LE MAGAZINE DES SCIENCES DE L’UNIVERS EN AFRIQUE

Vous connaissez tous l’histoire : un astéroïde colossal s’est abattu du ciel, a entraîné l’extinction des dinosaures et a laissé au Yucatán une cicatrice de 180 km de large, le fameux Chicxulub. C’est précisément ce cataclysme qui a éveillé mon intérêt pour les cratères d’impact.

Fig. 1 : Le dernier regard des Tyrannosaurus rex, il y a 66 Ma. (Illustration paléo-artistique par Ahmed AMIROUCHE)

 

Comment se forment les cratères d’impact ? 

Un cratère d’impact se forme quand un projectile cosmique suffisamment grand et cohérent (dépassant 50 m de diamètre pour un corps rocheux et 20 m pour un objet ferreux plus cohérent) percute le sol à sa vitesse cosmique d’origine (>11 km/s).

Une fois que l’objet atteint la surface, l’impact se déroule en trois phases qui se chevauchent :

  1. Contact et compression : le projectile touche la cible et transmet une onde de choc qui comprime le matériau.
  2. Excavation : la roche comprimée se décompresse, éjecte du matériel en forme de couronne et crée une cavité dite transitoire.
  • Modification : les parois du bassin s’effondrent partiellement, les matériaux en fusion se redistribuent et la topographie finale se stabilise.

Selon la taille et la nature de la cible, deux morphologies principales apparaissent :

  1. Cratères simples : forme de bol (d < 2 – 4 km) partiellement remplie par la brèche.
  2. Cratères complexes : plus grands (d > 2 – 4 km), développent un soulèvement central distinct sous forme de crête et/ou d’anneau, de cuvette annulaire, et une jante effondrée.

La distribution des cratères d’impact sur Terre

Fig. 2 : Distribution des cratères d’impact dans le monde.

 

On observe, d’après la carte de répartition mondiale des cratères d’impact (Fig. 2), que l’Afrique ne compte qu’environ 10 % des structures identifiées, alors que le Canada, dont la superficie est trois fois moindre, en regroupe près de 15 %. Cette disproportion suggère que la distribution des impacts n’est pas proportionnelle à la superficie terrestre, mais plutôt influencée par d’autres facteurs.

Les structures d’impact africaines demeurent largement sous-explorées comparées à leurs homologues d’Amérique du Nord ou d’Europe. Il est donc très probable que de nombreux cratères restent encore non répertoriés sur le continent.

Des initiatives récentes ont cherché à identifier de nouvelles structures susceptibles d’être des cratères d’impact, notamment au Maroc et en Mauritanie, où le territoire a été intégralement survolé à l’aide d’imageries satellitaires [respectivement dans Chabout et al., (2015) et Ould Mohamed Navee et al., (2024)]. En Algérie, un travail similaire a été mené dans le cadre de mon mémoire de master (2024), sous la direction de M. Moulley Charaf Chabou et de David Baratoux. Nous avons adopté la même approche que celle décrite par Ould Mohamed Navee en Mauritanie, qui repose sur l’analyse combinée d’imagerie satellite, de données topographiques et géologiques, pour recenser systématiquement les structures circulaires du pays et évaluer leur potentiel d’origine impactitaire.

Les cratères d’impact en Algérie : état des connaissances

À la date de rédaction de cet article, quatre cratères algériens sont répertoriés dans l’Earth Impact Database (EID) :

1- Tin Bider – structure concentrique à anneaux multiples d’environ 6 km de diamètre, située sur le plateau de Tadmaït, à ≈ 265 km au ENE d’In Salah, au sein des formations crétacées. Ce cratère est décrit pour la première fois par Guillemot, (1962), interprété comme un impact météoritique par Busson, (1972), puis confirmé par Lambert et al., (1980), qui ont mis en évidence du quartz choqué. Une étude plus récente (Kassab et al., 2021) réaffirme l’origine météoritique.

