AfAS 2026 au Botswana : une astronomie africaine dynamique, collaborative et tournée vers l’avenir
Du 22 au 27 mars 2026, la ville de Kasane, au Botswana, a accueilli la conférence annuelle de l’African Astronomical Society (AfAS), principal rendez-vous de la communauté astronomique africaine. Pendant près d’une semaine, chercheurs, étudiants, ingénieurs, médiateurs scientifiques et responsables institutionnels venus de toute l’Afrique et d’ailleurs se sont réunis pour partager leurs travaux, développer de nouvelles collaborations et réfléchir aux défis et opportunités qui façonnent l’avenir de l’astronomie sur le continent.
Organisée dans un cadre exceptionnel aux portes du parc national de Chobe, cette édition 2026 s’inscrivait dans la dynamique de rotation géographique mise en place par l’AfAS ces dernières années. Après la conférence organisée au Maroc en 2024, première édition tenue en dehors de l’Afrique du Sud, puis celle de 2025 accueillie par l’University of South Africa (UNISA), le Botswana devenait ainsi le deuxième pays à accueillir l’événement en dehors de l’Afrique du Sud.
L’édition de Kasane a confirmé le dynamisme croissant de l’astronomie africaine et son rôle de plus en plus important dans le paysage scientifique mondial. Elle a également permis de mesurer les progrès réalisés dans les domaines de la recherche, de l’éducation, de la médiation scientifique et du développement des capacités humaines à travers le continent.
Un panorama de l’astronomie africaine en pleine évolution
Les nombreuses sessions scientifiques, conférences plénières, présentations orales et posters ont offert un aperçu particulièrement riche des avancées réalisées dans les différents domaines de l’astronomie et des sciences spatiales en Afrique.
De la cosmologie à l’étude des galaxies, des étoiles et des exoplanètes, en passant par la radioastronomie, les sciences planétaires, l’intelligence artificielle appliquée à l’analyse des données astronomiques ou encore les futures infrastructures de recherche du continent, les participants ont pu mesurer les progrès accomplis ces dernières années.
Les sessions posters ont également mis en lumière le travail de nombreux étudiants et jeunes chercheurs, témoignant de l’émergence d’une nouvelle génération de scientifiques africains impliqués dans des projets de recherche de haut niveau. Au-delà de la recherche fondamentale, plusieurs interventions ont montré comment l’astronomie contribue au développement des compétences en informatique, en traitement de données, en ingénierie et en innovation technologique à travers le continent.

Conférence plénière à chaque matinée
Éducation, médiation et développement des capacités au cœur de la conférence
Comme lors des précédentes éditions, une place importante a été accordée à l’éducation, à la médiation scientifique et au développement des capacités humaines.
Les sessions Education, Development and Outreach (EDO) ont permis de découvrir de nombreuses initiatives visant à rendre l’astronomie accessible au plus grand nombre, à renforcer la formation des enseignants et à susciter des vocations scientifiques chez les jeunes Africains.
Parmi les présentations marquantes figurait celle de Sylvain Bouley consacrée à l’initiative internationale On The Moon Again, qui mobilise chaque année astronomes amateurs et professionnels autour d’observations publiques de la Lune à travers le monde.
Lors de ces mêmes sessions, Andoniaina Rajaonarivelo a présenté le festival d’astronomie Madagascar sous les étoiles, devenu l’un des principaux événements de médiation astronomique à Madagascar. Cette présentation a permis de mettre en avant l’importance des activités de vulgarisation scientifique pour rapprocher les populations africaines des sciences et du ciel nocturne.
La participation de plusieurs membres d’Astronomie Afrique à travers différentes sessions a également permis de mettre en valeur des initiatives francophones de recherche, d’éducation et de médiation scientifique développées sur le continent.
Les échanges ont également porté sur les défis liés à l’éducation scientifique en Afrique, le développement des ressources pédagogiques, l’intégration des savoirs culturels et l’évaluation de l’impact des activités de médiation.

Présentation de Andoniaina lors d’une session EDO
Une collaboration renforcée entre l’Europe et l’Afrique
La session collaborative EAS/AfAS (European Astronomical Society – African Astronomical Society) a constitué l’un des temps forts de la conférence.
Cette session a mis en lumière les nombreuses collaborations existantes entre les communautés astronomiques européenne et africaine, non seulement dans le domaine de la recherche, mais également dans l’éducation, la médiation scientifique et le développement des capacités.
David Baratoux y a présenté les activités de l’AFIPS (African Initiative for Planetary and Space Science), initiative visant à renforcer les collaborations africaines dans les sciences planétaires et spatiales.
Andoniaina Rajaonarivelo y a également présenté l’École panafricaine d’astronomie portée par l’Observatoire Astronomique Écoles du Monde Madagascar. Ce programme a pour objectif d’offrir à de jeunes Africains une formation pratique en astronomie tout en favorisant leur intégration dans les réseaux scientifiques du continent.
Ces présentations ont illustré l’importance des partenariats internationaux pour accompagner le développement durable de l’astronomie africaine.

