LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE

Bien des jardiniers vous le diront, la Lune montante est propice aux cultures. Les graines germeraient mieux, les fruits et légumes récoltés seraient de meilleure qualité, les greffes prendraient mieux… C’est là un des nombreux pouvoirs attribués à notre voisine céleste, bien que ces allégations ne reposent généralement sur aucun fondement scientifique. Dans le cas de cet adage horticole, la notion de Lune montante est en outre fréquemment assimilée à celle de Lune croissante. Nous faisons ici le point sur ces deux phénomènes bien distincts afin d’améliorer, nous aussi, notre culture…

 Les phases : des croissants… croissants et décroissants

On sait depuis 400 ans que la Lune tourne autour de la Terre et que le couple Terre-Lune tourne lui-même autour du Soleil. Il faut vingt-neuf jours et demi à la Lune pour faire le tour de notre planète et revenir à une position identique, relativement au Soleil et à la Terre. C’est ce qu’on appelle le mois synodique ou, plus simplement, la lunaison [1]. Depuis la Terre, la fraction de l’hémisphère lunaire éclairé par le Soleil varie de jour en jour en fonction de l’angle Soleil-Terre-Lune. Cette variation d’aspect qui s’étend sur près d’un mois s’appelle le cycle des phases.

Lorsque la Lune se trouve entre la Terre et le Soleil [2], c’est son côté non éclairé par le Soleil qui nous fait face. Elle nous est donc invisible ; c’est la nouvelle Lune. Les soirs qui suivent la nouvelle Lune, du fait de son mouvement autour de la Terre, l’hémisphère lunaire éclairé commence à nous apparaître sous la forme d’un fin croissant qui gagne progressivement en épaisseur au fil des jours jusqu’à atteindre la moitié du disque lunaire, formant alors le premier quartier. Puis, le terminateur [3] s’arrondit progressivement, donnant à la Lune une forme bossue ou renflée qu’on appelle gibbeuse jusqu’à ce que le disque lunaire finisse par être pleinement éclairé : c’est la pleine Lune. Pendant cette période qui dure près de quinze jours, la surface éclairée du disque lunaire s’accroît. C’est la période dite de Lune croissante.

Après la pleine Lune, les phases s’enchaînent en sens inverse : Lune gibbeuse, dernier quartier puis croissant de plus en plus fin jusqu’à la nouvelle Lune. La surface éclairée diminuant, on parle de Lune décroissante.

En résumé, la Lune croissante est la période qui va de la nouvelle Lune à la pleine Lune, et la Lune décroissante, de la pleine Lune à la nouvelle Lune. Ainsi, un simple coup d’œil à la forme de notre satellite permet de savoir si nous sommes dans la période croissante ou décroissante.

Le cycle des phases lunaires. La Lune croissante dure de la nouvelle Lune (NL) jusqu’à la pleine Lune (PL) en passant par le premier quartier (PQ). La Lune décroissante, de la pleine Lune à la nouvelle Lune en passant par le dernier quartier (DQ). (Crédit : É. Evrard)

La course de la Lune : des hauts et des bas

Chacun sait que l’été, le Soleil monte très haut dans le ciel et nous chauffe ardemment pendant de longues journées, tandis qu’en hiver, son disque pâle peine à s’élever au-dessus de l’horizon et redescend bien vite pour se coucher tôt. Il en va de même pour la Lune, à une nuance près toutefois : alors que pour le Soleil, ce cycle dure une année, pour la Lune il s’effectue en seulement 27,3 jours, une période qu’on appelle le mois tropique [4]. La raison de cette variation mensuelle de la hauteur apparente de notre satellite tient au fait que l’orbite lunaire ne s’effectue pas dans le même plan que l’écliptique [5], mais qu’elle est inclinée d’environ 5 degrés. Au cours de son périple autour de la Terre, la Lune va donc alternativement « monter » vers le point le plus au nord de son orbite puis « redescendre » vers le point le plus au sud. Ce faisant, elle coupe l’écliptique en deux points qu’on appelle les nœuds, une fois en montant (nœud ascendant), une fois en redescendant (nœud descendant).

Contrairement au phénomène précédent (Lune croissante/décroissante), il n’est pas possible de savoir d’un simple coup d’œil si la Lune est en train de monter ou de descendre. Il faut pour cela observer son passage au minimum deux jours consécutifs et noter sa hauteur apparente dans le ciel en prenant un point de repère quelconque (relief, arbre, clocher, pylône…). Entre le premier et le deuxième jour, la Lune aura progressé sur son orbite et, selon le cas, elle sera plus au nord et apparaîtra alors plus haute que la veille (on parlera de Lune montante ou ascendante), ou bien elle sera plus au sud et apparaîtra plus basse (on parlera de Lune descendante). Le mois tropique étant de 27,3 jours, la Lune montante et la Lune descendante durent chacune un peu moins de 14 jours. Si l’on ne peut pas mener ces observations in situ, on trouvera dans les éphémérides astronomiques l’indication du jour où la Lune atteint le point le plus haut de son orbite (appelé déclinaison maximum) et le point le plus bas (déclinaison minimum). On en déduira instantanément le sens de son mouvement pour une date donnée.

Bien qu’elles soient toutes deux liées au mouvement orbital de la Lune autour de la Terre, Lune croissante/décroissante et Lune ascendante/descendante sont donc deux notions bien différentes et deux phénomènes qui ne coïncident pas. Pour un jour donné, la Lune peut en effet être à la fois croissante et descendante ou, à l’inverse, décroissante et montante ! Ce sera notamment le cas du 8 au 17 avril où la Lune sera montante et décroissante, puis du 21 avril au 1er mai où elle sera croissante et descendante.

D’un jour à l’autre, la hauteur de la Lune varie. Selon le sens de la variation, on parlera de Lune montante (ou ascendante) ou de Lune descendante. (Crédit : É. Evrard)

Ajoutons pour conclure que l’écliptique est incliné d’un peu plus de 23° par rapport au plan équatorial de la Terre, ce qui cause les variations de hauteur de la trajectoire du Soleil dans le ciel et le cycle des saisons. Cette inclinaison de l’écliptique a aussi une incidence sur la position apparente de la Lune, mais cette fois le cycle n’est pas mensuel mais annuel. Selon la saison, la déclinaison maximum de la Lune (position apparente la plus haute du mois) et sa déclinaison minimum (position apparente la plus basse du mois) sont ainsi plus ou moins hautes. Au risque de sortir du cadre de cet article consacré aux variations mensuelles d’aspect et de position de la Lune, retenons simplement que, contrairement au Soleil, les pleines Lunes sont plus hautes en hiver qu’en été.

Article écrit par Éric EVRARD │ Science et Culture en Picardie

[Notes]

  1. La période synodique est l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux passages consécutifs d’une planète ou d’un satellite à un même point par rapport au Soleil et à la Terre. S’agissant de la Lune, le mois synodique ou lunaison sépare deux phases identiques (p. ex. : 2 pleines Lunes).
  2. Plus précisément, lorsque la Lune et le Soleil ont la même longitude géocentrique, ce qui n’implique pas un alignement parfait des trois astres.
  3. Ligne fictive qui sépare la partie éclairée par le Soleil de la partie non éclairée.
  4. S’agissant de la Lune, le mois tropique est l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux passages consécutifs de la Lune à une même longitude écliptique.
  5. Plan de l’orbite de la Terre autour du Soleil.
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