
Du 6 au 9 juillet 2026, la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) de l’Université d’Abomey-Calavi, en partenariat avec l’African Astronomical Society (AfAS), a organisé une école d’été consacrée à l’astronomie et à l’astrophysique. Pendant quatre jours, enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants et étudiants ont exploré les multiples facettes d’une discipline encore peu structurée dans l’enseignement supérieur béninois, mais qui suscite un intérêt croissant.

L’événement s’est tenu au Campus numérique francophone de l’Université d’Abomey-Calavi, dans un format hybride permettant de réunir des intervenants et des participants présents sur place et connectés depuis différents pays. Placée sous le thème « Astrophysics for Sustainable Development in Sub-Saharan Africa », cette école d’été avait pour ambition de contribuer au renforcement des capacités en astronomie et de favoriser les collaborations scientifiques à l’échelle africaine.

Une école d’été, mais surtout un point de départ
Cette « première école d’été d’astronomie au Bénin » n’est pas le programme d’été de formation sur les sciences spatiales organisées au Bénin. La particularité de celle-ci réside dans son orientation spécifiquement consacrée à l’astronomie et à l’astrophysique, avec une volonté particulière de familiariser la communauté universitaire — notamment les enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants et étudiants de master — avec l’étendue de cette discipline.

L’initiative n’est d’ailleurs pas née spontanément. Elle s’inscrit dans une dynamique amorcée quelques mois auparavant, à la suite de la visite au Bénin du professeur Jamal Mimouni, ancien président de l’African Astronomical Society (AfAS). Lors de son séjour en février, celui-ci avait animé plusieurs conférences et échangé avec des enseignants-chercheurs et des chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi. Ces discussions ont contribué à faire émerger un intérêt plus structuré pour l’astronomie au sein de la communauté des physiciens de l’université.

L’école d’été apparaît ainsi comme la concrétisation d’une dynamique déjà engagée : créer un espace permettant aux scientifiques béninois de découvrir ou redécouvrir l’astronomie dans toute sa diversité, d’échanger avec des chercheurs du continent et d’envisager de nouvelles collaborations.
De la physique à l’Univers
Pendant quatre jours, les participants ont été exposés à un panorama particulièrement large de l’astronomie : astrophysique stellaire, exoplanètes, radioastronomie, galaxies, cosmologie, ou encore analyse moderne des données astronomiques. L’intelligence artificielle, les bases de données astronomiques ouvertes et les nouvelles technologies d’observation ont également été abordées.
Cette diversité du programme a permis de rappeler que l’astronomie est un vaste terrain d’application de nombreuses branches de la physique. Mécanique classique, électromagnétisme, thermodynamique, mécanique quantique, physique nucléaire et des particules, relativité générale, optique, mécanique des fluides, statistiques ou traitement du signal sont autant d’outils permettant aujourd’hui d’étudier l’Univers.
Pour des chercheurs et étudiants déjà engagés dans des domaines tels que la cosmologie, la physique de l’énergie ou la physique de l’atmosphère, cette ouverture peut donc contribuer à élargir les perspectives de recherche. L’objectif est aussi de démystifier l’astronomie : loin de se limiter à l’observation des astres, elle constitue aujourd’hui un domaine scientifique extrêmement vaste, à la croisée de la physique, des mathématiques, de l’informatique, de l’ingénierie et de l’analyse de données.
Une rencontre avec la communauté astronomique africaine
L’un des points forts de l’école a été la diversité des intervenants. Près d’une dizaine de formateurs issus de plusieurs pays africains ont participé aux enseignements, certains en présentiel et d’autres à distance.
Parmi eux figuraient notamment le professeur Jamal Mimouni, ainsi que Nadeem Oozeer, venue d’Afrique du Sud, et le professeur James Chibueze, vice-président de l’Union Astronomique Internationale. D’autres intervenants ont contribué à distance depuis différents pays africains, notamment le Burkina Faso, l’Éthiopie et le Ghana.

Cette dimension panafricaine est importante pour un pays où les possibilités de formation spécialisée en astronomie restent limitées. Elle permet de mettre directement en relation les chercheurs et futurs chercheurs béninois avec une communauté scientifique africaine déjà structurée, et de montrer que le développement de l’astronomie sur le continent passe aussi par la circulation des compétences, les réseaux scientifiques et les collaborations régionales.
Au-delà des cours, l’école a ainsi constitué un espace d’échanges professionnels et scientifiques. Les participants ont également abordé l’enseignement de l’astronomie, l’astronomie amateur, l’entrepreneuriat et les différentes voies de développement de la discipline en Afrique. Des discussions sur les collaborations futures et une feuille de route destinée à maintenir la dynamique initiée ont clôturé l’événement.
Une communauté qui existait déjà
Cette école d’été ne marque donc pas le début de l’intérêt pour l’astronomie au Bénin. Depuis plusieurs années, principalement à travers les actions de Sirius Space Association, des astronomes amateurs, et des passionnés de sciences spatiales contribuent à faire connaître la discipline auprès du grand public, mais également auprès des étudiants et des enseignants.

Cette mobilisation a permis de faire émerger une communauté de jeunes passionnés, curieux de comprendre l’Univers et de se former aux sciences astronomiques et spatiales. Jusqu’ici, une grande partie de cette dynamique s’est développée en dehors des structures universitaires formelles.
L’enjeu désormais est de parvenir à créer un continuum entre cette passion, la vulgarisation scientifique, la formation universitaire et la recherche.
Vers des formations universitaires en astronomie ?
L’une des principales perspectives qui émergent de cette initiative concerne justement la formation. Les échanges engagés pourraient contribuer à renforcer progressivement l’enseignement de l’astronomie à l’Université d’Abomey-Calavi, avec notamment la perspective de développer des enseignements ou des parcours spécialisés au niveau master, voire à terme de les introduire plus tôt dans le cursus universitaire.
Cette perspective rejoint d’ailleurs les discussions institutionnelles qui ont accompagné l’école. Le professeur Clément Kouchadé, ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation technique et professionnelle et chef du Département de physique de la FAST, a officiellement ouvert l’école. Des échanges avec l’AfAS ont ensuite porté notamment sur l’introduction de l’astronomie dans l’enseignement secondaire et sur le renforcement de sa formation au niveau master.

Si ces réflexions se concrétisent, elles pourraient permettre aux étudiants béninois qui souhaitent se spécialiser en astronomie de poursuivre leur parcours dans leur propre pays et, progressivement, de contribuer eux-mêmes au développement de la discipline.
Un nouveau chapitre pour l’astronomie au Bénin ?
Il serait encore trop tôt pour tirer de cette seule école d’été des conclusions définitives. Mais son intérêt dépasse largement les quatre jours de cours et de conférences.
Elle intervient à un moment où plusieurs dynamiques commencent à converger : l’engagement ancien des passionnés et associations d’astronomie, l’intérêt croissant des étudiants, la curiosité grandissante des enseignants-chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi, l’ouverture de collaborations avec la communauté astronomique africaine et un intérêt institutionnel désormais plus visible.
La prochaine étape sera donc de transformer ces échanges en collaborations durables, en projets de recherche, en formations et en nouvelles opportunités pour les étudiants.

L’enjeu est donc de faire de l’astronomie un véritable domaine de formation et de recherche scientifique et dans ce cadre, cette école d’été constitue l’un des premiers jalons d’une nouvelle dynamique astronomique à l’Université d’Abomey-Calavi, et plus largement au Bénin.

Article écrit par :
Prudence Ayivi | Sirius Space Association