David Baratoux présentant l’AFIPS lors de la session EAS/AfAS
Former, inspirer et créer de nouvelles opportunités
Au-delà des sessions scientifiques, AfAS 2026 a accordé une place importante au renforcement des capacités et au développement de nouvelles compétences à travers le continent.
Plusieurs ateliers et activités pré-conférence ont ainsi permis aux participants d’explorer des thématiques variées allant de l’enseignement de l’astronomie à la communication scientifique, en passant par les sciences planétaires, l’analyse de données et l’astrotourisme. Parmi les initiatives proposées figuraient notamment BLUEshift Africa, consacré à l’enseignement universitaire de l’astronomie, un hackathon dédié aux compétences numériques et à la communication scientifique, ASTROLAB ainsi que l’African Lunar Symposium consacré aux perspectives africaines dans l’exploration lunaire.
La conférence a également mis en avant l’importance de la médiation scientifique à travers les visites organisées dans des établissements scolaires de la région de Kasane. Ces rencontres ont permis aux participants d’échanger directement avec les élèves et les enseignants botswanais, tout en suscitant l’intérêt des jeunes pour les carrières scientifiques.
L’une des thématiques particulièrement remarquées cette année a été l’astrotourisme. Profitant de la réputation du Botswana pour ses paysages naturels et la qualité de ses ciels nocturnes, un atelier spécifique a réuni guides touristiques, opérateurs de safari, chercheurs et médiateurs afin d’explorer le potentiel du ciel étoilé comme ressource scientifique, culturelle et économique. Les discussions ont souligné le rôle que pourrait jouer l’astrotourisme dans le développement local tout en sensibilisant les populations à la préservation du patrimoine nocturne africain.
L’ensemble de ces initiatives illustre l’une des spécificités de l’AfAS : faire de la conférence non seulement un lieu de présentation de résultats scientifiques, mais également un espace de formation, d’échanges d’expériences et de développement de projets ayant un impact concret sur les communautés africaines.
Les femmes africaines à l’honneur
L’un des moments marquants de cette édition a été la remise des prix du réseau African Network for Women in Astronomy (AfNWA).
Le prix « Prof. Carolina Ödman-Govender Early Career Award » a été attribué à la Dre Mona Molham pour ses contributions scientifiques et son engagement en faveur de la participation des femmes dans les sciences.
La Dre Zara Randriamanakoto a reçu le prix « Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa », récompensant à la fois l’excellence de ses travaux scientifiques, son implication dans la promotion des femmes en sciences et son engagement dans l’accompagnement de la nouvelle génération d’astronomes africains.
Ces distinctions rappellent l’importance des initiatives favorisant une communauté scientifique plus inclusive et représentative de la diversité du continent.

Zara Randriamanakoto reçevant le prix Mid-Career Award for Women in Astronomy in Africa
Des moments de partage au cœur de l’expérience AfAS
Comme toute grande conférence scientifique, AfAS 2026 a également offert de nombreuses occasions d’échanges informels entre participants.
Parmi les moments les plus appréciés figurait une croisière sur le fleuve Chobe, permettant aux participants de découvrir la richesse naturelle de la région tout en poursuivant les discussions engagées durant les sessions scientifiques.
Le dîner de conférence a également constitué un moment privilégié pour renforcer les liens entre chercheurs, étudiants et partenaires venus de nombreux pays africains et internationaux. Ces moments de convivialité jouent un rôle essentiel dans la construction des réseaux qui font avancer la recherche et les projets collaboratifs.

Dîner de gala
Une communauté africaine ambitieuse et connectée
L’édition 2026 de la conférence AfAS a confirmé la montée en puissance de l’astronomie africaine. Les travaux présentés tout au long de la semaine ont montré l’excellence scientifique croissante du continent, tandis que les sessions consacrées à l’éducation et à la médiation ont rappelé que le développement de l’astronomie ne peut se faire sans investissement dans la formation et le partage des connaissances.
Les nombreuses collaborations présentées durant la conférence, qu’elles concernent la recherche, l’éducation ou la médiation scientifique, témoignent de la volonté de construire une communauté astronomique africaine toujours plus intégrée. Les échanges entre chercheurs, enseignants, étudiants et acteurs de la vulgarisation ont illustré la richesse des compétences présentes sur le continent ainsi que l’importance des partenariats internationaux pour accompagner leur développement.
Si la conférence a illustré le dynamisme de l’astronomie africaine dans toute sa diversité, elle a également mis en lumière un défi qui demeure pour la communauté : la participation encore limitée des acteurs issus de l’espace francophone. Alors même que de nombreuses initiatives de recherche, d’éducation et de médiation se développent dans plusieurs pays francophones du continent, leur représentation à Kasane est restée relativement modeste. Renforcer ces échanges et encourager une participation plus équilibrée entre les différentes communautés linguistiques constituera un enjeu important pour consolider une astronomie véritablement panafricaine.
Après cette étape botswanaise, la communauté astronomique africaine se retrouvera en 2027 à Grahamstown (Makhanda), à la Rhodes University en Afrique du Sud, pour la prochaine édition de la conférence AfAS.
Au-delà des résultats scientifiques, AfAS 2026 aura surtout démontré qu’à travers la recherche, l’éducation, la médiation et les collaborations internationales, l’astronomie continue de s’affirmer comme un puissant moteur de développement scientifique et humain pour le continent africain. Rendez-vous est désormais donné à Grahamstown pour poursuivre cette dynamique et écrire un nouveau chapitre de l’astronomie africaine.
Article écrit par Andoniaina Rajaonarivelo, Sylvain Bouley et David Baratoux
