Le spatial africain est en plein essor depuis quelques années, avec plus de 18 nations spatiales et 63 satellites en orbite. L’Égypte abrite également le siège de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), inauguré le 20 avril 2025. Tout cela grâce aux efforts d’acteurs africains, qui, depuis plusieurs années, contribuent au développement économique et social de l’Afrique par le spatial.

Sékou Ouedraogo, président de l’AASO
C’est dans ce même esprit que l’African Aeronautics & Space Organisation (AASO) organise tous les deux ans les African Aeronautics & Space Innovation Trophy (ASIT), un événement permettant de récompenser des acteurs africains ou issus de la diaspora pour avoir contribué à l’avancement de l’Afrique dans le domaine de l’aéronautique et/ou du spatial. Le lauréat de cette quatrième édition est le Dr Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA), pour ses efforts afin de promouvoir le secteur spatial africain. Cette cérémonie s’est déroulée au musée de l’air et de l’espace, au Bourget, Paris, le 25 mars dernier.
Le trophée a été remis par Sékou Ouedraogo, le président de l’AASO. L’ASIT a également pour but de réunir les acteurs du spatial africain ainsi que ses partenaires internationaux. Des tables rondes dédiées à l’aéronautique « Qui fera voler l’Afrique de demain ? » ainsi que sur le spatial ont permis de faire un état des lieux du spatial africain et d’avoir un retour d’expérience sur les projets de coopération.

Dr. Tidiane Ouattara, président du Conseil de l’Agence Spatiale Africaine (AfSA)
Ce rendez-vous permet également d’inspirer et d’encourager l’innovation et les initiatives liées aux activités aérospatiales, qui peuvent être un véritable levier de développement. Cela a été particulièrement visible lors des discussions, où les applications spatiales sont apparues comme un enjeu central pour l’industrie africaine actuelle. L’exploitation des données satellitaires permet en effet de répondre à des questions de société comme la sécurité alimentaire ou la surveillance des forêts et des zones stratégiques, tout en posant la question de la souveraineté. Sur ce dernier point, les intervenants de SaH Analytics International ont rappelé qu’il n’est pas nécessaire de tout détenir en interne, mais qu’il est essentiel de disposer d’une infrastructure de données et de former les personnes capables de l’exploiter. Le développement d’un CubeSat a notamment été présenté comme un bon point de départ pour démontrer cette nécessité de souveraineté.
La question du financement est revenue à plusieurs reprises : pour convaincre les décideurs et bailleurs, les pays doivent démontrer le retour sur investissement de leurs projets, en s’appuyant sur un plan d’affaires solide. Commencer par de petites démonstrations via des CubeSats a été cité comme une stratégie efficace pour bâtir, à terme, une véritable agence spatiale nationale.

Les retours d’expérience (GaindeSat au Sénégal, AGEOS au Gabon, NigeriaSat avec le Nigeria) ont par ailleurs souligné un même fil conducteur : au-delà des accords signés avec des partenaires internationaux (CNES, IRD, agences américaines), c’est la formation d’ingénieurs locaux et le transfert de technologies qui constituent la véritable valeur ajoutée de ces coopérations, à condition qu’elles restent alignées sur les priorités nationales. Enfin, la mutualisation des ressources entre pays africains et une bonne compréhension du cadre juridique international ont été identifiées comme des leviers essentiels pour structurer durablement le secteur.
Au vu de cette édition, le spatial africain semble promis à un bel avenir. Cela demandera toutefois une véritable unité entre les pays africains, ainsi qu’une mise en commun des ressources, pour atteindre cet objectif partagé.
Article écrit par Mializo RAZANAKOTO
