LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE

Chaque année, la ville de Constantine, en Algérie, lève les yeux vers le ciel. Depuis l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST, des centaines de visiteurs débarquent — souvent pour la première fois de leur vie — devant l’immensité de l’univers. Ce rendez-vous, c’est le Festival National d’Astronomie Populaire. Cette année, il en est à sa 21e édition.

Figure 1 Le lieu du festival : le bâtiment du CERIST (Unité de Recherche en Médiation Scientifique), Technopôle, Plateau de Constantine

Le Festival d’Astronomie Populaire en bref

Tout commence en 2001. L’association Sirius sous la houlette de son président, le Pr. Jamal Mimouni, jette les bases de ce qui va devenir, au fil des années, le plus grand et le plus régulier évènement d’astronomie en Afrique. L’objectif principal est de rendre l’astronomie accessible au grand public. Et Constantine, avec son passé de carrefour dans le nord-est algérien, s’imposait comme une évidence pour accueillir la chose.

Édition après édition, le festival a pris une ampleur qui dépasse de loin le cadre local. On y croise aujourd’hui des associations du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d’Europe.
Le programme tourne autour de trois grands axes. D’abord les conférences et ateliers, portés à la fois par des professionnels et des clubs amateurs. Ensuite les observations nocturnes — le grand public peut enfin mettre l’œil dans un télescope. Et puis il y a la table ronde, qui chaque année creuse le thème central de l’édition avec un panel d’experts. Vingt-six ans plus tard, le rendez-vous n’a pas dévié d’un degré.

21e édition : au cœur des pouponnières d’étoiles

Le thème de cette année s’intitule : « Nébuleuses, pouponnières cosmiques des étoiles. » Les nébuleuses, ces nuages de gaz et de poussière où naissent les étoiles. Un sujet pointu pour un festival grand public — mais les organisateurs ont tenté le pari.

Le rendez-vous s’est tenu du 30 avril au 2 mai 2026 au Technopôle de l’université Salah-Boubnider (Constantine 3), dans l’Unité de Médiation Scientifique du CERIST. Selon un compte rendu paru dans La Voie d’Algérie au lendemain de l’événement, le festival a réuni plus de 1500 participants sur les trois jours, venus de 15 wilayas et de dix pays, rapportait de son côté L’Est Républicain.

Figure 2: L’affiche officielle de la 21ᵉ édition du Festival de l’Astronomie Populaire de Constantine

Parmi les invités, on note Abdelhafidh Teyahi de la Société tunisienne d’astronomie, Philippe Morel, président de l’observatoire Charles Fehrenbach de France, Joseph Alan Wise du projet PANOPTES — World Initiative de Los Angeles, Djounai Baba Aissa du CRAAG d’Alger, Susan Hunter, militante pour la préservation du ciel nocturne en Grande-Bretagne, Giovanni Mirouh de l’Université de Grenade en Espagne, et Anne Chamberlain de l’observatoire de Hawaii. Des participants arabes venus de Mauritanie, de la RASD et de Palestine étaient également présents, aux côtés des institutions et clubs d’astronomie algériens.

Le programme s’articulait autour de trois journées bien remplies.

Ça a commencé le jeudi 30 avril avec l’inauguration à 10h, suivie de la visite des expositions et des stands, puis d’une série de conférences avec des intervenants d’institutions algériennes et étrangères. Une observation solaire était également au programme.

Figure 3 Message de Willy Benz, président de l’Union Astronomique Internationale (IAU)
Voir la vidéo

 

Figure 4 L’espace des expositions

 

Figure 5 Quelques activités de la 21e édition

Le lendemain, vendredi 1er mai, c’était le jour de la table ronde, « Nébuleuses : alchimistes du cosmos ». Comme tous les ans, des spécialistes se sont réunis pour discuter en profondeur du thème choisi pour cette édition. Suivie d’une balade dans la ville de Constantine et d’une soirée musicale.

Figure 6 La table ronde thématique, moment phare de chaque edition

 

Figure 7 Photo de groupe des participants au Monument aux Morts, Constantine

Le samedi 2 mai, place aux conférences, aux ateliers participatifs et à quelques films scientifiques. Puis est venue la cérémonie de clôture, avec un moment musical, un poème récité et une pièce de théâtre intitulée « Collision de Nébuleuses », jouée par la troupe de Sirius.

 

Figure 8 Le Théâtre Régional Mohamed Tahar Fergani, écrin de la cérémonie de clôture

Il est à noter que le festival s’est tenu sous le patronage du ministre de la jeunesse et du wali de Constantine. Côté organisation, plusieurs institutions locales ont mis la main à la pâte : l’APC, l’APW, la DJS et la direction de la culture de la wilaya de Constantine. L’événement est également sponsorisé par l’Union astronomique internationale (IAU), avec le soutien de la Société africaine d’astronomie (AfAS).

Rencontre avec l’une des figures du festival : Echeima Amine Khodja

On a eu la chance de s’entretenir avec Echeima Amine Khodja, membre de l’équipe NOC Algérie et du club Sirius, celle qui anime le festival depuis les coulisses. Titulaire d’un Master en Astrophysique obtenu en 2016, elle faisait partie de la troisième promotion de cette filière fraîchement créée en Algérie. Aujourd’hui, elle crée du contenu de vulgarisation scientifique sur les réseaux sociaux. En parallèle de son activité de créatrice de contenu, elle anime des ateliers éducatifs pour les enfants et participe à différentes initiatives de sensibilisation aux sciences à travers l’Algérie.

Figure 9 Echeima Amine Khodja

« Pendant les trajets en voiture, quand tout le monde écoutait de la musique ou discutait, moi j’étais collée à la vitre, les yeux tournés vers le ciel », raconte-t-elle. Comme beaucoup d’enfants fascinés par l’espace, elle rêvait de devenir astronaute, jusqu’à ce qu’elle découvre la physique et la recherche scientifique.

Son ambition serait de poursuivre avec un doctorat en astrophysique, mais les opportunités de recherche et les postes permanents dans ce domaine restent limités dans le pays, ce qui l’oblige à travailler dans d’autres secteurs hors domaine. Malgré ces contraintes, elle continue de s’investir pleinement dans la vulgarisation, dans l’espoir d’inspirer les jeunes générations et de contribuer, à son échelle, au développement de l’astronomie en Algérie.

Un rendez-vous qui dépasse la simple passion

Ce qui frappe quand on regarde le festival de près, c’est aussi tout ce qu’il apporte autour de lui. Chaque année, l’événement permet au public de découvrir des clubs et des associations d’astronomie un peu partout dans le pays, et il y a toujours de nouvelles structures à chaque édition — aujourd’hui, on en compte plus d’une cinquantaine, ce qui montre à quel point l’intérêt pour l’astronomie grandit en Algérie. Pour le grand public, c’est une chance rare de plonger dans ce domaine et de comprendre de quoi on parle vraiment quand on évoque l’espace. Et ce n’est pas uniquement destiné aux enfants : les parents aussi y trouvent leur compte, eux qui sont les premiers responsables de l’éveil scientifique et de l’accompagnement de leurs enfants dans cette découverte. Le festival joue ce rôle de pont entre la science et les familles, d’une manière qu’on voit rarement ailleurs.

Pour en savoir plus sur cette édition et celles d’avant, et pour suivre les prochaines dates si l’envie vous prend de participer, tout est sur le site officiel : http://www.siriusalgeria.net/salon026.htm

Article écrit par Samira YALLA

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