2- Amguid – situé à ≈ 236 km de Tamanrasset, il s’agit d’un cratère circulaire de 550 m de diamètre et de 60 m de profondeur, creusé dans des terrains du Dévonien inférieur de la plateforme saharienne. Karpoff, (1954) fut le premier à signaler l’existence de ce cratère. Une première investigation sur le terrain est réalisée par Jean-Philippe Lefranc le 2 mai 1968, suivie d’une note publiée en 1969. Lambert et al., (1980) fournissent les preuves de son origine météoritique.

3- Ouarkziz – Cratère d’environ 3,5 km de diamètre, situé à 170 km au nord-est de Tindouf, près de la frontière algéro-marocaine. Il est incisé dans des formations carbonifères inférieures. Découvert par Fabre et Greber., (1956) et identifié comme d’origine météoritique par Fabre et al., (1970). Lambert et Lamali., (2009) appellent à des analyses pétrographiques et géochimiques supplémentaires pour confirmer l’impact.

4- Talemzane – forme de dépression circulaire de 1,75 km de diamètre, le plus visité d’Algérie, située à 40 km au sud‑est d’Hassi Delaa (wilaya de Laghouat) dans des roches éocènes. Découvert en 1928, il a d’abord été étudié dans les années 1950 (par Rousseau puis Brady). Karpoff et Brady, (1953) ont été les premiers à proposer une origine d’impact, hypothèse confirmée par Lambert et al. (1980). Des travaux récents contestent ce scénario et proposent d’autres explications.


Fig. 3
 : Vues satellitaires des cratères d’impact en Algérie. (a) Tin Bider, (b) Amguid, (c) Ouarkziz, (d) Talemzane.

Résultats de la recherche systématique des structures circulaires en Algérie

Nos investigations des structures circulaires en Algérie, réalisées à l’aide d’imageries satellitaires et de SIG, ont permis de détecter 866 structures, dont une vingtaine était déjà connue. Au départ, l’objectif était d’identifier uniquement les meilleurs candidats à une origine météoritique ; cependant, le projet a rapidement évolué vers un inventaire exhaustif incluant toutes les structures circulaires et quasi‑circulaires du pays, quelles que soient leurs origines (magmatiques, tectoniques, diapiriques, etc.).

Fig. 4 : Distribution des structures circulaires en Algérie.

 

Nous avons produit trois cartes pour chaque structure : une topographique, une à partir des images Bing/ESRI, et une à partir de la carte géologique couvrant la structure. Une étude morphométrique détaillée a ensuite été menée, au cours de laquelle toutes les grandeurs géométriques ont été calculées. Les structures ont été nommées en fonction de la carte géologique qui les couvre (échelle 1 : 50 000 pour le nord, 1 : 200 000 pour le sud). Lorsqu’une même carte couvre plusieurs structures, le nom est suivi d’un indice numérique correspondant à l’ordre croissant de leur diamètre. Les données collectées lors de la cartographie, de l’analyse morphométrique et les informations géologiques disponibles ont permis d’attribuer à chaque structure une origine plausible.

Cette procédure nous a permis de sélectionner les structures présentant le meilleur potentiel d’impact parmi les 866 identifiées. Deux d’elles, déjà mentionnées par Chabou, (2017), sont Oufrane (d ≈ 2,5 km) et Hassi Chebaba (d ≈ 4,5 km), des cratères complexes fortement érodés. Hassi Chebaba, étudiée et nommée ‘Tabaloulet’ par Mahboubi et al., (2023), montre des traces de métamorphisme de choc et deux types de brèches (calcaire béchique et brèche de retombée), bien que des investigations géophysiques et géochimiques supplémentaires soient nécessaires.


Fig. 5 :
Vue satellitaire (Haut) et carte du relief (bas) de (a) Oufrane et (b) Hassi Chebaba.

Notre inventaire, incluant les données morphométriques, lithostratigraphiques et géographiques, est disponible sur Zenodo (Yalla et al., 2025). Une carte interactive des structures identifiées est également mise à disposition sur mon site personnel.

Le nombre de structures circulaires identifiées en Algérie est 16 fois supérieur à celui recensé en Mauritanie ; ce chiffre, bien que impressionnant, reste susceptible d’augmenter avec l’utilisation d’autres méthodes de détection.

