LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Salma Sylla Mbaye, doctorante à l’Université Cheikh Anta Diop, à  Dakar au  Sénégal . Pour ma recherche je m’intéresse au flash d’impact sur Jupiter et à l’étude des étoiles variables.

Salma Sylla Mbaye

Quel a été votre parcours pour devenir astronome?

J’ai suivi une formation en Physique Atomique et Nucléaire où j’ai obtenu un Diplôme d’Études Approfondies (DEA). Durant cette période j’ai eu l’opportunité de participer à des conférences au niveau national et international sur l’astronomie et d’avoir d’importants contacts. Suite à ma participation à la conférence du Réseau Africain Atome et Molécule (LAM Network) organisée par mon université, j’ai eu l’opportunité de participer à une conférence importante (IAU Symposium No. 277,Tracing the Ancestry of Galaxies) au Burkina Faso grâce au programme de financement TAD (Teaching Astronomy for Development) de l’Union Astronomique Internationale (IAU).  Cette importante rencontre regroupant plusieurs astronomes du monde entier m’a permis de trouver un stage en France à l’Institut de recherche sur les lois fondamentales de l’Univers du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Ensuite j’ai suivi deux programmes de formation en ligne en astronomie organisés respectivement par l’observatoire de Paris et l’université de Lancashire. Cependant c’est quelques années plus tard que j’ai pu entamer un doctorat en astrophysique.

Qu’est ce qui vous a amené à étudier l’astronomie?

Mon intérêt en Astronomie a commencé à l’Université même si depuis l’école secondaire j’étais très attirée par les sciences spatiales, je lisais beaucoup d’ouvrages sur les objets volants non identifiés et j’étais toujours en quête de livres qui parlent des sciences spatiales mais en vain, comme ces sciences particulièrement l’astronomie n’est pas dans les curricula dans mon pays. C’est surtout ma rencontre avec une astrophysicienne qui m’a beaucoup inspirée, qui a été décisive dans ce choix de suivre une carrière en astronomie. Cependant il a fallu attendre plusieurs années pour que des perspectives se déclenchent suite à ma participation à la journée d’échange sur l’Astronomie au Sénégal organisée en partenariat avec un chercheur français de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), l’Université Cheikh Anta Diop et l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie.

Avez-vous ressenti des difficultés durant votre parcours?

La plus grande difficulté c’est le fait que l’astronomie n’est pas encore enseignée dans mon pays, nous n’avons pas encore d’observatoire astronomique. Ainsi je dois souvent voyager comme mon doctorat se fait dans le cadre d’un partenariat, avec le Maroc, la Belgique et la France. Il est très intéressant de bénéficier d’autres expériences , de découvrir d’autres cultures. La contrainte majeure est de ne pas pouvoir voyager avec sa famille même un bébé, si c’est entre pays africains le problème ne se pose pas car il n y a pas de contrainte de visa contrairement pour l’Europe. Je bénéficie de supports financiers pour mes visites scientifiques mais ces programmes ne prennent en compte les déplacements avec des proches.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes filles de votre pays qui souhaitent étudier l’astrophysique?

J’encourage les filles qui veulent suivre l’astrophysique, je leur demande de bien travailler, d’aimer les filières STIM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques). Je leur conseille de croire à leur potentiel, elles aideront à changer la tendance actuelle, d’améliorer les statistiques sur les filles en science et elles seront au cœur des futures innovations technologiques et scientifiques pour un monde meilleur et équitable. Je les invite à ne pas avoir peur d’explorer le champ de l’astrophysique, elles pourront bénéficier des programmes prestigieux de bourse pour les filles/femmes dans les sciences (Oreal UNESO, OWSD, etc).

Si vous avez quitté l’astrophysique, quel a été l’apport de vos études dans ce domaine pour votre carrière/vie?

L’astrophysique étant multidisciplinaire, elle permet d’avoir d’autres compétences comme en informatique, technologie, etc. Ainsi il n’est pas rare de voir des astrophysiciens dans d’autres métiers comme travailler dans des entreprises, faire de la communication scientifique. Même si ce n’est pas dans mes rêves, si je quittais l’astrophysique, avec toutes les opportunités et les compétences acquises je pourrais trouver autre chose.

Pensez-vous qu’il y a des aspects/défis spécifiques qui concernent les femmes africaines en astrophysique?

Les femmes africaines en Astrophysique, en plus de devoir faire leurs preuves vis-à vis de la communauté scientifique, doivent relever le défi de pouvoir encourager d’autres filles à faire les mêmes choix. Dans la plupart des sociétés africaines , on note un taux important de scolarisation des filles mais peu d’entre elles arrivent au niveau supérieur afin de pouvoir faire des carrières scientifiques comme l’astrophysique. Ainsi en tant que femme africaine scientifique, il y a un grand combat à mener pour changer ces pratiques, montrer que l’astrophysique ou les filières scientifiques en général ne sont pas uniquement destinées au hommes. Les femmes peuvent également aider à combler le fossé de scientifiques et relever le niveau de développement du continent.

Quels sont vos actions/projets en cours concernant l’astronomie?

Je suis en train de faire mon doctorat dans le but de pouvoir enseigner l’astrophysique dans mon pays et participer au développement de la recherche de cette filière au Sénégal. En tant que coordonnatrice nationale du Bureau de Sensibilisation à l’astronomie (NOC) de l’IAU, je participe à la dissémination au niveau local, j’organise avec des partenaires locaux et internationaux des programmes de formation, de renforcement de capacité. Avec le Réseau Astronomique pour l’Éducation Scolaire (NASE) nous avons deux fois organisé des formations de formateurs et nous comptons répéter l’expérience tous les ans. Nous avions projeté d’organiser une école d’été à Dakar en 2020 grâce au financement du bureau de l’astronomie pour le développement  mais ceci a été reporté à cause de la pandémie de la covid-19, cependant une version en ligne est envisageable pour préparer l’activité en présentiel. Je participe également à des programmes de dissémination au niveau international, comme le projet de l’IAU intitulé « Women and Girls in Astronomy ».

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