plus (portail de liens vers les communiqués de presse, revue de presse, film documentaire, et article scientifique)

https://africapss.org/2018/07/27/the-stellar-occultation-by-the-asteroid-ultima-thule-mu69-in-senegal-an-opportunity-for-the-development-of-astronomy-in-africa/

https://africapss.org/2019/10/09/in-pursuit-of-ultima-thule-in-senegal/

[1] Arrokoth signifie «ciel» en Powhatan, une langue amérindienne.

[2] Buie et al. (2020). Size and shape constrains of (486958) Arrokoth from stellar occultation. Astrophysical Journal, 159:130, doi:10.3847/1538-3881/ab6ced.

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