Les structures candidates à un impact, sélectionnées dans l’inventaire, doivent être étudiées à l’aide d’analyses structurales, pétrographiques et géochimiques. De même, les cratères déjà répertoriés dans l’EID requièrent des investigations complémentaires.

Enfin, nous appelons à l’extension de cette méthodologie de détection par imagerie satellitaire, à d’autres pays africains, car elle s’avère très efficace pour un balayage à grande échelle, comblant ainsi les lacunes cartographiques et guidant des travaux de terrain ciblés.

 
Codes Qr de (a) L’inventaire des structures circulaires en Algérie et (b) de carte interactive des structures circulaires en Algérie.

Article rédigé par Yalla Samira

Références

Busson. (1972). Principes, méthodes et résultats d’une étude stratigraphique du Mésozoïque saharien. Mémoires du Muséum National d’Histoire Naturelle, Tome XXVI, 443 p.

Chaabout, S., Chennaoui Aoudjehane, H., Reimold, W. U., Baratoux, D., & Youbi, N. (2015). Prospecting for possible impact structures in Morocco. Journal of African Earth Sciences, 112, 339–352. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2015.08.002

Chabou, M. C. (2017). Two new possible impact structures in the Algerian Sahara. The Fourth Impact Cratering and Astrogeology Conference (AICAC IV), 9-12 April 2017, USTHB, Algiers, Algeria.

Fabre, J., & Greber, C. (1956). Présence d’un cratère de météorite à l’Ouarkziz (Sahara occidental). Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, 242, 2843-2844.

Fabre, J., Kazi-Tani, N., & Megartsi, M. (1970). Le rond de l’Ouarkziz (Sahara nord-occidental), un astroblème. Comptes Rendus Acad. Paris, Sér. D, 270, 1212-1215.

Guillemot, A. (1962). Structures anticlinales circulaires d’origine mal connue. Photo-Interprétation, 929, Technip Éditions, Fascicule 4.

Karpoff, R. (1954). Un cratère de « météorite » à Talemzane dans le Sud algérien. Proceedings CR Congrès Géol. Intern., 233-241.

Karpoff, R., & Brady, L. F. (1953). The meteorite crater of Talemzane in Southern Algeria (cn = + 1002 0041,333). Meteoritics, 1(1), 31-38. https://doi.org/10.1111/j.1945-5100.1953.tb01304.x

Kassab, F., Ferrière, L., & Belhai, D. (2021). Shock-metamorphic microstructures in quartz grains from Albian sandstones from the Tin Bider impact structure, Algeria. Meteoritics & Planetary Science, 56(12), 2273-2280. https://doi.org/10.1111/maps.13766

Lambert, P., & Lamali, A. (2009). Impact structures in Algeria. The 1st Arab Impact Cratering and Astrogeology Conference, Amman, pp. 50-53.

Lambert, P., McHone Jr., J. F., Dietz, R. S., & Houfani, M. (1980). Impact and impact-like structures in Algeria — Part I: Four bowl-shaped depressions. Meteoritics, 15(2), 157-179. https://doi.org/10.1111/j.1945-5100.1980.tb00518.x

Lefranc, J.-P. (1969). Exploration of a meteorite crater at Amguid (Mouydir, central Sahara). Académie des Sciences, Paris, Comptes Rendus, Série D, 268, 900-902.

Mahboubi, M., Mammeri, C., Matsa, T. A., Seddiki, A., Benhamou, M., Zeroual, I., Kheddoum, O., & Mahboubi, S. (2023). Sur la découverte d’un important cratère météoritique dans le Tademaït oriental (Sahara algérien). Bulletin du Service Géologique de l’Algérie, 31(1), 59-78.

Ould Mohamed Navee, E., Baratoux, D., Chennaoui Aoudjehane, H., Si Mhamdi, H., & Raji, M. (2024). Systematic search of circular structures using satellite imagery to identify potential new impact structures in Mauritania. Journal of African Earth Sciences, 105303. https://doi.org/10.1016/j.jafrearsci.2024.105303

Yalla, S., Chabou, M. C., & Baratoux, D. (2025). Inventory of circular geological structures in Algeria [Data set]. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.17713915

 

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